Coronavirus Les questions à se poser avant d'aller faire ses courses

Coronavirus

Les questions à se poser avant d'aller faire ses courses

Publié le : 21/03/2020 

S'approvisionner en nourriture est l'une des seules occasions encore permises de sortir de chez soi... et donc aussi une des principales occasions de transmettre ou attraper le coronavirus. Quelques règles simples permettent cependant de limiter les risques.

 

Faut-il porter des gants quand on fait ses courses ?

La question se pose, alors qu'une étude publiée mardi 17 mars dans la prestigieuse revue médicale New England of Journal Medicine indique que le virus peut persister sur les emballages en plastique pendant 2 à 3 jours, et sur ceux en carton pendant 24 heures. Cependant, « les gants sont une fausse mesure car on finit par mettre ses mains gantées sur son téléphone et oublier les règles de base. De plus, on risque de se contaminer au moment de retirer les gants », réagit le DBenjamin Davido, médecin infectiologue à l'hôpital Raymond-Poincaré de Garches (92). « Mieux vaut se laver les mains en partant de chez soi et en rentrant des courses », conseille le spécialiste.

Autre précaution utile : emporter ses sacs voire son chariot de courses pour éviter d'avoir à empoigner les caddies ou paniers mis à disposition par le magasin. Les mains des clients qui les utilisent sont en contact prolongé avec leurs poignées et si une personne infectée vous a précédé, la quantité de virus présent peut être importante. D'ailleurs, les magasins Picard ne fournissent plus ni chariots ni paniers à leurs clients. Une initiative pertinente.

visuel affichette magasin picard
Affiche placardée à l’entrée des magasins Picard.

Comment éviter la transmission directe entre clients et avec les salariés des magasins ?

Respecter la distance d'un mètre minimum avec les autres clients et salariés du magasin est bien sûr la règle numéro un. Pour le permettre, plusieurs enseignes ont d'ailleurs étendu leurs horaires, afin d'étaler les visites, et certaines réservent même des créneaux, tôt le matin, aux seules personnes âgées. Pour ces dernières, et pour toutes les personnes vulnérables, une solution consiste aussi à « se faire livrer ou passer par un drive pour éviter de croiser trop de gens », explique le DBenjamin Davido. À noter, d'ailleurs, que certains magasins proposent à présent de livrer gratuitement certains produits de première nécessité. Quant aux personnes présentant des symptômes évoquant une possible infection par le coronavirus, « idéalement elles ne doivent pas sortir de chez elles, y compris pour les courses. Il faudrait demander à une tierce personne, et si cela n’est pas possible, et dans des conditions de pénuries, alors il faut impérativement que cette personne porte un masque pour aller faire ses courses », prévient le médecin.

 

Faut-il éviter les fruits et légumes en libre-service ?

Tâter, renifler les aliments... un passage obligé pour bon nombre d'acheteurs de fruits et légumes en vrac. Et donc une voie possible de transmission du coronavirus ? Pour l'instant, aucun cas de transmission par l'alimentation n'a été identifié, rassure l'Efsa (Autorité européenne de sécurité des aliments) sur son site internet : « l'expérience que nous avons des épidémies précédentes dues à des coronavirus apparentés, [...] montre que la transmission via la consommation d'aliments n'a pas eu lieu. Pour l'instant, rien n'indique que ce coronavirus soit différent à cet égard. » L'Institut fédéral allemand d'évaluation des risques (BfR) juge ainsi « peu probable » la transmission de ce virus par de la nourriture contaminée. Dans le contexte actuel, mieux vaut tout de même appliquer strictement les règles habituelles par rapport aux fruits et légumes crus, notamment les laver puis les éplucher (ou retirer les couches extérieures pour les endives, choux…).

 

Faut-il éviter la nourriture importée de pays fortement touchés ?

Non, car le risque de contamination est moindre sur ces produits, du fait du temps nécessaire à leur acheminent dans les rayons de nos supermarchés. Le BfR précise ainsi que, « en l'état de nos connaissances, du fait des modes de transmission observés jusqu'à présent, et de la relativement faible persistance environnementale des coronavirus, il apparaît peu probable que les biens importés, notamment alimentaires […] soient les sources d'une infection avec ce nouveau type de coronavirus ».

 

La viande d'un animal infecté peut-elle être contaminée ?

Le virus provenant initialement d'une autre espèce animale que la nôtre, ne pourrait-il pas également infecter vaches, cochons et autres animaux d'élevage... jusqu'à finir dans nos assiettes ? « Son passage de l’être humain vers une autre espèce animale semble actuellement peu probable », juge l’Agence nationale de sécurité sanitaire de l'alimentation (Anses), dont les conclusions « excluent donc la contamination [...] via la consommation de viande ».

 

Quelles précautions prendre ensuite en cuisine ?

S'il estime le risque de contamination par voie alimentaire faible, le BfR ajoute, pour ceux qui ne seraient pas rassurés, que « les virus étant sensibles à la chaleur, le risque d'infection peut être réduit en réchauffant les aliments ». Une cuisson à 63 °C pendant quatre minutes permet ainsi de diviser par 10 000 le risque de contamination, rapporte l'Anses. Le froid, à l'inverse, semble inefficace : « les précédents coronavirus connus, SARS et MERS, […] peuvent rester infectieux dans un état congelé, à -20 °C, pendant deux ans », avertit le BfR. Enfin, pour éviter la contamination entre membres d'un même foyer, s'il est bien sûr impératif de se laver les mains avant de cuisiner, stériliser sa vaisselle et ses couverts s'avère inutile, un lavage suffit : « Les coronavirus sont sensibles aux substances qui dissolvent les graisses, tels que les alcools ou agents de surface contenus dans les savons et les détergents pour vaisselle. […] Il est donc très probable que ces substances endommagent la surface du virus et le rendent inactif. Cela est particulièrement vrai si la vaisselle est nettoyée et séchée dans un lave-vaisselle à 60 °C ou plus », assure le BfR.

 

Elsa Abdoun