par Cyril Brosset
par Cyril Brosset
Argumentaire soigné, vidéos convaincantes, avis dithyrambiques : créer un site marchand crédible n’a jamais été aussi simple, notamment grâce à l’intelligence artificielle. L’exemple du chien en peluche Wuffy montre comment un produit ordinaire peut être transformé en innovation spectaculaire, et tromper les acheteurs.
Avec sa petite bouille et son poil frisé, il est super craquant. Il s’appelle Wuffy et c’est un jouet en peluche, mais à en croire le site promu via des publicités en ligne, il « aboie, fait des câlins et remue la queue » presque comme un véritable toutou. Grâce à une technologie de pointe et à des capteurs, explique le e-commerçant, il serait même capable de réagir à son environnement : il jappe lorsqu’on le caresse, bouge ses oreilles au moindre bruit, s’endort quand tout est calme et s’éveille dès qu’il entend « Bonjour Wuffy ! ».
Encore plus incroyable, il se déplacerait exactement comme un chien en chair et en os. Il n’y a qu’à regarder les vidéos qui tournent sur les réseaux sociaux pour s’en persuader : un adorable chiot se lève et marche en se dandinant. « Cette peluche est si réaliste que les enfants l’adorent immédiatement et la traitent comme un vrai chien, promet le vendeur. Elle développe leur empathie, renforce leur sociabilité et les incite à délaisser les écrans. » Enfin, ce jouet aurait été conçu par un ingénieur français nommé Francis Pelletier, qui le fabriquerait dans ses ateliers lyonnais. N’en jetez plus.
Nous l’avons commandé, au prix de 29,99 €, avec 50 % de réduction par rapport au prix d’origine, plus 5,99 € de frais de livraison. Dix jours plus tard, Wuffy est livré. Première surprise, le colis a été expédié de Shenzhen, en Chine. Étonnant pour un jouet censé être produit à Lyon (Rhône). Deuxième surprise, Wuffy mesure à peine 15 centimètres de haut. Troisième surprise, alors que la publicité nous promettait un fonctionnement sur batterie rechargeable, deux piles LR6 non fournies sont finalement nécessaires.
Et quelle déception quand nous avons appuyé sur le bouton on-off… Le chiot se met à avancer et à reculer frénétiquement, il remue la tête et la queue sans cesse et émet d’insupportables piaillements qui couvrent à peine des bruits mécaniques. Inutile d’espérer le raisonner en le caressant, il n’en fait qu’à sa tête. La seule solution pour le calmer est de le mettre sur off, et on ne s’en prive pas.
En fait, Wuffy n’est rien d’autre qu’un de ces gadgets que l’on peut trouver pour quelques euros sur les marchés ou certaines plateformes en ligne, bien loin de l’objet de haute technologie qu’on nous a fait miroiter. Il s’agit d’un nouvel exemple de dropshipping. Ce système consiste, pour des webmarchands, à vendre des articles qu’ils n’ont pas en stock, envoyés directement par des sociétés tierces le plus souvent installées en Chine.
Si cette pratique n’est pas à proprement parler illégale, elle est à l’origine de nombreuses fausses promesses, notamment sur les délais de livraison et les caractéristiques des produits. Bien sûr, l’arnaque n’est pas neuve, mais avec l’intelligence artificielle, elle risque de connaître une seconde jeunesse.
Il suffit désormais de quelques heures à une personne malintentionnée pour créer de toutes pièces un site de vente et pousser un maximum d’internautes à sortir leur carte bancaire : un argumentaire complet (peu importe qu’il soit vrai ou faux), des animations alléchantes, des faux avis de clients, des offres promotionnelles, de la publicité en ligne… Les consommateurs vont devoir, plus que jamais, faire confiance à leur flair pour ne pas tomber sur un os.
Cyril Brosset
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