Peinture, décoration

Étiquetage trop laxiste

Publié le : 07/01/2012 

A priori, la lutte contre la pollution de l’air intérieur progresse. Les émissions de polluants doivent être affichées sur les produits de construction et de décoration. Mais l’intérêt des industriels est passé avant les impératifs de santé publique !

 

Ce vendredi 6 janvier, la ministre de l’Écologie Nathalie Kosciusko-Morizet s’est rendue dans un grand magasin de bricolage pour y vanter les mérites d’une mesure décidée lors du Grenelle de l’Environnement et entrée en vigueur ce 1er janvier. Il s’agissait de l’étiquetage des produits de construction, des revêtements de sols et de murs, des peintures et des vernis, en fonction du niveau de polluants qu’ils émettent dans l’air intérieur des logements.

Sur le principe, Que Choisir s’en réjouit. La traque des polluants nocifs pour la santé est devenue une priorité depuis des années à travers les tests effectués sur les meubles, les revêtements de sols, les peintures, les produits ménagers… Bref, sur tous les éléments susceptibles de charger l’air intérieur des logements en substances toxiques ou allergisantes.

L’ennui, c’est que les valeurs limites retenues pour étiqueter un produit en classe A+, c’est-à-dire à très faibles émissions, ou en classe A, à faibles émissions, sont bien trop élevées pour protéger les consommateurs.

Belle occasion ratée

Un produit classé A est autorisé à émettre jusqu’à 60 µg/m3 de formaldéhyde et 1 500 µg/m3 de composés volatils, il contribue donc fortement à la pollution de l’air intérieur. Que Choisir déconseille fortement l’achat de produits, de meubles et de revêtements d’une note inférieure. Le formaldéhyde étant une substance classée cancérigène certain pour l’homme par inhalation, le seul niveau d’émissions très satisfaisant, c’est zéro !

Cet étiquetage constitue donc une belle occasion ratée : les lobbies industriels l’ont emporté sur les impératifs de santé publique. En magasin, il faut impérativement se cantonner aux produits classés A+, ce sont les moins polluants du marché, même s’ils ne sont pas irréprochables, puisqu’ils peuvent émettre jusqu’à 10 µg/m3 de formaldéhyde et 1 000 µg/m3 de composés volatils. Au sein de cette classe dite « à très faibles émissions », des produits réellement non polluants vont coexister avec d’autres qui le seront, c’est regrettable. Que Choisir continuera à les départager lors de ses tests comparatifs.

 

Chronologie

Tous les produits ne vont pas être étiquetés dès maintenant dans les rayons des magasins. Dans l’immédiat, la réglementation ne s’applique qu’aux nouveaux produits. Pour tous ceux qui étaient déjà en vente avant le 1er janvier – le gros du marché – l’étiquetage sera obligatoire à compter de septembre 2013.

 

Élisabeth Chesnais

echesnais@quechoisir.org