Origine des viandes Du made in France à base de porcs… européens

Origine des viandes

Du made in France à base de porcs… européens

Publié le : 18/02/2022 

Marques et distributeurs n’arrivent pas à se défaire de leurs mauvaises habitudes : leur communication joue encore sur l’ambiguïté entre origine des viandes et lieu de fabrication. Une action récente d’éleveurs de Mayenne dans des supermarchés l’illustre.

 

Dans le supermarché E. Leclerc de Saint-Berthevin, en Mayenne, des mini-saucissons Justin Bridou sont proposés au rayon charcuteries. Ils sont « fabriqués en France », avec une « traçabilité totale », et une petite carte de l’Hexagone indique qu’ils proviennent du Sud-Est. De quoi déduire que la viande de porc utilisée provient d’élevages français ? Raté. Il faut lire aussi la ligne suivante, et la liste des ingrédients : le porc est « origine UE ». Il provient peut-être d’Allemagne, de Pologne ou d’Espagne, d’autres gros producteurs de cochons, mais cela, le consommateur ne le saura pas.

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La mention « Fabriqué en France », une carte de France mais une « sélection des meilleures viandes d’origine UE ».

Les consommateurs induits en erreur

Sur leurs sites Internet, les enseignes ne font pas mieux : pour ces mini-saucissons Justin Bridou, Monop’ indique un produit « Origine France ». Il faut descendre jusqu’à la liste des ingrédients pour avoir l’information exacte d’une origine UE. Cette présentation n’est pas illégale juridiquement, mais elle est pour le moins ambiguë.

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Sur le site de Monoprix, l’origine France est indiquée pour les mini-saucissons Bâton de Berger Justin Bridou.

Ce type d’emballages qui induisent le consommateur en erreur, la Fédération départementale des syndicats d’exploitants agricoles (FDSEA) de Mayenne en a relevé plusieurs lors d’une descente dans trois grandes surfaces du département, le 14 février dernier. Quelques dizaines d’éleveurs ont sorti des rayons tous les produits pour lesquels la mention de l’origine était contestable. Bilan, 18 chariots remplis au Carrefour de Laval, 11 au Grand Frais de Laval et 13 au Leclerc de Saint-Berthevin (1) !

Des lardons origine UE dans un plat « fabrication française »

Outre les mini-saucissons Justin Bridou de Leclerc, ils ont aussi épinglé les gésiers de volailles de la marque Carrefour, qui ne mentionnent pas l’origine sur l’emballage (elle est indiquée sur le site Internet). Chez Grand Frais, c’était par exemple une barquette de patates cuites aux lardons et oignons, « fabrication française », avec des lardons origine UE. Provocation supplémentaire, au-dessus de ce rayon, une banderole vantait la « sélection des meilleures viandes au plus près de chez vous » !

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Un plat de fabrication française mais avec des lardons d’origine UE.

Cette liberté prise avec l’information sur l’origine des viandes fait bondir les éleveurs. En effet, la loi dite Egalim 2 du 18 octobre 2021 (2) définit comme pratique commerciale trompeuse le fait « de faire figurer un drapeau français, une carte de France ou tout symbole représentatif de la France sur les emballages alimentaires lorsque les ingrédients [principaux] ne sont pas d'origine française ».

« On ne peut plus supporter que notre image soit utilisée par les marques et les distributeurs, sans qu’ils utilisent réellement des porcs français dans leurs produits, proteste Mickaël Guilloux, éleveur de porcs, secrétaire général de la FDSEA de Mayenne et président du Comité régional porcin des Pays de la Loire. Surtout dans le contexte actuel, avec un prix du porc très faible. »

Les éleveurs demandent une revalorisation du prix du porc

Les éleveurs de porcs sont aujourd’hui touchés par une grave crise, avec un prix du porc qui dévisse depuis septembre dernier, et des coûts de production (en particulier les aliments) qui flambent depuis juillet. « Le prix de vente moyen de nos animaux est de 1,40 € par kilo alors que le prix de revient est de 1,75 €. On perd 30 à 35 centimes par kilo de porc produit », compte Mickaël Guilloux. La situation économique des éleveurs s’est dégradée au point que le ministère de l’Agriculture a récemment débloqué une aide d’urgence de 75 millions d’euros.

« Nous avons besoin d’une revalorisation de nos produits dans les négociations commerciales, ajoute Mickaël Guilloux. Les distributeurs manquent de transparence. Quoi qu’ils disent, il ne sera pas possible dans les mois qui viennent que le consommateur paie ses aliments au même prix qu’en 2021. Il ne faut pas le tromper : toutes les matières premières augmentent. » Et il en va de la survie des filières agricoles de faire accepter des hausses de prix. Nous voilà avertis.

La baguette à 25 centimes

« Une halte au rayon boulangerie de Leclerc a été spécifiquement organisée, suite aux propos de son dirigeant, Michel-Édouard Leclerc, sur la baguette à moins de 0,29 € », au nom de la défense de la valeur des produits agricoles, explique le directeur de la FDSEA de Mayenne, Romain Devaux. Ils n’ont pas été déçus : la baguette n’affichait pas 29, mais 25 centimes !

(1) Vidéo disponible sur le compte Twitter de la FDSEA 53.
(2) Modifiant l’article L. 121-4 du Code de la consommation.