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Guerre en IranBientôt les premiers impacts sur les factures de gaz et d’électricité ?

Fabrice Pouliquen

par Fabrice Pouliquen

Les premiers bombardements américains sur l’Iran ont eu directement des effets néfastes sur le prix des carburants en France. En revanche, cette nouvelle crise géopolitique est restée indolore sur les factures de gaz et d’électricité. Jusqu’à quand ?

L’essentiel

  • Déclenchée fin février, la guerre en Iran a eu des impacts immédiats sur les prix des carburants, qui dépassent les 2 €/litre.
  • Les impacts sur les prix du gaz en France ne se font pas sentir pour l’instant. Mais ça le sera en revanche à partir de mai, a confirmé ce mercredi la Commission de régulation de l’énergie.
  • Quant au prix de l’électricité, il pourrait n’être que peu impacté.

Le monde pourrait connaître sa pire crise énergétique depuis des décennies en raison de la guerre au Moyen-Orient, avertissait Fatih Birol, directeur de l’Agence internationale de l’énergie (AIE). C’était le 23 mars dernier, un peu moins d’un mois après les premières frappes américano-israéliennes. L’Iran a riposté illico en multipliant les tirs de roquettes dans la région et, surtout, en bloquant le détroit d’Ormuz. Entre 15 % et 20 % du pétrole mondial et 20 % du gaz naturel liquéfié y transitent habituellement.

En France, les effets de cette nouvelle crise géopolitique sont déjà bien visibles sur les prix des carburants à la pompe. Ils ont franchi la barre des 2 €/litre en moyenne. Y compris, début avril, pour le sans plomb 95, essence la plus consommée en France. Même envolée des prix sur le fioul, que plus de deux millions de foyers utilisent encore pour se chauffer. Celles et ceux qui ont dû remplir leurs cuves ces dernières semaines l’ont senti : on frise désormais 1 950 € les 1 000 litres, contre un peu moins de 1 200 € avant la crise.

Qu’en est-il du gaz ? Son cours augmente, lui aussi, sur les marchés internationaux, mais reste très loin, pour le moment, des sommets atteints à l’été 2022, « lorsque la Russie a cessé toute livraison de son gaz à l’Europe », rappelle Anna Creti, professeure d’économie et directrice de la chaire Économie du climat de l’université Paris-Dauphine. Le gaz TTF, principal indice des prix du gaz en Europe, avait alors atteint 340 €/mégawattheure (MWh). « Depuis fin février, cet indicateur a de nouveau augmenté, reprend-elle. Il est ainsi passé de 32 €/MWh à 61 € le 19 mars, avant de retomber et se stabiliser aujourd’hui autour de 50 €. »

Une hausse des factures de gaz à partir de mai ?

La hausse est donc plutôt modérée à ce stade et ne se traduit guère encore sur les factures de gaz des particuliers. Le prix repère de vente de gaz (PRVG), que fixe chaque mois la Commission de régulation de l’énergie (CRE) et qui sert alors de boussole pour comparer les offres de fourniture de gaz, a même très légèrement diminué entre mars et avril (1).

En revanche, comme pressenti, ce prix repère augmentera à partir de mai. La CRE l’a confirmé ce mercredi 8 avril, dans un communiqué. La hausse sera de 15,4 % TTC. Cette augmentation se traduira par une hausse moyenne de 6,19 € TTC sur la facture de mai, évalue l’instance. Mais elle n’impactera que les foyers ayant souscrit à une offre de fourniture de gaz indexée sur ce PRVG. Ceux ayant opté pour une offre à prix fixe pour une durée qui court toujours sont épargnés.

Par chance, cette hausse tombe au début de la belle saison, lorsque les chauffages s’éteignent et que la consommation de gaz des ménages chute. Cette augmentation des prix se répercutera ainsi sur un plus faible volume de consommation, ce qui en limitera l’impact. Mais, même si elle s’achève dans les prochaines semaines, cette guerre en Iran aura des effets à long terme sur les marchés internationaux du gaz, craint Anna Creti.

