Centrales photovoltaïques Power Clouds

Attention, danger

Publié le : 14/03/2014 

Très présente sur Internet, la société Power Clouds tente de persuader un maximum de particuliers d’investir dans des parcs de panneaux photovoltaïques à l’étranger. Mais malgré le discours des commerciaux, Power Clouds et son partenaire World Global Network présentent toutes les caractéristiques du projet à fuir.

 

La vitrine impressionne. Des pages Web (1) débordant de promesses de gains assurés pour les investisseurs, des vidéos enthousiastes sur des centrales solaires en construction dans lesquelles qui le souhaite peut prendre des parts, des portraits des commerciaux qui ont fait rapidement fortune (2)… Le tout décliné en plusieurs langues, sur des dizaines de sites différents, agrémentés de commentaires inspirés sur l’avenir de la planète (exemple : « Nous pouvons réellement changer le monde »).

Mais derrière cette vitrine, c’est le vide. Ni la société World Global Network ni sa filiale Power Clouds n’ont d’adresse en France. Pas davantage de numéro de téléphone, ni même d’adresse e-mail, sans parler d’une inscription au Registre du commerce et des sociétés. Sur leur site, les dirigeants se présentent comme italiens (le PDG se nomme Fabio Galdi), mais le groupe semble surtout actif en France. Ils se disent implantés à Singapour, avec un projet imminent d’introduction en bourse à Londres. Informations fournies aux futurs actionnaires : zéro. Pas un bilan annuel, pas un rapport d’activité. Aucun compte déposé, aucun point de vue d’analyste boursier. La société est pourtant censée exister depuis 2011 et conduire des projets d’envergure en Thaïlande, en Ukraine (sans doute choisie pour sa stabilité politique et son climat propice aux affaires) et, surtout, en Roumanie. Problème, si ce dernier pays a longtemps encouragé les énergies renouvelables avec un tarif de rachat très intéressant, il a radicalement changé de politique fin 2013, abaissant ce tarif. Le site de Power Clouds ne dit pas un mot à ce sujet.

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Argumentaire débordant d’humanisme vert utilisé par Power Clouds sur son site.

Pseudo-miracle de la vente en cascade

Les seules informations utiles sur cette entité économique évanescente se trouvent en fait dans un document en ligne de 56 pages (3). Les pages 31 à 33 résument ce dont il s’agit : une énième variation sur le thème du pseudo-miracle de la vente en cascade. Un commercial vend des parts dans les centrales photovoltaïques, mais surtout, il recrute d’autres commerciaux et touche un pourcentage sur leurs propres ventes, et ainsi de suite. Tout le monde s’enrichit. Seul souci, les commissions de tous ces commerciaux se cumulant, il faudrait que le produit, en l’occurrence les centrales, dégage une rentabilité phénoménale pour que le système rapporte quoi que ce soit aux particuliers. Power Clouds leur promet un « taux net de rendement très élevé, variant de 7 à 15 % avec un risque pratiquement nul ». Ces promesses, à elles seules, devraient suffire à se tenir soigneusement à l’écart de Power Clouds et de World Global Network. Si elles étaient réalistes, les dirigeants emprunteraient à 4 % sur 20 ans et feraient tranquillement fortune, ils ne chercheraient pas à partager le filon.

L’amateurisme évident des commerciaux français que nous avons contactés est un autre motif d’inquiétude. Au moins un d’entre eux travaillait pour Huis clos, une société normande dont les méthodes de vente dans le photovoltaïque avaient suscité une enquête pour pratique commerciale douteuse, enquête inaboutie pour cause de liquidation intervenue en 2013. Aucun ne semble préoccupé par l’absence totale d’information vérifiable sur la réalité des projets. World Global Network se présente comme un acteur majeur du solaire en Roumanie, mais aucune source extérieure au groupe ne mentionne son nom. La chambre de commerce et d’industrie française de Roumanie (Ccifer) n’en a jamais entendu parler ! « Nous allons nous renseigner, mais cette absence totale d’information n’est pas rassurante », relève Florina Zamfir, de la Ccifer.

Certes, il existe un grand parc photovoltaïque à Scornieşti, là ou Power Clouds dit avoir financé un projet. Il est géré par une société nommée Renovatio, basée à Vienne. Power Clouds dit travailler avec un partenaire local nommé Parc Solar Moldoveni. Cette société existe, mais elle est très loin d’exploiter des centrales de la taille évoquée par Power Clouds dans sa communication. Le groupe a mis en ligne un contrat d’assurance d’Allianz censé couvrir son parc photovoltaïque. Ce document tient sur une page, ce qui est invraisemblable pour un équipement industriel important.

Autant dire que la prudence la plus élémentaire commande de ne pas souscrire aux propositions de Power Clouds ou de World Global Network. Dans le meilleur des cas, l’investissement ne tiendra pas du tout ses promesses. Et dans le pire des cas, qui est à envisager en l’occurrence, il n’y a même pas de support d’investissement réel. Sur notre forum consacré à Power Clouds, près de 600 contributions ont été postées en quelques semaines, confirmant si nécessaire toutes les craintes que suscite cette société.

Mise à jour du 26 mars 2013

Power Clouds, des précisions effrayantes

Suite à notre article, la société Power Clouds nous a elle-même contacté. Elle n’avait pas répondu à nos sollicitations avant parution. La discussion par téléphone avec son porte-parole n’a pas été de nature à rassurer, loin de là.

Le porte-parole en question refuse d’être nommé. Power Clouds refuse de communiquer quelque bilan, rapport d’activité ou compte que ce soit. Il n’a même pas été possible de connaître le nombre de salariés de la société. Power Clouds dément tout projet d’entrée en bourse. Elle dit posséder trois centrales photovoltaïques mais annonce, pour les centrales en question, installées en Roumanie, une puissance de 1,2 mégawatt chacune, soit le potentiel d’une éolienne de taille moyenne. L’intégralité du parc photovoltaïque de Power Clouds ne dépasse donc pas 3,6 mégawatts, une puissance à peine suffisante pour alimenter un bourg de 4 000 habitants ! Une seule grosse éolienne en fait autant. Nous avons fait répéter le chiffre pour dissiper tout risque de malentendu : il s’agit bien de mégawatts, et non de gigawatts.

Néanmoins, Power Clouds, qui dit avoir recruté 8 000 clients en France, leur promet un rendement de 400 % en vingt ans. Pourquoi les dirigeants n’empruntent-ils pas à 4 % sur 20 ans au lieu de partager le filon miraculeux avec des milliers de particuliers ? Nous n’avons pas eu la réponse à cette question.

Le plus inquiétant est que le porte-parole de Power Clouds ne semblait pas du tout mesurer l’incohérence flagrante de ses propres chiffres : trois petites centrales roumaines d’un côté, des milliers de particuliers à qui on promet la fortune de l’autre. Le caractère intenable du projet ne fait plus aucun doute. Il ne faut y souscrire sous aucun prétexte.

(1) www.powerclouds.com

(2) http://lifestyle.worldgmn.com/lang/fr/toufik-rezig-president-millionaire/

(3) http://fr.slideshare.net/worldgn/world-gn-prsentation-franais-26855276