par Grégory Caret
par Grégory Caret
Après le pic inflationniste de 2022-2023 consécutif à la guerre en Ukraine, les prix alimentaires en France semblaient s’être stabilisés. Début 2026, ils n’augmentaient plus que de 1 % sur 1 an, selon nos relevés. Mais les tensions géopolitiques actuelles, notamment au Moyen-Orient, pourraient relancer rapidement la dynamique inflationniste. Derrière ces prix, une mécanique complexe se joue, depuis les champs jusqu’aux rayons des supermarchés. Explications.
Les prix alimentaires prennent d’abord racine dans les coûts agricoles. Ceux-ci dépendent de plusieurs facteurs étroitement liés :
À l’échelle mondiale, ces tensions se traduisent dès à présent dans les indices de prix des matières premières agricoles. L’indice FAO des prix alimentaires, un indicateur des Nations unies qui mesure l’évolution des denrées alimentaires dans le monde, est ainsi en nette hausse en avril 2026.
Dans l’élevage, la situation est encore plus sensible. Les producteurs doivent faire face à une double dépendance aux matières premières agricoles (alimentation animale) et à l’énergie, à laquelle viennent s’ajouter la baisse continue du cheptel européen et le recul de la collecte de lait pour cause de fièvre catarrhale ovine. Ces deux évènements expliquent la violente hausse des coûts de la viande observée en 2025.
Entre les agriculteurs et les distributeurs, les industriels agroalimentaires jouent un rôle central. Ils doivent absorber – ou répercuter – plusieurs types de hausses de coûts sur :
Les industriels, contrairement à leurs habitudes, commencent à s’exprimer dans la presse. Le géant laitier Lactalis a expliqué qu’il subissait une hausse de ses coûts et annoncé qu’il allait falloir « aller répercuter ça auprès de nos clients ». Chez Danone, on reste plus prudent, même si l’on reconnaît que « les pressions inflationnistes liées à la guerre en Iran pourraient entraîner une hausse des prix alimentaires ».
Certains industriels ou leurs représentants avec qui nous avons pu échanger tablent sur une hausse possible des prix de 4 % d’ici quelques mois, avec des disparités selon les rayons.

En France, la fixation des prix entre les industriels et la grande distribution est très encadrée. Chaque année, les acteurs négocient leurs conditions commerciales dans le cadre des lois Egalim 1, 2 et 3.
Ces négociations annuelles, menées entre les industriels et quelques grandes centrales d’achat, déterminent :
Pour l’année à venir, les négociations avaient abouti, selon le ministre du Commerce, Serge Papin, à une revalorisation contenue des prix en rayon de l’ordre de + 1 %. Mais les négociations se sont clôturées avant le démarrage des tensions au Moyen-Orient et la flambée des coûts des carburants et des engrais qui en ont découlé. Or, une fois fixés, ces prix ne sont pas totalement figés pour l’année.
La loi Egalim prévoit en effet des mécanismes pour ajuster les prix en rayon en cas de forte variation des coûts des matières premières :
Rarement avare de commentaires, la grande distribution a apporté des réponses, qui ne vont pas toutes dans le même sens. Le 13 mars, sur RTL, Michel-Édouard Leclerc assurait qu’une guerre durable au Moyen-Orient nécessiterait de renégocier les accords commerciaux. Le 20 avril, sur France 2, Dominique Schelcher, PDG de Coopérative U, précisait qu’il n’y avait pas d’urgence à renégocier, voire pas de nécessité à rouvrir les négociations si le conflit venait à s’arrêter avant de contester notre estimation d’une hausse possible de 4 à 5 %. À suivre…
Au bout de la chaîne, c’est toujours le consommateur qui subit un cumul de ces hausses à travers son ticket de caisse. Les tensions au Moyen-Orient constituent donc un facteur de risque majeur pour les prix alimentaires ces prochains mois.
Le scénario le plus probable à moyen terme n’est pas une flambée brutale comme en 2022, mais une reprise progressive de l’inflation alimentaire, de l’ordre de 4 à 5 % supplémentaires selon nos projections et celles de certains professionnels.
À court terme, les premières hausses pourraient toucher les produits ayant des délais de fabrication courts et subissant un impact fort des flambées de prix énergétiques et de matières premières agricoles, comme le rayon crèmerie. Les rayons d’épicerie et droguerie et hygiène pourraient aussi être aussi impactés, mais à plus long terme.
Rappel des évolutions de prix en rayons observées suite au début du conflit en Ukraine
Grégory Caret
Observatoire de la consommation
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