La chercheuse rappelle notamment les frappes iraniennes qui ont touché d’importantes infrastructures gazières au Moyen-Orient. Celle, en particulier, du 19 mars, touchant le complexe de Ras Laffan au Qatar. Trois à cinq ans de travaux seront nécessaires avant que la production de ce site – le plus grand au monde de gaz naturel liquéfié – soit pleinement rétablie. « Ces perturbations et celles qui pourraient suivre peuvent rebattre les cartes des provisionnements mondiaux en gaz à l’approche de l’hiver prochain, estime-t-elle. Et c’est souvent l’Europe qui en fait les frais. »

L’électricité préservée… jusqu’à quand ?

L’autre grande question est de savoir si les prix de l’électricité resteront longtemps protégés de cette guerre en Iran. Ça n’avait pas manqué lors de la crise de 2021-2022, l’envolée des prix du gaz entraînant rapidement avec elle celle des prix de l’électricité, le cours des deux énergies étant en partie lié. C’est le principe qui veut que « la dernière puissance appelée fait le prix de l’électricité ».

En clair : il existe différentes façons de produire de l’électricité, du nucléaire aux centrales à charbon, en passant par les énergies renouvelables et les centrales à gaz. Les marchés mobilisent ces différentes solutions pour assurer l’équilibre du réseau entre l’offre et la demande d’électricité… De la moins chère à la plus chère. Le prix du kWh d’électricité correspond alors au coût de production de la dernière centrale mise en service. Soit, en ces temps de crise, les centrales à gaz.

Mais le contexte énergétique français était très particulier lors de la précédente crise de 2021-2022. À la flambée des prix du gaz, suite à la guerre en Ukraine, s’est ajoutée une baisse nette de notre production d’électricité nucléaire liée à la découverte du phénomène de la corrosion sous contrainte, qui a mis à l’arrêt plusieurs réacteurs nucléaires. Dans le même temps, la sécheresse exceptionnelle de 2022 réduisait la production d’hydroélectricité à son plus bas niveau depuis 1976.

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Pour compenser, il a fallu importer de l’électricité des pays voisins et solliciter nos centrales à gaz à un niveau inédit, leur faisant produire 44,1 TWh d’électricité en 2022, 11 de plus qu’un an plus tôt. Depuis, la production française d’électricité d’origine nucléaire et hydraulique a repris du poil de la bête et les autres énergies renouvelables (solaire, éolien…) ont continué d’essaimer sur le territoire ces dernières années.

Résultat : la France produit désormais plus d’électricité qu’elle n’en consomme, indiquait RTE, le gestionnaire du réseau électrique, dans son bilan de l’année 2025. Dans ce contexte, nos centrales à gaz sont nettement moins sollicitées (autour de 15 TWh en 2025) et influent donc bien moins sur le prix global du kWh d’électricité.

À terme, cette guerre en Iran pourrait avoir un effet à la hausse sur les factures d’électricité des ménages, notamment sur les 20 millions d’abonnés au tarif bleu d’EDF, l’offre d’électricité dont les prix sont encadrés par l’État. Ils sont actualisés deux fois par an, en février et en août, et sont ainsi susceptibles d’évoluer à la hausse lors des prochaines mises à jour. Mais, en cas d’augmentation, le faible affolement des prix du kWh sur les marchés de l’électricité laisse pour l’instant espérer qu’elles soient modérées.

Accélérer l’électrification, première leçon de la crise ?

De cette bonne résistance des prix de l’électricité depuis le déclenchement de la guerre en Iran, Benjamin Bailly tire déjà une première leçon. « Sur les quatre dernières années, malgré l’intensité de la crise énergétique de 2021-2022, on n’a pas assez mis l’accent sur l’électrification de nos usages, estime le directeur des marchés de Voltalis, société spécialisée dans le pilotage des consommations d’électricité. Nous aurions pu moins dépendre du pétrole si l’État avait mieux accompagné l’essor des voitures électriques, et moins dépendre aussi du fioul et du gaz pour se chauffer si on en avait fait de même avec les pompes à chaleur. » Le large plan d’électrification présenté par le gouvernement le 1er avril apparaît comme un réveil bien tardif.


(1) Le prix moyen s’établit pour le mois en cours à 13,9 centimes d’euro du kWh pour les contrats « eau chaude/cuisson » et à 10,41 centimes d’euro pour les contrats « chauffage ».

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