Farines animales Un retour discret et encadré

Farines animales

Un retour discret et encadré

Publié le : 30/05/2021 

L’Union européenne (UE) devrait réautoriser les « protéines animales transformées » pour l’alimentation des porcs et des volailles d’ici la fin de l’année. Ces farines animales nouvelle génération excluent les matériaux présentant un risque ESB (encéphalopathie spongiforme bovine). Mais seuls des contrôles réguliers pourront garantir l’absence de risque.

 

Ne dites plus « farines animales », ces mots irrémédiablement associés à la crise de la vache folle. Désormais, il faut parler de « PAT » ‒ pour « protéines animales transformées ». Cet aliment riche en protéines, banni des élevages européens en 2001, pourrait faire son retour dans les auges des porcs et des volailles à l’automne 2021. Pour cette occasion, un changement de nom s’imposait afin de ne pas braquer l’opinion publique.

Farines fabriquées à partir d’animaux sains

Soyons honnêtes, il ne s’agit pas du même produit. Les PAT sont des farines fabriquées à partir d’animaux sains destinés à l’alimentation humaine, en utilisant les parties écartées de la chaîne alimentaire pour diverses raisons (morceaux non nobles, viscères, gras, sang, pieds…). Pour leur part, les farines animales contenaient aussi des animaux et organes impropres à la consommation (animaux malades ou morts avant l’abattoir, tendons, os, poils, matériels à risque comme le cerveau et la moelle épinière, etc.), aujourd’hui interdits pour toute destination alimentaire, humaine comme animale.

La Commission européenne a proposé de réautoriser l’utilisation des PAT pour les porcs et les volailles (ainsi que le collagène et la gélatine de ruminants). Par précaution, les ruminants (bovins, ovins, caprins) restent exclus de cet élargissement. En effet, les encéphalopathies spongiformes transmissibles (ESB/maladie de la vache folle, tremblante du mouton, maladie de Creutzfeldt-Jakob) ne touchent que certaines espèces : bovins, ovins, caprins, félins, visons, cervidés, et humains – en revanche, porcs et volailles ne sont a priori pas susceptibles d’être contaminés par ces maladies à prion. Par ailleurs, le principe de non-cannibalisme a été acté : des PAT de porcs ne pourront être distribuées à des porcs, et des PAT de volailles à des volailles.

La proposition de la Commission a été soumise au vote des 27 États membres. Deux se sont abstenus, la France, qui souhaitait attendre un avis imminent de l’Agence française de sécurité des aliments (Anses) avant de se prononcer, et l’Irlande. C’est désormais au Parlement et au Conseil des ministres de valider ou non cette proposition, avant une application d’ici cet automne.

Dépendance au soja importé du Brésil

Pourquoi une telle insistance à réintroduire ces PAT, malgré le risque de raviver la défiance des consommateurs ? Les raisons sont technico-économiques. Il s’agit d’un aliment très riche en protéines de qualité, vitamines et minéraux, au prix défiant toute concurrence. Or, l’UE est très déficitaire en protéines destinées à l’alimentation animale (la France est autosuffisante à 55 % et l’UE à 35 % seulement). Ce qui la contraint à importer des cargos entiers de soja OGM provenant du Brésil, plus cher, moins efficace et déforestant. Ou d’utiliser des farines de poissons issus de la pêche minotière qui contribue à la surexploitation des stocks de petits poissons. La flambée actuelle des prix mondiaux du soja fait un peu plus pencher la balance en faveur de cette réintroduction.

Mais les avis des filières sont partagés, les éleveurs balancent entre l’intérêt économique des PAT et le rejet éventuel des consommateurs. Jusqu’à présent, le Conseil des ministres de l’UE comme l’Anses recommandaient le maintien de l’interdiction, estimant que les conditions d’une utilisation sûre des PAT n’étaient pas réunies, du fait de l’insuffisance des contrôles et d’une étanchéité non garantie entre les farines des différentes espèces depuis la fabrication jusqu’au stockage en ferme. Le préalable était la mise au point d’une méthode d’analyse fiable des différentes farines, ainsi qu’une analyse des risques. Il était également nécessaire de s’assurer que le processus de fabrication des PAT (au moins 3 heures de stérilisation à 180 °C) détruisait bien le prion.

Les accords commerciaux, cheval de Troie des farines animales

Les garanties apportées aujourd’hui satisfont visiblement l’UE. De plus, le nombre d’animaux atteints d’ESB a drastiquement chuté dans l’UE, le dernier cas remontant à 2016. Néanmoins, le « risque prion » n’a pas disparu. Il est donc nécessaire de maintenir une vigilance renforcée, en particulier face au risque de fraude ou de mauvaise utilisation (mélanges de farines lors de la fabrication ou du stockage, par exemple). Espérons que les garde-fous seront efficaces.

Mais les accords commerciaux internationaux pourraient bien être le cheval de Troie des farines animales. Ainsi, l’accord entre l’UE et le Canada (le CETA) donne accès au marché européen pour la viande bovine canadienne. Laquelle peut être nourrie avec des PAT issues de ruminants. Même si les matériaux à risque vis-à-vis de l’ESB (cerveau et tissus nerveux, yeux, etc.) sont exclus, ces PAT canadiennes peuvent comporter « de la gélatine, du sang et des produits sanguins, du gras fondu purifié et le cas échéant d’autres produits ayant subi un traitement approprié » de bovins, selon un rapport officiel (1). Outre-Atlantique, les vaches sont restées carnivores...

Chronologie de l’interdiction des farines animales

  • Novembre 1986 : 1er cas d’ESB identifié au Royaume-Uni
  • Février 1991 : 1er cas identifié en France
  • 1994 : interdiction en France des farines animales pour les ruminants
  • 2000 : 2e crise de la vache folle et interdiction de toutes les farines animales en France
  • 2001 : interdiction des farines animales dans l’UE
  • Juin 2013 : autorisation des PAT de porcs et volailles en aquaculture
  • 2016 : dernier cas identifié de vache folle sur un bovin en France
  • Juillet 2017 : autorisation des PAT d’insectes en aquaculture
  • 4e trimestre 2021 : autorisation des PAT de non-ruminants pour les porcs et volailles

(1) Rapport disponible au téléchargement ici (pdf).

Elsa Casalegno

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