Santé animale

Tour de cochon de Pfizer

Publié le : 12/09/2013 

Faute de convaincre les éleveurs du bien-fondé de son nouveau traitement chimique de castration des porcs, Zoetis, anciennement Pfizer Santé animale, tente de faire pression sur eux par l’intermédiaire des grandes surfaces. Au nom des consommateurs bien entendu.

 

Vous n’avez aucun avis sur une question ? Demandez au groupe Zoetis, il vous expliquera ce que vous pensez. L’ancienne branche Santé animale du géant de la pharmacie Pfizer publie dans l’hebdomadaire de la grande distribution LSA de début septembre 2013 une publicité à première vue étonnante, puisqu’elle concerne la castration des porcelets. Elle détaille les résultats d’un sondage mené en janvier 2012 auprès de 1 010 consommateurs. À une  écrasante majorité (86 %), ces derniers ignorent que les cochons sont castrés. C’est pourtant le cas. Pratiquée de tout temps, cette intervention vise à prévenir l’apparition d’une odeur désagréable provoquée par les hormones mâles. Le premier réflexe des sondés est de désapprouver. 75 % aimeraient que leur supermarché trouve une alternative. Le contraire aurait été étonnant. La castration n’évoque rien d’agréable. Intervenant au septième jour, elle est douloureuse pour les porcelets et pénible d’une autre manière pour les éleveurs, qui n’aiment pas faire souffrir leurs animaux.

Immunocastration

Heureusement, il y a Zoetis. Le laboratoire promeut une alternative. Pudiquement baptisée « vaccin », elle s’apparente à une castration chimique. Une piqûre dans les premiers âges, et les testicules du porcelet s’atrophient. La prudence est de mise pour les opérateurs, car le produit aurait le même effet sur eux ! Le groupe Pfizer, qui a élaboré le médicament, a fourni des études montrant que l’immunocastration ne laisse pas de trace dans la viande et qu’elle est sans danger pour les consommateurs. L’autorisation de mise sur le marché européenne a été accordée en 2009. Son nom commercial : Improvac.

Interrogés par Que Choisir en août 2012, les représentants de la filière porcine française sont hostiles à Improvac. Échaudés par différents scandales alimentaires, ils craignent un amalgame ou un malentendu dans l’opinion. La filière porcine, réputée productiviste et peu soucieuse d’écologie,  ne veut pas d’un traitement chimique de plus et elle le dit clairement. C’est assez rare pour être souligné.

Marché lucratif

Que fait Zoetis ? Il tente de mettre la filière porcine sous pression en passant par les grandes surfaces. « 91 % des consommateurs trouvent que la vaccination pour réduire l’odeur de verrat est une solution intéressante », claironne sa publicité. « 84 % des consommateurs  conseilleraient à leur supermarché de s’approvisionner en porcs vaccinés plutôt que castrés ». Etc.

Les consommateurs n’ont en réalité aucun avis et Zoetis comme Pfizer le savent. Mais il est apparemment difficile de renoncer à un aussi beau marché. 125 millions de porcs mâles sont abattus chaque année en Europe. Quels auraient été les résultats de l’enquête si « vaccin » avait été remplacé par « castration chimique » ? Ou « castration chimique » par « injection d’un produit dont la manipulation, formellement déconseillée aux femmes enceintes, doit s’entourer de sérieuses précautions » ?

Erwan Seznec