Assurance emprunteur Comment votre banquier va vous dissuader de partir

Assurance emprunteur

Comment votre banquier va vous dissuader de partir

Votre droit à changer d’assurance emprunteur, votre banquier ne peut le nier. Mais comptez sur lui pour semer le doute dans votre esprit sur le contrat concurrent, pointant principalement du doigt votre sécurité. Voici des éléments solides pour contre-argumenter.

 

Votre banque joue-t-elle le jeu ?

C’est la question de départ. Côté droit, votre banquier a l’obligation de vous informer de votre liberté à choisir l’assurance emprunteur de votre choix. Est-ce le cas ? Dans les faits, il vous poussera à choisir son produit maison, c’est de bonne guerre. Mais ne vous laissez pas prendre au jeu de la vente liée (vous obtiendrez le prêt si vous prenez l’assurance).

Bon à savoir : l’opération de changement doit se faire sans frais, la banque ne peut rien vous facturer.

 

La question de l’équivalence des garanties

Votre banquier va sortir des clauses en filigrane pour contourner l’équivalence des garanties. Il pourra aussi soutenir des arguments discutables. Exemple : on va vous dire que le contrat de la banque couvre la totalité de votre mensualité (ou à hauteur de la quotité s’il y a deux emprunteurs) en cas d’arrêt de travail prolongé alors que le contrat concurrent ne va assurer que la seule perte de revenus. Dans les faits, c’est peu probable, les assureurs alternatifs proposant aujourd’hui des contrats a minima équivalents à ceux des banques, ce qui est leur intérêt s’ils veulent percer sur le marché.

 

Des garanties moins protectrices ?

Votre banquier va vous dire que si le contrat que vous lui soumettez est moins cher, c’est parce qu’il est moins protecteur. Combattez cette idée fausse selon Patrick Petitjean, d’Utwin : « Contrairement aux dires de votre banquier, l’assurance individuelle n’est pas moins protectrice, au contraire. Dans l’assurance individuelle, le tarif est ajusté au profil de risque de l’emprunteur. » Vous pourriez du reste retourner l’argument à votre banquier. Par exemple, demandez-lui pourquoi les contrats groupe voient leurs garanties cesser à 65, 70 ou 75 ans.

 

L’épouvantail des exclusions

Autre angle d’attaque possible, toujours sur le terrain des garanties : l’éventail des exclusions. Exemple sur le site de LCL : « L’Assurance Emprunteur Immo LCL ne contient pas d’exclusions touchant des actes de la vie courante, fréquemment rencontrées dans d’autres contrats… Un tarif bas se traduit souvent par de nombreuses exclusions détaillées dans la notice du contrat. » À voir sur pièces. Vous constaterez souvent que les exclusions ne sont pas plus nombreuses dans le contrat individuel, voire l’inverse.

 

Gare aux discours moralisateurs

« Notre contrat est plus cher, c’est vrai, mais nous n’excluons pas les personnes aux profils compliqués pour des raisons de santé ou d’âge, contrairement aux contrats individuels. » Argument moral de votre banquier, qui résiste mal à l’examen au regard des grilles tarifaires affinées, notamment sur les 25-35 ans. De plus, certains contrats groupe des banques excluent déjà les emprunteurs souffrant d’une pathologie légère, les professions à risque, etc., la banque leur proposant alors un contrat en délégation via sa propre filiale d’assurance !

 

Vous avez dit « date anniversaire » ?

Les banques ont beaucoup joué sur l’ambiguïté de la date anniversaire pour freiner ou empêcher les changements d’assurance passée la première année du prêt (amendement Bourquin). Cet élément ne doit plus tenir. Les faits ont été clarifiés par les autorités de contrôle : la date anniversaire à laquelle vous pouvez chaque année (après la première) changer d’assurance, en respectant un préavis de 2 mois pour les démarches, est la date de la signature de l’offre du prêt.

 

Le chantage au taux de crédit

Quand on veut acheter la maison ou l’appartement de ses rêves, seul compte l’obtention du prêt, donc le taux de crédit obtenu. Vous êtes alors sur le terrain de jeu du banquier, qui connaît sa marge de négociation. Et qui mettra en balance le bon taux de crédit qu’on vous octroie, mais qui pourrait être revu à la hausse si vous ne souscrivez pas l’assurance (un même chantage peut être fait pour l’assurance habitation). Ne vous laissez par prendre par ces ventes liées. Et si le banquier insiste, acceptez son contrat pour bénéficier du meilleur taux de crédit, et changez d’assurance quelques mois plus tard !

Quand la banque baisse ses prix

Au pied du mur, face à un client emprunteur tenace proposant une offre d’assurance moins chère, que va faire votre banquier ? Probablement baisser son tarif pour ne pas vous perdre. Vous lui envoyez un devis concurrent et la réponse ne tarde pas, avec une contre-offre. Cette pression concurrentielle participe à la baisse des prix de l’assurance de prêt observée sur le marché depuis quelques années.

Frédéric Gicquel