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Rénovation énergétiqueMaPrimeRénov’ va enfin reprendre du service

Fabrice Pouliquen

par Fabrice Pouliquen

La principale aide publique à la rénovation énergétique des logements était suspendue depuis le 1er janvier, dans l’attente du vote du projet de loi de finances 2026. Cet obstacle est enfin levé.

L’essentiel

  • Réouverture de MaPrimeRénov’ Après une suspension totale depuis le 1er janvier 2026, MaPrimeRénov’ reprend du service suite au vote du budget. Les nouveaux dossiers pourront être déposés dans les prochains jours, parallèlement au traitement des 80 000 dossiers restés en attente.
  • Restriction des « monogestes » Le dispositif se durcit pour les travaux isolés. L’isolation des murs ainsi que les chaudières à biomasse sont désormais exclues du parcours classique. Ces travaux ne restent subventionnés que s'ils sont intégrés dans une rénovation d'ampleur (parcours accompagné).
  • Aides à la baisse et délais allongés Bien que le gouvernement mise sur les rénovations globales, les plafonds de travaux ont été revus à la baisse (maximum 40 000 € contre 70 000 € auparavant). Les délais d'instruction vont probablement s'allonger considérablement.

« Pas de budget, pas de guichet », lançait fin décembre Vincent Jeanbrun, ministre du Logement, au sujet de MaPrimeRénov’. Depuis le 1er janvier, la première aide publique à la rénovation énergétique était ainsi totalement suspendue, en attente du vote par les parlementaires du projet de loi de finances 2026. Aucun nouveau dossier ne pouvait être déposé sur la plateforme Maprimerenov.gouv.fr et le traitement des demandes déposées l’an passé mais non encore validées était, lui aussi, suspendu.

Verrait-on enfin le bout du tunnel ? En tout cas, le budget 2026 a définitivement été adopté en début de semaine et, contacté, le cabinet du ministre du Logement nous assure une réouverture « dans les prochains jours ». Reste à savoir dans quelles conditions.

Deux monogestes disparaissent

Commençons par le parcours monogeste, qui permet d’obtenir des subventions pour la réalisation d’un seul geste de travaux d’efficacité énergétique. Deux types de travaux n’apparaissent plus dans la liste des travaux éligibles à ce parcours.

Il s’agit d’abord de l’isolation des murs, qu’elle soit intérieure ou extérieure. Il s’agissait pourtant du troisième geste le plus demandé dans le cadre du parcours monogeste début 2025, mais le gouvernement ne l’estime pas prioritaire lorsqu’on cherche à améliorer l’efficacité énergétique de son logement. Il reste tout de même possible de toucher des aides MaPrimeRénov’ dans ce cadre, via le parcours accompagné. Autrement dit, dans le cadre d’une rénovation d’ampleur, couplée à d’autres travaux.

Ensuite les chaudières à biomasse, également exclues des monogestes. Il s’agit de systèmes de chauffage centralisé fonctionnant le plus souvent au bois (bûches ou granulés). Ces chaudières sont relativement onéreuses (jusqu’à plus de 20 000 €) et il s’en vend globalement peu en France (hormis les pics de 2022 et 2023 liés à la crise énergétique). En revanche, les aides seraient maintenues pour les autres appareils de chauffage au bois que sont les poêles à bois et à granulés.

Sans surprise, les aides restent importantes pour les pompes à chaleur (PAC) que promeuvent les pouvoirs publics à tout va. Un foyer aux ressources très modestes pourra ainsi toucher jusqu’à 5 000 € pour une PAC air-eau et jusqu’à 11 000 € pour une PAC géothermique.

Un objectif flou de 120 000 rénovations d’ampleur

Quid du parcours accompagné ? C’est sur celui-ci que le gouvernement dit vouloir mettre le paquet. Il permet de financer, sur le papier du moins, les rénovations les plus ambitieuses car conditionnées à la réalisation de plusieurs travaux d’un coup et à des gains de classes au diagnostic de performance énergétique (DPE) du logement.

À sa création en 2024, le gouvernement visait 200 000 rénovations d’ampleur aidées rien que sur la première année et 900 000 par an à compter de 2030. Depuis, ces ambitions ont été largement revues à la baisse et ce parcours accompagné a subi de nombreux revirements.

