BILLET DE LA PRÉSIDENTE

Crues à répétitionNe laissons pas certains territoires couler !

Marie-Amandine Stévenin

par Marie-Amandine Stévenin

Depuis plusieurs semaines, des milliers de foyers vivent les pieds dans l’eau, dans les départements de l’Ouest et du Sud de la France après plus d’un mois de pluies quasi ininterrompues. Les tempêtes de l’hiver, concentrées en quelques jours, pourraient coûter plus d’un milliard d’euros, et les experts parlent d’événements « de plus en plus fréquents et dangereux ». Mais derrière ces chiffres, ce sont d’abord des vies bousculées : des logements inhabitables, des relogements d’urgence, des démarches administratives lourdes. C’est à partir de cette réalité-là, celle des habitants, que doivent être pensées la solidarité nationale et l’indemnisation. Sortons uniquement des bilans comptables.

Dans ce contexte, je veux rappeler quelques principes simples. Dès lors qu’un arrêté de catastrophe naturelle est publié pour une commune, les contrats multirisques habitation doivent couvrir les dommages matériels subis, moyennant une franchise réglementaire. Le ministre de l’Économie, Roland Lescure, a appelé les assureurs à une véritable mobilisation et annoncé vouloir accélérer la tenue des commissions CatNat et les procédures d’indemnisation. Les arrêtés et les premiers versements arriveront ainsi plus vite sur le terrain. C’est une bonne chose. Mais ce ne sera pas suffisant si, derrière cet affichage, les sinistrés continuent de se heurter à des refus de prise en charge, à des expertises contestées ou à des indemnisations insuffisantes.

Les travaux que nous avons menés sur l’assurance habitation et les catastrophes naturelles montrent combien l’indemnisation peut devenir un parcours du combattant. Concrètement, ce sont des critères de reconnaissance peu lisibles, des franchises élevées et des délais trop longs. Alors que les scientifiques décrivent désormais des clusters de tempêtes, les assureurs s’alarment de l’assurabilité future des zones les plus exposées. Je refuse que cette inquiétude se traduise uniquement par des hausses de primes, de franchises ou des restrictions de garanties. On file tout droit vers la désassurance pour certains territoires.

C’est pourquoi nous demandons la reconnaissance d’un droit effectif à l’assurance habitation sur tout le territoire. Lorsqu’un assureur opère à l’échelle nationale, il doit être tenu de proposer une offre dans toutes les communes. Toutes les communes, c’est-à-dire y compris celles aujourd’hui les plus frappées par les crues ou les submersions. À défaut, le retrait progressif de certains acteurs réduira l’offre disponible, avec un double risque pour les habitants : des primes mécaniquement plus élevées du fait de la moindre concurrence, et, à terme, l’absence pure et simple de solution d’assurance.

Marie-Amandine Stévenin

Marie-Amandine Stévenin

Présidente de l'UFC-Que Choisir

Soutenez-nous, rejoignez-nous

La force d'une association tient à ses adhérents ! Aujourd'hui plus que jamais, nous comptons sur votre soutien. Nous soutenir

image nous soutenir

Newsletter

Recevez gratuitement notre newsletter hebdomadaire ! Actus, tests, enquêtes réalisés par des experts. En savoir plus

image newsletter