Candidats aux concours Injustice et absurdité au programme

Candidats aux concours

Injustice et absurdité au programme

Publié le : 19/12/2020 

Les étudiants aspirant aux études de santé se voient exclus du concours s’ils sont positifs au Covid-19. Le flou règne encore sur le cas de certains autres concours.

 

Pour certains étudiants en première année d’études de santé, c’est la double peine. Ils ont eu la malchance d’être atteints du Covid-19 au moment où les épreuves de décembre se tenaient, et ils doivent sacrifier leur année. Une décision d’une brutalité inouïe prise par le ministère de l’Enseignement supérieur. Pour les épreuves du mois de juin dernier, les étudiants positifs au SARS-CoV-2 avaient été logiquement isolés dans une salle à part. Rien de tel pour celles organisées ces derniers jours. C’est par une simple note que les universités ont été informées que « s’agissant des concours dans les disciplines de santé, les étudiants qui ne pourraient pas se présenter à une épreuve pour cause d’isolement pourront bénéficier [sic] de l’annulation de leur année universitaire et se présenter au concours l’année suivante sans avoir épuisé une des chances offertes de candidater ».
L’Association nationale des étudiants en médecine de France (Anemf) dénonce l’absurdité de cette décision : « Elle est en totale contradiction avec ce qui avait été fait en juin. Lorsque nous l’avons fait remarquer, on nous a rétorqué qu’on était en confinement et que les étudiants positifs devaient rester à l’isolement comme tout citoyen. » Mais, pour autant qu’on sache, les personnes touchées par la maladie devaient déjà s’isoler au moins de juin, confinement ou pas. Surtout, souligne l’Anemf, cette décision « démontre la profonde méconnaissance de la difficulté de cette première année, tant physiquement que psychologiquement ». Du point de vue économique non plus, perdre une année entière n’a rien d’anodin, surtout en temps de crise économique.

Se présenter positif aux épreuves

Pire encore, cette méconnaissance du terrain de la part du ministère risque d’être totalement contre-productive. Car les consignes ne vont pas jusqu’à demander de produire un test négatif pour pouvoir concourir. Même positifs au SARS-CoV-2, des étudiants qui ont sué sang et eau sur leurs cours depuis septembre (voire depuis septembre 2019, pour les redoublants) et jouent leur avenir sur un concours peuvent être légitimement tentés de se présenter aux épreuves. Et ce d’autant que le ministère incite les universités à prévoir une salle pour que les étudiants chez qui des symptômes tels que toux ou fièvre apparaîtraient en cours d’épreuve puissent terminer celle-ci. « Très peu d’étudiants se déclarent, nous sommes persuadés que certains passent le concours bien que positifs. S’il y a création de clusters, le ministère en sera entièrement responsable », poursuit-on à l’Anemf. Selon l’association, l’absurdité de la situation est si flagrante que certaines universités ont décidé de désobéir aux consignes du ministère.

Pas de décision pour la fonction publique

Quid des autres filières ? Pour les examens (1), l’organisation est différente. Les universités doivent proposer aux candidats malades une session retardée, car des sujets différents peuvent être prévus. Mais qu’en sera-t-il pour les concours à venir ? À cette question, le ministère nous a répondu : « Cette règle est valable pour tous les concours de l’enseignement supérieur. » Avis aux futurs candidats aux Capes, agrégations, internats, etc. Le sort de ceux visant une entrée dans des écoles privées (écoles d’ingénieurs, instituts d’études politiques, etc.) est encore incertain. Mais les étudiants ne sont pas les seuls à passer des concours. Entrer dans la fonction publique exige aussi de réussir ce type d’épreuves. Qu’en sera-t-il dans les mois qui viennent pour les aspirants fonctionnaires ? Au ministère de la Fonction publique, on semble pris de court par notre question. « Cela concerne aussi d’autres ministères, donc il faut qu’on se concerte avec eux », nous a-t-on répondu.

Notes

(1) Pour les examens, il suffit d’obtenir une note minimum, contrairement aux concours pour lesquels l’admission repose sur un classement.

Fabienne Maleysson

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