Piles et accus

Des piles en mal de récupération

Publié le : 06/03/2009 

Malgré les conteneurs installés un peu partout et l'obligation de reprise qui s'impose aux vendeurs, la récupération des piles et des accus stagne.

 

Rien à faire, d'année en année, le taux de collecte des piles usagées reste désespérément stable à 30 %. Autrement dit, à peine une pile sur trois échappe à l'incinération ou à la mise en décharge. C'est mieux que rien mais le bilan reste très insuffisant. Qu'elles soient jetables ou rechargeables - on parle alors d'accus - les piles contiennent en effet des métaux lourds qui contaminent l'environnement, l'eau, l'air et les sols. Elles sont d'ailleurs classées comme déchets polluants et même dangereux quand elles contiennent du mercure (les piles bouton) ou du cadmium (les accus Ni-Cd). Rapporter ses vieilles piles au magasin quand on en achète des neuves devrait donc être un réflexe. Force est de constater qu'on en est loin. C'est pourtant sans risque, tous les magasins qui vendent des piles ont l'obligation absolue de reprendre celles qui sont usagées gratuitement, y compris si vous n'en rachetez pas de neuves. Les obligations des professionnels vont donc au-delà de la reprise de « 1 pour 1 » en vigueur sur les appareils électriques et électroniques. Cette exception est liée à la dangerosité des piles et des accus pour l'environnement.

Aucun objectif chiffré

Le faible taux de collecte ne peut plus s'expliquer par l'absence de bacs de collecte dans les magasins, la plupart en proposent. Certes, il arrive qu'ils soient peu visibles, il faut alors insister et au pire laisser ses piles à l'accueil ou à la caisse, le magasin s'en chargera. L'échec de la récupération des piles provient plutôt de la multiplicité des organismes chargés de la collecte et du fait que le ministère ne leur fixe aucun objectif chiffré. Outre Screlec et Corepile, il faut compter avec Leclerc, Darty, Nature et Découvertes, Boulanger, la Fnac, 1001 et une piles, qui possèdent chacun leur système. C'est légal mais évidemment contreproductif. Pour l'Ademe, l'Agence de l'environnement et de la maîtrise de l'énergie, la meilleure façon d'augmenter le taux de collecte est de renforcer la sensibilisation et l'information du grand public. Impossible à faire quand il y a autant d'acteurs et que les moyens sont aussi dispersés. Dans un avis rendu en avril 2008 sur la gestion des déchets ménagers et assimilés, le Conseil économique et social (CES) recommandait d'agréer un seul éco-organisme par filière pour optimiser l'efficacité du dispositif. Un nouveau décret qui doit transcrire la directive européenne de 2006 est encore en discussion au ministère. Ce serait l'occasion d'améliorer la filière en suivant cette recommandation du CES ou au moins en fixant des objectifs de récupération contraignants à chaque acteur. Le projet actuel de texte en est loin, mais il n'est pas signé. Il est encore temps de l'améliorer pour que les piles cessent de polluer l'environnement. Les idées ne manquent pas : la mention qui figure sur les piles « ne pas jeter à la poubelle » pourrait avantageusement être remplacée par « à rapporter en magasin après usage » ; certains pays nordiques ont mis en place une consigne, remboursée au retour des piles, et puis il y a le fameux système de bonus-malus amorcé en France avec l'automobile. L'UFC-Que Choisir propose qu'il s'applique aux piles, avec un bonus sur les rechargeables et un malus sur les jetables.

Élisabeth Chesnais

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Lars Ly

Rédacteur technique