Fluoroquinolones

À réserver aux cas les plus graves

Les antibiotiques de la famille des fluoroquinolones sont parfois prescrits pour des problèmes courants alors qu’un autre antibiotique serait plus adapté. Ces molécules peuvent provoquer des effets indésirables durables, handicapants et potentiellement irréversibles. C’est pourquoi elles doivent être réservées aux problèmes de santé les plus compliqués.

 

Que sont ces médicaments ?

Les fluoroquinolones, qui font partie de la famille des quinolones, sont des antibiotiques autorisés pour traiter diverses pathologies : infections urinaires (chez les hommes et les femmes), certaines infections respiratoires (exacerbation de la bronchite chronique), infections ORL (sinusite), infections de la peau et des tissus mous, infections intestinales, etc. Néanmoins, ces autorisations ne signifient pas qu’elles sont recommandées dans tous ces cas.

 

Quels sont leurs effets indésirables ?

Des problèmes de tendons. Les fluoroquinolones peuvent provoquer des lésions des tendons (cordons qui relient les muscles aux os) : inflammation, douleur, grosseur pouvant aller jusqu’à la rupture du tendon. Le tendon d’Achille (derrière la cheville) est le plus susceptible. 

Des problèmes cardiaques. Certaines fluoroquinolones peuvent occasionner un trouble du rythme cardiaque lié à l’allongement de l’intervalle QT (qui s’appelle ainsi car on voit sur le tracé de l’électrocardiogramme un plus long espace entre deux pics). Il se traduit par des palpitations ou des battements de cœur irréguliers et peut favoriser un accident cardiaque.

Des problèmes psychiques. Les fluoroquinolones peuvent être à l’origine de troubles neuropsychiques : insomnies, vertiges, confusions, hallucinations, agitations, pensées ­suicidaires, etc.

Et divers autres. Les fluoroquinolones peuvent entraîner des sensations de brûlure, des douleurs ou des engourdissements dans les mains ou les pieds (neuropathies), des réactions accrues au soleil (photosensibilité), des troubles de la vision, etc. De plus, elles déséquilibrent la flore intestinale et peuvent déclencher des formes graves de diarrhée due à Clostridium difficile. Elles sélectionnent des bactéries résistantes qui peuvent se propager et être à l’origine d’échec du traitement à l’occasion d’une infection ultérieure.

À faire. Les personnes traitées par fluoroquinolones qui ressentent des symptômes évoquant ces effets indésirables doivent consulter leur médecin immédiatement.

 

Quand doit-on éviter d’en prendre ?

L’utilisation des fluoroquinolones apparaît trop risquée pour des pathologies sans gravité (sinusite, infection urinaire non compliquée ou bronchite). Ce sont des maladies éventuellement pénibles mais relativement bénignes.

Dans la sinusite, un traitement par antibiotique n’est pas toujours nécessaire. Si les symptômes persistent ou s’aggravent, le médicament de référence est le Clamoxyl (amoxicilline) pour une sinusite maxillaire (à côté du nez) et l’Augmentin (amoxicilline + acide clavulanique) pour une sinusite frontale (au-dessus des sourcils).

Dans les infections urinaires, les fluoroquinolones ne sont jamais un premier choix. Pour une infection urinaire (cystite) aiguë simple, le médicament qui doit être prescrit en priorité est le Monuril (fosfomycine-trométamol). Pour une infection urinaire compliquée (personne de plus de 75 ans, par exemple), c’est le Clamoxyl.

Dans la broncho-pneumopathie chronique obstructive (BPCO), les fluoroquinolones sont réservées aux formes évoluées les plus graves, avec insuffisance respiratoire.

À faire. Si votre médecin vous prescrit d’emblée un antibiotique de la famille des fluoroquinolones (reconnaissables au nom de substance active finissant en « oxacine ») pour un problème de santé commun, demandez-lui si un autre antibiotique, avec une balance bénéfices-risques plus favorable, ne serait pas mieux adapté.

Bon à savoir. Les fluoroquinolones peuvent être prescrites dans certains cas (allergie aux pénicillines par exemple ou échec d’un premier traitement adapté) et pour des pathologies beaucoup plus graves, en général sur avis spécialisé.

Perrine Vennetier