par Perrine Vennetier
par Perrine Vennetier
En ce début mai, un foyer d’infection à un hantavirus s’est déclaré à bord du navire de croisière « MV Hondius » parti d’Argentine. À ce jour, trois personnes sont décédées. L’OMS juge « faible » le risque de propagation hors du navire. Mais cette épidémie interroge sur la nature et la dangerosité de cette famille de virus qui circulent principalement chez les rongeurs et qui provoquent des maladies différentes selon qu’ils viennent d’Amérique ou d’Europe et d’Asie. En France métropolitaine, environ 100 cas sont détectés en moyenne par an. Le point en 6 questions.
Fièvre, douleurs, atteinte rénale ou respiratoire grave : les hantavirus peuvent provoquer des maladies très différentes selon les virus en cause et les régions du monde. En France, le risque existe mais reste ciblé, surtout dans certaines zones et certaines situations d’exposition aux rongeurs.
Les hantavirus désignent un groupe de virus, présents sur tous les continents et qui ont pour hôtes naturels certaines espèces de rongeurs. Ces animaux peuvent être infectés sans être malades, tout en excrétant le virus dans leurs urines, leurs selles ou leur salive.
En France métropolitaine, les réservoirs sont surtout les campagnols, que l’on peut trouver dans les forêts mais aussi dans des bâtiments comme des granges, greniers, remises ou cabanes abandonnées. Sur le continent américain, les rongeurs concernés ne sont pas les mêmes : la souris sylvestre, le rat du riz ou le rat du coton.
Contrairement aux virus de la grippe ou du Covid-19 qui se propagent entre humains, les hantavirus ne circulent généralement que par le biais des rongeurs.
Bon à savoir La première description d’une maladie à hantavirus remonte aux années 1950, lors de la guerre de Corée au cours de laquelle plus de 3 000 soldats ont été touchés. Le virus « hanta » doit ainsi son nom à la rivière Hantaan qui se situe à la frontière entre les deux Corées.
Les premiers symptômes sont peu spécifiques. Ils peuvent faire penser à une grippe : fièvre, frissons, fatigue, maux de tête, douleurs musculaires. Puis ils se compliquent de différentes manières. C’est l’un des aspects particuliers des hantavirus : ils ne donnent pas partout la même maladie.
En Europe et en Asie, les hantavirus sont surtout associés à des fièvres hémorragiques avec syndrome rénal (FHSR). Derrière ce terme se cachent des formes de gravité variable. Elles ressemblent au départ à un syndrome grippal, avec fièvre, douleurs musculaires et grande fatigue. Certaines s’accompagnent ensuite d’hémorragies internes, de chutes de tension et d’atteintes des reins, parfois graves. La mortalité peut atteindre 10 %.
Sur le continent américain, le tableau est différent : on parle plutôt de syndrome pulmonaire à hantavirus ou syndrome cardio-pulmonaire à hantavirus (SCPH). Dans ce cas, l’atteinte principale concerne les poumons et parfois le cœur. Après une phase initiale évoquant aussi la grippe, avec fièvre et douleurs musculaires, la maladie peut évoluer vers des difficultés respiratoires et de la toux qui peuvent s’aggraver en détresse respiratoire et cardiaque. La mortalité en cas de symptômes respiratoires est importante, d’environ 30 % à 60 %. Ce syndrome pulmonaire est la forme qui concerne les passagers du navire de croisière. Concernant la France, c’est aussi la forme qui se produit en Guyane.
La contamination humaine se fait principalement de manière indirecte, par inhalation de poussières contaminées par les urines, les déjections ou la salive de rongeurs infectés. Cela peut se produire lors d’activités en forêt, dans des locaux longtemps fermés ou dans des zones rurales où champs et bâtiments agricoles favorisent la présence de rongeurs.
Plus rarement, l’infection peut être acquise par contact direct avec les rongeurs ou leurs sécrétions, par morsure ou griffure, ou par ingestion d’aliments contaminés.
La transmission interhumaine, de personne à personne, est extrêmement rare. Elle n’est décrite pour aucune des 38 souches d’hantavirus connues, à une exception près : la souche des Andes. Présente en Amérique du Sud, c’est elle qui semble en cause sur le navire de croisière.
En France hexagonale, 2 046 cas de fièvre hémorragique ont été diagnostiqués de 2005 à 2024, selon Santé publique France. Soit une centaine de cas par an avec des variations importantes selon les années, des petites « épidémies » pouvant survenir, notamment au printemps et en été. Les hantavirus sont surtout présents dans le quart nord-est du territoire. En Guyane, 11 cas de syndrome pulmonaire ont été détectés, dont 6 cas mortels, depuis 2008.
Les personnes les plus exposées sont celles qui vivent ou travaillent près d’une forêt ou d’habitats favorables aux rongeurs. Toute activité qui remet en suspension de la poussière ou de la terre ‒ rénovation, remblayage, nettoyage de vieux bâtiments ‒ peut augmenter le risque.
Les situations les plus à risque restent donc celles où l’on pénètre dans des lieux occupés par des rongeurs : cabanes, greniers, caves, granges, remises, maisons restées longtemps inhabitées, stocks de bois, vieux locaux poussiéreux. La prévention consiste donc principalement à éviter le contact avec les rongeurs et leurs excretas (urine, salive, déjections).
En pratique, Santé publique France recommande :
Il est aussi conseillé de lutter contre la présence de rongeurs, notamment dans les habitations situées en forêt ou en bordure de forêt. Pour manipuler des rongeurs morts, leurs nids ou des matériaux souillés, le port de gants est recommandé.
Côté prise en charge, il n’existe ni vaccin dirigé contre les hantavirus ni traitement spécifique contre les maladies qu’ils induisent. Les soins reposent sur le soulagement des symptômes : repos, paracétamol (Doliprane, Efferalgan) et surveillance médicale. Les formes rénales graves peuvent toutefois nécessiter une dialyse. Les formes respiratoires graves demandent aussi des soins particuliers, par exemple de l’oxygène ou une ventilation mécanique.
Perrine Vennetier
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