Rimonabant

Mieux vaut tard que jamais

Publié le : 25/10/2008 

Un an après sa commercialisation en France, le rimonabant (Acomplia), censé traiter l'obésité, est retiré du marché, à l'initiative de l'Agence européenne d'évaluation des médicaments. En cause : une efficacité insuffisante au regard d'effets secondaires importants.

 

Malgré un marketing tous azimuts, ça sentait le roussi depuis un moment pour le rimonabant (Acomplia), la pilule antiobésité commercialisée par la firme Sanofi-Aventis. Jeudi soir, en demandant à la Commission européenne de suspendre son autorisation de mise sur le marché, l'Agence européenne d'évaluation des médicaments (EMEA) lui a, peut-être, administré le coup de grâce. À l'origine de cette décision : l'impact très limité du médicament sur le surpoids et des effets secondaires marqués. L'Agence française de sécurité sanitaire des produits de santé (Afssaps), relayant la position de l'EMEA, explique que « l'efficacité en situation réelle de la prescription, avec une durée moyenne de traitement estimée à 3 mois, est moindre que celle attendue sur la base des essais cliniques. Un tiers des patients répondent au traitement pendant cette période ». Une proportion trop faible au regard des risques encourus, puisque « des troubles dépressifs peuvent survenir chez des patients ne présentant aucun facteur de risque, en dehors de l'obésité », poursuit l'Afssaps. Sanofi-Aventis a réagi immédiatement en retirant son médicament de la vente dans les 18 pays de l'Union européenne qui le distribuent.

Troubles psychiatriques, dépression, risques de suicide...

Le revirement des autorités sanitaires, s'il était évidemment nécessaire, est malheureusement tardif et embarrassant. Car les données sur les effets nocifs du rimonabant sont disponibles depuis longtemps. Troubles psychiatriques, dépression, voire même risques de suicide : dès juin 2007, ces éléments inquiétants avaient conduit les experts américains de la Food and Drug Administration (FDA) à bloquer sa commercialisation aux États-Unis. En Europe, les soupçons, confirmés au fil des études, n'avaient entraîné que des restrictions de prescription. Ainsi, en France, le rimonabant ne devait pas être donné aux patients dépressifs. Il était réservé aux obèses atteints d'un diabète de type 2, et uniquement après échec de la stratégie associant régime et exercice physique. L'action peu probante de la molécule sur le poids était également connue dès le départ. La revue « Prescrire », indépendante des laboratoires pharmaceutiques, notait en juin 2006 que le rimonabant n'induisait qu'une perte moyenne de 4 à 5 kg de plus qu'un placebo sur 1 an, et que ce bénéfice était réversible à l'arrêt du traitement. La commercialisation de ce médicament n'était donc aucunement justifiée. Il était temps que les autorités sanitaires se rendent à l'évidence !

Traitement à revoir

Cinquante mille patients seraient aujourd'hui sous rimonabant en France. Suite à la décision des autorités sanitaires de suspendre la commercialisation de cette molécule, il leur est recommandé de consulter leur médecin afin de modifier leur traitement. Au total, en France, 220 000 à 240 000 personnes ont pris ce médicament ; 385 cas de troubles dépressifs ont été répertoriés, dont 125 graves.

Anne-Sophie Stamane

asstamane