Fruits de l’Île de la Réunion Mangues, combavas et piments interdits d’exportation

Fruits de l’Île de la Réunion

Mangues, combavas et piments interdits d’exportation

Publié le : 20/12/2019 

Pas de chance pour les amateurs de fruits exotiques de l’Île de la Réunion ! Afin de faire barrage à la propagation de la « mouche orientale des fruits » (Bactrocera dorsalis) en Europe, l’exportation des fruits de ce département d’outre-mer est soumise à d’importantes restrictions depuis le 14 décembre.

 

C’est un coup dur pour les producteurs. Alors que les fêtes de fin d’année constituent le point culminant de leur activité économique, de nouvelles contraintes réglementaires viennent compliquer leurs expéditions. Les fruits de la Réunion (mangues, litchis, combavas, etc.) sont un marché de niche qui repose sur une production de grande qualité. Gros et charnus, les litchis, présentés en branches, sont vendus trois fois plus cher que leurs concurrents malgaches. Ils constituent l’un des fleurons des corbeilles de fruits hivernales et des tables de Noël.

Mais un redoutable insecte, la mouche orientale des fruits (Bactrocera dorsalis), provoque des dégâts considérables sur les cultures. Son développement en Europe serait catastrophique. Surnommé « la peste des fruits », ce ravageur infecte fruits et légumes selon un processus classique : ponte des œufs dans les fruits et invasion par les larves qui se nourrissent de la pulpe, les rendant impropres à la consommation ou provoquant leur chute prématurée. Originaire d’Asie du sud-est, il se développe dans les pays tropicaux où il infecte plusieurs centaines d’espèces de plantes sauvages ou cultivées : arbres fruitiers, notamment les manguiers et les agrumes, ou les plantes maraîchères. Or, à l’heure de la mondialisation des échanges et du changement climatique, le risque d’introduction et de dissémination d’organismes nuisibles aux végétaux est une menace grandissante pour l’agriculture. D’où l’entrée en vigueur de nouvelles mesures, qui découlent du règlement européen 2016/2031 et de ses annexes, fixant le niveau d’exigences sanitaires des végétaux à l’entrée de l’Union européenne (UE).

Envoi de colis et transport en bagages interdits pour certaines espèces de fruits

Les nouvelles modalités réglementaires varient selon les espèces de fruits. Cinq fruits, les mangues, les citrons, les combavas, les poivrons et les piments sont totalement interdits d’exportation, alors que les ananas, les bananes et les noix de coco sont exemptés de toute formalité. Quant aux fruits de la passion et aux litchis, pas de contrôle dès lors que le colis n’excède pas 5 kg. Mais au-delà, pour les professionnels comme pour les particuliers, le lot doit avoir été inspecté et être accompagné d’un certificat précisant la conformité des fruits par rapport aux exigences sanitaires. Attention aux infractions, la note risque d’être salée pour les contrevenants : confiscation des colis litigieux, amendes de plusieurs centaines d’euros par fruits interdits et risques de poursuites pénales. « L’inspection et l’émission du certificat est un service public, réalisé à la Réunion par la Direction de l’alimentation, de l’agriculture et de la forêt (DAAF) et gratuit pour l’usager », précise Loïse de Valicourt, cheffe du service alimentation de la DAAF. Des mesures d’accompagnement bienvenues car l’expédition de fruits à la famille ou aux amis en métropole à l’occasion des fêtes de fin d’année est une habitude chère au cœur des Réunionnais.

Entre les risques sanitaires et les intérêts économiques en jeu, l’arbitrage n’est pas toujours facile à trouver. Gageons qu’à la Réunion, la mise en œuvre « progressive (en 2019 et 2020) et pragmatique » de la nouvelle réglementation ne s’est pas faite sans douleur, même si le préfet de l’Île a « tenu à saluer la richesse des échanges et des propositions » faites par les parties prenantes pendant les réunions de travail préliminaires. Certains acteurs locaux jugent toutefois excessive cette application du principe de précaution. « Quand il fait chaud ici, il fait froid là-bas. L’Europe veut se protéger contre l’introduction d’une mouche qui ne pourra pas survivre en hiver ! » fulmine le patron de Colipays, leader européen des colis cadeaux exotiques, sur le site Atabula. La capture récente de quelques spécimens adultes dans les exploitations à proximité du marché de Rungis montre pourtant que le danger n’est pas imaginaire. À la suite de cette découverte, l’Agence nationale de sécurité sanitaire de l'alimentation (Anses) vient de rendre un avis qui recommande fortement que soient développés et mis en place des plans de surveillance, d’urgence et d’action pour prévenir l’établissement de population de B. Dorsalis en métropole.

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Les végétaux autorisés et interdits (source : Direction de l’alimentation, de l’agriculture et de la forêt de la Réunion).

Florence Humbert