Imprimantes multifonctions

Le coût de la panne

Publié le : 20/03/2015 

Les consommateurs sont toujours plus nombreux à trouver aberrant de devoir remplacer leur imprimante dès qu’elle tombe en panne. Il suffirait pourtant de peu de chose pour prolonger leur durée de vie.

 

Test Que Choisir : Comparatif Imprimantes multifonctions

Il y a quelques semaines, l’imprimante Epson XP-202 de Claude a subitement cessé de fonctionner après avoir détecté la présence d’une cartouche d’encre d’une autre marque. Cela faisait pourtant des mois que Claude utilisait les mêmes consommables sans problème. La Canon Pixma MG5350 de Léon aussi est tombée en panne au bout de 18 mois d’utilisation. En cause, la tête d’impression. Il a bien tenté de la nettoyer en suivant les conseils trouvés sur Internet mais rien n’y a fait. Léon se retrouve aujourd’hui avec un stock de cartouches inutilisables après avoir acheté une nouvelle imprimante. Que ce soit sur notre forum ou par courrier, les particuliers sont nombreux à nous raconter les péripéties qu’ils ont vécues avec leur jet d’encre et à nous décrire le parcours du combattant qu’ils ont dû affronter pour essayer de la faire réparer. Patrick a cherché à ramener la sienne à l’hypermarché Carrefour où il l’avait achetée, sans succès. « Le vendeur m’a d’emblée déconseillé de la faire réparer, car les frais de réparation auraient été plus élevés que le prix de l’imprimante », se souvient-il. Alain, lui, a dû parcourir 120 km aller-retour pour déposer son imprimante chez le réparateur agréé Epson le plus proche, et autant pour venir la récupérer huit jours plus tard. « La prochaine fois, j’en achèterai directement une autre », souffle-t-il. L’autre solution consiste à faire appel à un réparateur indépendant mais, là encore, le résultat n’est pas garanti. « Malgré ma bonne volonté, j’ai toujours du mal à réparer les imprimantes, soit parce que les pièces détachées sont difficiles à se procurer, soit parce que la machine n’est pas démontable. Et quand j’y parviens, le temps de travail est tellement important que ça ne vaut pas le coup, reconnaît un technicien installé près de Lyon. Autant en acheter une neuve. »

Les industriels ne font aucun effort

Commercialiser des imprimantes à des prix dérisoires (parfois à moins de 50 €) pour se rattraper ensuite sur la vente de cartouches d’encre, telle est la stratégie des industriels depuis des années. Mais d’après eux, cette course au prix n’aurait aucun impact sur la qualité de leur matériel. « Nous n’avons aucun intérêt à ce que nos imprimantes tombent en panne trop tôt. Cela crée de la déception chez nos clients, qui sont alors tentés de se tourner vers la concurrence. Et dans ce cas, ils n’achètent plus nos cartouches », explique Thierry Bagnaschino, le directeur marketing d’Epson France (1). « Je ne pense pas qu’il existe un stratagème mis en place par les fabricants pour que leurs machines tombent en panne juste après la fin de la période de garantie, confirme un réparateur, mais ce qui est sûr, c’est qu’ils ne font rien pour prolonger leur durée de vie. » Au fond de sa boutique PC-Portable & co à Amiens, Gilles Mortier est convaincu qu’il ne faudrait pas ­grand-chose pour que les imprimantes vivent quelques années de plus. Il explique : « Prenez le tampon de ­récupération des encres usagées qui stoppe la machine lorsqu’il est plein, par exemple. ­Aujourd’hui, le changer, c’est compliqué. Pourtant, il suffirait de le placer dans un tiroir amovible et d’organiser un système d’échange de tampons pour que les machines se remettent à fonctionner en quelques secondes. » Avec les autres membres de la Fédération des revendeurs prestataires informatiques indépendants (FRP2i), dont il fait partie, Gilles Mortier se bat pour prolonger la vie des matériels informatiques. « Il n’est plus pensable de générer tant de déchets, dit-il. Ce n’est pas bon pour la planète et les consommateurs l’acceptent de moins en moins. Il est temps que les fabricants mettent en place un vrai réseau de dépannage auquel les réparateurs indépendants pourraient prendre part pour apporter aux clients un service de proximité. » L’ennui, c’est que ce type d’initiative a un coût que les industriels ne semblent pas prêts à supporter. Surtout, quoi qu’ils en disent, Canon et les autres ont un intérêt à ce que le parc d’imprimantes se renouvelle régulièrement. Car à chaque fois qu’un client achète une machine plus récente, il doit aussi se procurer un nouveau type de cartouches et cette valse des consommables a un but bien précis : limiter la concurrence des fabricants de cartouches compatibles en leur ­compliquant la tâche.

Une loi sans effet

Nos députés ont bien tenté de s’attaquer à la mort prématurée des biens de consommation. À partir du 1er mars, les clients devront être informés de la date jusqu’à laquelle le fabricant s’engage à mettre des pièces détachées à la disposition des réparateurs, agréés ou non. Pas sûr pour autant que cette disposition soit de nature à améliorer la situation. Il ne suffit pas, pour réparer une imprimante, de se procurer des pièces détachées. Encore faut-il les obtenir rapidement et pouvoir les remplacer facilement de manière à ce que la réparation vaille le coup. Et, ça, la loi ne l’impose pas.

Test Que Choisir : Comparatif Imprimantes multifonctions

(1) Canon n’a pas souhaité répondre à nos questions.

Cyril Brosset

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