ACTUALITÉ

InflationPourquoi les prix alimentaires devraient repartir à la hausse

Grégory Caret

par Grégory Caret

Après le pic inflationniste de 2022-2023 consécutif à la guerre en Ukraine, les prix alimentaires en France semblaient s’être stabilisés. Début 2026, ils n’augmentaient plus que de 1 % sur 1 an, selon nos relevés. Mais les tensions géopolitiques actuelles, notamment au Moyen-Orient, pourraient relancer rapidement la dynamique inflationniste. Derrière ces prix, une mécanique complexe se joue, depuis les champs jusqu’aux rayons des supermarchés. Explications.

Une chaîne de coûts qui commence à la production agricole

Les prix alimentaires prennent d’abord racine dans les coûts agricoles. Ceux-ci dépendent de plusieurs facteurs étroitement liés :

  • le carburant (notamment le gazole non routier, dont le prix a augmenté de 50 % depuis le 27 février), indispensable aux machines agricoles ;
  • les engrais, comme la solution azotée et l’ammonitrate 33.5, les plus utilisés en France, dont la production est très dépendante du gaz et dont les prix ont flambé (respectivement + 100 % et + 50 % sur 1 an) ;
  • les aléas climatiques, qui affectent les rendements comme celui du café ou du cacao, ou actuellement le blé des plaines américaines qui souffre du manque de pluie ;
  • les tensions géopolitiques qui perturbent les échanges mondiaux, comme actuellement le blocage du détroit d’Ormuz ;
  • les arbitrages économiques, comme au Brésil, où la production de canne à sucre du premier producteur mondial peut être orientée vers la production d’éthanol ou de biodiesel plutôt que vers l’alimentation.

À l’échelle mondiale, ces tensions se traduisent dès à présent dans les indices de prix des matières premières agricoles. L’indice FAO des prix alimentaires, un indicateur des Nations unies qui mesure l’évolution des denrées alimentaires dans le monde, est ainsi en nette hausse en avril 2026.

Dans l’élevage, la situation est encore plus sensible. Les producteurs doivent faire face à une double dépendance aux matières premières agricoles (alimentation animale) et à l’énergie, à laquelle viennent s’ajouter la baisse continue du cheptel européen et le recul de la collecte de lait pour cause de fièvre catarrhale ovine. Ces deux évènements expliquent la violente hausse des coûts de la viande observée en 2025.

Des industriels pris en étau entre coûts et négociations

Entre les agriculteurs et les distributeurs, les industriels agroalimentaires jouent un rôle central. Ils doivent absorber – ou répercuter – plusieurs types de hausses de coûts sur :

  • les matières premières agricoles ;
  • l’énergie (notamment le gaz) ;
  • les emballages (plastique, carton, aluminium) ;
  • le transport.

Les industriels, contrairement à leurs habitudes, commencent à s’exprimer dans la presse. Le géant laitier Lactalis a expliqué qu’il subissait une hausse de ses coûts et annoncé qu’il allait falloir « aller répercuter ça auprès de nos clients ». Chez Danone, on reste plus prudent, même si l’on reconnaît que « les pressions inflationnistes liées à la guerre en Iran pourraient entraîner une hausse des prix alimentaires ».

Certains industriels ou leurs représentants avec qui nous avons pu échanger tablent sur une hausse possible des prix de 4 % d’ici quelques mois, avec des disparités selon les rayons.

Carte interactive

Comparateur gratuit des supermarchés

Voir le comparatif

Des prix négociés une fois par an… mais ajustés en cours de route

En France, la fixation des prix entre les industriels et la grande distribution est très encadrée. Chaque année, les acteurs négocient leurs conditions commerciales dans le cadre des lois Egalim 1, 2 et 3.

Ces négociations annuelles, menées entre les industriels et quelques grandes centrales d’achat, déterminent :

  • les prix d’achat pour l’année ;
  • les remises et ristournes, les volumes et les services commerciaux.

Pour l’année à venir, les négociations avaient abouti, selon le ministre du Commerce, Serge Papin, à une revalorisation contenue des prix en rayon de l’ordre de + 1 %. Mais les négociations se sont clôturées avant le démarrage des tensions au Moyen-Orient et la flambée des coûts des carburants et des engrais qui en ont découlé. Or, une fois fixés, ces prix ne sont pas totalement figés pour l’année.

La loi Egalim prévoit en effet des mécanismes pour ajuster les prix en rayon en cas de forte variation des coûts des matières premières :

  • des clauses de révision automatique, souvent indexées sur les coûts pour les produits intégrant une forte part de matières premières agricoles ;
  • des clauses de réouverture des négociations dans d’autres cas.

Rarement avare de commentaires, la grande distribution a apporté des réponses, qui ne vont pas toutes dans le même sens. Le 13 mars, sur RTL, Michel-Édouard Leclerc assurait qu’une guerre durable au Moyen-Orient nécessiterait de renégocier les accords commerciaux. Le 20 avril, sur France 2, Dominique Schelcher, PDG de Coopérative U, précisait qu’il n’y avait pas d’urgence à renégocier, voire pas de nécessité à rouvrir les négociations si le conflit venait à s’arrêter avant de contester notre estimation d’une hausse possible de 4 à 5 %. À suivre…

Une inflation qui se diffuse jusqu’au consommateur

Au bout de la chaîne, c’est toujours le consommateur qui subit un cumul de ces hausses à travers son ticket de caisse. Les tensions au Moyen-Orient constituent donc un facteur de risque majeur pour les prix alimentaires ces prochains mois.

Le scénario le plus probable à moyen terme n’est pas une flambée brutale comme en 2022, mais une reprise progressive de l’inflation alimentaire, de l’ordre de 4 à 5 % supplémentaires selon nos projections et celles de certains professionnels.

À court terme, les premières hausses pourraient toucher les produits ayant des délais de fabrication courts et subissant un impact fort des flambées de prix énergétiques et de matières premières agricoles, comme le rayon crèmerie. Les rayons d’épicerie et droguerie et hygiène pourraient aussi être aussi impactés, mais à plus long terme.

Rappel des évolutions de prix en rayons observées suite au début du conflit en Ukraine

Grégory Caret

Grégory Caret

Observatoire de la consommation

Soutenez-nous, rejoignez-nous

La force d'une association tient à ses adhérents ! Aujourd'hui plus que jamais, nous comptons sur votre soutien. Nous soutenir

image nous soutenir

Newsletter

Recevez gratuitement notre newsletter hebdomadaire ! Actus, tests, enquêtes réalisés par des experts. En savoir plus

image newsletter