La rançon du succès pour le compte bancaire low cost

Compte Nickel

La rançon du succès pour le compte bancaire low cost

Publié le : 03/09/2016 

Le compte bancaire sans banque lancé début 2014 a séduit plus de 300 000 utilisateurs. Alors que des concurrents se profilent, la formule fait aussi des déçus.

 

La Financière des paiements, société à l'origine du compte Nickel, dit avoir recruté au premier semestre 2016 quelque 20 000 nouveaux clients chaque mois. Son offre permet à n’importe qui d’ouvrir un compte bancaire dans un bar-tabac, moyennant des formalités allégées au maximum (disposer d’une copie de sa pièce d’identité et d’un numéro de téléphone). Contre 20 €, le client reçoit une MasterCard à autorisation systématique, sans découvert possible, et un relevé d’identité bancaire (RIB) autorisant les virements et les prélèvements.
Remarquablement souple, la formule a aussi quelques inconvénients. Principal problème constaté, les virements n'apparaissent pas toujours instantanément. Les titulaires du compte reçoivent un SMS annonçant que l'argent a été crédité. En pratique, il peut s'écouler plusieurs heures avant qu'il ne le soit réellement. Dans de rares cas (une dizaine de clients par mois, selon la société), des paiements sont débités deux fois par erreur. Les clients sont recrédités, mais parfois avec plusieurs jours de retard. Sachant que le compte Nickel cible une clientèle généralement peu fortunée, les conséquences peuvent être embarrassantes.

La société est par ailleurs revenue sur un engagement initial, l'absence de frais de rejet. Depuis mai, le troisième prélèvement rejeté est facturé 5 €. La Financière des paiements s'autorise en outre à fermer les comptes systématiquement non alimentés, sur lesquels sont domiciliés des prélèvements, afin de décourager la fraude.

Autre souci, relevé aux bornes de carburant automatique et aux péages : les cartes Nickel sont rejetées pour des paiements de 20 ou 50 €, alors que le compte est crédité de 80 € ou 90 €. Le problème vient de ce que la somme est inférieure à la caution (non débitée) de 100 € ou 130 € exigée par ces systèmes électroniques. Dans ce cas, pas d'autre solution que le retrait en liquide.

Dernière subtilité désagréable : si vous tapez un faux code avec une CB classique, celle-ci n'en tient pas compte, dès lors que le bon code PIN est entré. Pour que la carte se bloque, il faut taper trois fois de suite un mauvais code. La CB du compte Nickel ne remet pas les compteurs à zéro. Elle se bloque au bout du troisième code erroné, même si les deux autres ont été tapés à plusieurs semaines d'intervalle.

Le compte Nickel a également connu des pannes informatiques. La plus sérieuse a paralysé le service pendant quelques heures les 27 et 28 juillet 2015. En la matière, toutefois, aucune banque n'est totalement à l'abri.

Ces inconvénients ne suffisent pas à condamner le service, pratique et bon marché. Mais alors que la société envisage de proposer des micro-paiements de particuliers à particuliers, entre titulaires de comptes Nickel, ils rappellent la difficulté du métier. Un système de paiement tolère mal les à-peu-près. Il fonctionne, ou pas.

Une concurrence encore timide

Arrivé sur le marché français début 2016, l'allemand Number26, qui propose une carte bancaire entièrement gratuite, a suspendu ses ventes en France dès avril. Alors que le groupe compte déjà plus de 200 000 clients, principalement en Allemagne et en Autriche, il serait confronté à quelques soucis techniques pour gérer l'afflux de nouveaux comptes.

En octobre 2016, la société toulousaine Morning (qui s'appelait Payname jusqu'en juin) devrait lancer des cartes et des comptes en ligne. Elle était jusqu'à présent spécialisée dans les solutions de paiement entre particuliers. Les conditions générales de vente de l'offre Morning ne sont pas encore connues, mais la CB pourrait être gratuite. Tout se fera en ligne, Morning n'ayant pas de réseau. La petite société s'est alliée à la Maif dans ce dossier.

L'assureur Axa a également créé une banque intégralement en ligne. Baptisée Soon, elle est quasiment gratuite : pas de frais de tenue de compte, CB à débit immédiat offerte, pas de commission sur les retraits en France et zone euro, etc.

Il existe aussi un service appelé Anytime. Facturé 27 € l'année, il s'agit d'une carte de paiement prépayée, sans autorisation de découvert, délivrée sans condition de ressource. Techniquement, Anytime est adossé au réseau international Visa, ce qui est une garantie de fiabilité. Elle n'est pas complètement gratuite, les retraits en liquide, en particulier, sont facturés 2 €. Par ailleurs, la carte Anytime est quasiment introuvable. Elle est distribuée par quelques centaines de bureaux de tabac seulement, sur toute la France.

Dernier arrivé, mais non des moindres, Orange annonce le lancement d'Orange banque en 2017. L'opérateur a racheté 65 % de Groupama Banque et vise deux millions de clients en France à terme, avec des services entièrement en ligne. Il n'est pas question de gratuité, mais on voit mal comment Orange pourrait se faire une place sur le marché sans tarifs attractifs. Le mécontentement vis-à-vis des banques traditionnelles étant largement lié aux coûts de leurs services, et non à un défaut de qualité.

Erwan Seznec