Jusqu’à une suspension surprise l’été dernier face à un afflux massif de demandes et une enveloppe budgétaire déjà largement entamée sur les six premiers mois de l’année. Le dispositif avait rouvert en octobre mais de façon restreinte : seulement pour les logements classés E, F et G et occupés par des ménages aux revenus très modestes.

Le parcours accompagné va donc, lui aussi, rouvrir dans les prochains jours. Il sera toujours réservé aux logements mal classés au DPE (E, F et G). Autrement dit, les passoires thermiques à rénover d’urgence. En revanche, tous les propriétaires de ces logements, quelles que soient leurs ressources, pourront déposer une demande. 

Avec une nouveauté toutefois dans les démarches à suivre. Pour ces projets de rénovation d’ampleur, un rendez-vous personnalisé avec un conseiller France Rénov’ – le service public d’information et de conseil à la rénovation énergétique ‒ sera désormais obligatoire avant le dépôt de la demande d’aide, a annoncé ce vendredi l’Agence nationale de l’habitat (Anah), chargée de piloter le dispositif. Il existe 614 espaces conseils France Rénov’ en France, précise-t-on au ministère du Logement.

Cette nouvelle étape – qui vise à s’assurer de la qualité du dossier qui s’apprête à être déposé ‒ risque d’alourdir encore un peu plus un parcours d’ores et déjà complexe. Pour 2026, l’Anah vise, pour autant, la réalisation de 120 000 rénovations d’ampleur, dont 68 000 logements en copropriété et 52 000 logements individuels.

Une précision de taille tout de même : quelque 80 000 dossiers déposés en 2025 attendent toujours d’être validés et leur instruction doit aussi reprendre avec la réouverture du guichet. Sont-ils comptés dans les 120 000 rénovations d’ampleur en 2026 ? Ce qui laisserait alors peu de place à de nouveaux dossiers cette année. « Absolument pas, ce sont deux comptages différents », nous répond-on au cabinet de Vincent Jeanbrun. Et de préciser : « En aucun cas il ne sera utile et opportun de se précipiter pour déposer son dossier de rénovation d’ampleur en 2026. Les premiers arrivés ne seront pas forcément les premiers servis. »

Mais le ministère du Logement joue sur les mots. Il est possible que 120 000 nouveaux dossiers de rénovations d’ampleur puissent être déposés et commencer à être instruits en 2026… « Mais validés, sûrement pas, estime Audrey Zermati, directrice stratégie d’Effy, spécialiste de la rénovation énergétique. La majorité des dossiers qui passeront cette étape finale cette année auront été déposés en 2025, c’est une certitude. »

Il faut s’attendre à ce que 2026 laisse aussi son stock de demandes d’aides à finaliser l’année suivante. Autrement dit, qu’un certain nombre de dossiers déposés, y compris dans les prochains mois, n’aillent au bout qu’en 2027. « De plus en plus, les délais d’instruction sur le parcours accompagné s’allongent, déplore Audrey Zermati. De 2 à 3 mois au départ, nous sommes passés à 6 mois aujourd’hui et on se dirige de plus en plus vers les 12… »

Un parcours accompagné moins généreux

En prime, dans le contexte budgétaire actuel, le dispositif est désormais moins généreux. C’est le cas depuis octobre dernier et la réouverture du parcours après sa suspension estivale. Cette formule est reconduite en 2026.

Pour rappel, les montants d’aides varient en fonction des revenus du ménage demandeur, mais aussi du montant des travaux réalisés et des sauts de classe de diagnostic de performance énergétique qu’ils permettent. Les ménages aux revenus très modestes peuvent toucher une aide couvrant 80 % des sommes déboursées pour la rénovation de ces logements, ceux aux revenus modestes 60 %, les intermédiaires 45 %, etc.

Ces taux restent inchangés. En revanche, les plafonds de travaux auxquels ces pourcentages s’appliquent sont modifiés. Exit celui à 70 000 € pour les sauts de 4 classes au DPE. Les plafonds de travaux sont désormais fixés à :

  • 30 000 € pour les rénovations permettant un saut de 2 classes au DPE ;
  • 40 000 € pour celles permettant un saut de 3 classes et plus.

Par ailleurs, le bonus de 10 % accordé aux logements quittant les étiquettes F et G est supprimé. Mécaniquement donc, le montant des aides baisse. Dans le meilleur des cas, un ménage aux revenus modestes peut espérer, désormais, au mieux 32 000 € d’aides MaPrimeRénov’ contre le double (64 000 €) avant l’été 2025.

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