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Factures d’énergieLes demandes d’intervention pour impayés se maintiennent à un niveau élevé

Fabrice Pouliquen

par Fabrice Pouliquen

En 2025, les fournisseurs d’énergie ont obtenu 1,2 million d’interventions aux domiciles de leurs clients pour des factures de gaz ou d’électricité impayées. Ce chiffre a presque doublé depuis 2019 et témoigne de la précarité énergétique grandissante en France.

L’essentiel

  • En 2025, le médiateur de l’énergie a comptabilisé 1,246 million d’interventions pour impayés de factures d’énergie chez des particuliers à la demande de leurs fournisseurs.
  • Ce chiffre est stable par rapport à 2024 et témoigne d’une précarité énergétique qui reste très forte en France depuis la crise énergétique déclenchée en 2021. En 2019, on ne comptait que 672 400 interventions pour factures impayées.
  • Léger point positif, les fournisseurs d’électricité privilégient de plus en plus la limitation de puissance plutôt que la coupure nette d’électricité. Cette alternative reste tout de même drastique.

En 2025, les fournisseurs d’énergie ont demandé 1,2 million d’interventions aux domiciles de leurs clients pour des factures impayées. Dans le détail, 87 % de ces demandes d’intervention concernent l’électricité (1 091 578), et 13 % le gaz (108 962).

Certes, ces demandes d’intervention sont globalement stables par rapport à 2024, en légère baisse même de 3,7 %, précise le médiateur national de l’énergie, instance chargée de recommander des solutions aux litiges entre les consommateurs et les opérateurs du secteur de l’énergie. Il n’empêche, ces demandes se maintiennent à un niveau très élevé depuis 2021. Cette année-là, il y en avait eu 785 095 et même 672 400 en 2019.

Une précarité énergétique qui ne faiblit pas

Ce doublement témoigne ainsi de l’augmentation continue de la précarité énergétique en France depuis le déclenchement de la crise énergétique mondiale en 2021, même si les prix de l’énergie sont repartis à la baisse désormais. Les interventions pour impayés n’en sont pas le seul indicateur. Dans la dernière édition de son baromètre annuel, publiée en octobre, le médiateur de l’énergie pointait déjà cette situation préoccupante. Sur les 2 000 foyers métropolitains interrogés, 36 % déclaraient rencontrer des difficultés pour payer leurs factures de gaz ou d’électricité (contre 28 % en 2024). Par ailleurs, 35 % déclaraient avoir souffert du froid dans leur logement l’hiver dernier, contre 30 % en 2024 et 14 % en 2020.

Face à cette hausse des impayés de factures et à la demande des associations comme l’UFC-Que Choisir, les fournisseurs font preuve d’un peu plus de souplesse que par le passé. Du moins en ce qui concerne l’électricité où, contrairement au gaz, il est possible de baisser la puissance délivrée au compteur.

Cette alternative à la coupure nette est désormais majoritairement privilégiée par les fournisseurs. Sur le million de demandes d’intervention pour des factures d’électricité impayées en 2025, 87 % concernaient ainsi une réduction de puissance, contre 13 % une coupure d’électricité. En 2019, c’était à peu près moitié-moitié.

Baisse de puissance qui permet tout juste de s’éclairer

Cette tendance va dans le bon sens, pour l’UFC-Que Choisir comme pour le médiateur de l’énergie qui demandent l’interdiction totale des coupures d’électricité, quelle que soit la période de l’année. Pour autant, ces réductions de puissance restent une solution drastique.

Concrètement, les fournisseurs demandent à Enedis (le gestionnaire du réseau de distribution d’électricité) d’abaisser à 1 kilovoltampère (kVA) la puissance électrique délivrée au compteur de ces foyers en situation d’impayés. À titre de comparaison, la puissance la plus souscrite par les clients résidentiels en France est de 6 kVA.

À 1 kVA, il est impossible de se chauffer (si on est à l’électricité). Cette puissance permet tout juste de s’éclairer, de faire fonctionner le réfrigérateur, recharger un téléphone ou un ordinateur. Mais très vite, les plombs sautent lorsque ces usages sont combinés.

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Certes, ces réductions de puissance ne peuvent être faites pendant la trêve hivernale, du 1er novembre au 31 mars de l’année suivante. Par ailleurs, le ménage concerné doit recevoir au minimum deux courriers d’alerte concernant ses impayés avant que cette menace de réduction de puissance soit mise à exécution. Il n’empêche, l’UFC-Que Choisir demande que ces réductions de puissance ne soient pas inférieures à 2 kVA.

Réautomatiser le chèque énergie

Surtout, pour éviter d’en arriver à ces impayés, il faudrait que le gouvernement cesse ses atteintes au bon fonctionnement du chèque énergie. Pour rappel, chaque année depuis 2018, cette aide financière est attribuée sous condition de ressources aux ménages les plus fragiles pour leur permettre de s’acquitter d’une partie de leur facture d’énergie.

Ces chèques varient de 48 € à 277 €, avec une moyenne de 150 €. Premier bémol : ces montants n’ont plus été valorisés depuis 2019, malgré l’envolée des prix de l’énergie. Surtout, jusqu’à 2023, ce chèque énergie était alloué aux bénéficiaires sans qu’ils n’aient aucune démarche à faire. L’administration fiscale identifiait automatiquement les ayants droit sur la base de la taxe d’habitation… supprimée en 2023.

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Depuis, faute d’avoir anticipé les impacts de cette suppression sur l’attribution du chèque énergie, l’État tente de se dépatouiller avec son dispositif d’attribution semi-automatique du chèque énergie. Mais celui-ci laisse beaucoup de ménages éligibles sur le carreau.

La campagne 2025 en serait une nouvelle illustration pour le médiateur de l’énergie. Seulement 3,8 millions de foyers ont touché cette aide sans entreprendre aucune démarche… contre 5,6 millions l’année précédente. Les particuliers s’estimant oubliés avaient jusqu’au 28 février dernier pour se signaler sur guichet.chequeenergie.gouv.

Le nombre de bénéficiaires rattrapés via cette plateforme en ligne n’est pas encore connu. « Mais il ne devrait pas dépasser quelques centaines de milliers, laissant de côté les foyers les plus fragiles », craint le médiateur de l’énergie. L’instance demande ainsi de réautomatiser dès 2027 l’attribution du chèque énergie, en se basant sur un seul critère : le revenu fiscal de référence.

Le conseil de Que Choisir

En cas de difficultés, réagissez au plus vite, en commençant par contacter votre fournisseur, ne serait-ce que pour faire le point sur votre contrat et redéfinir un échéancier de paiement. Une autre solution peut aussi être de comparer les différentes offres disponibles sur le marché. Vous pouvez à ce titre consulter le comparateur de gaz et électricité gratuit de Que Choisir.

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