par Adeline Lorence
EhpadLa difficile mise en place de l'accueil de nuit
Depuis plus d'un an, une trentaine d'Ehpad proposent, à titre expérimental, un accueil de nuit aux personnes âgées en perte d'autonomie afin de soulager les proches aidants. Si cette solution répond à de réels besoins, son développement se heurte à plusieurs obstacles.
L'essentiel
- Depuis juin 2024, des Ehpad peuvent proposer d'accueillir pour une nuit des personnes âgées en perte d'autonomie.
- Ce dispositif a été testé pendant deux ans.
- À l'heure du bilan, la généralisation de cet accueil semble complexe.
Les maisons de retraite ne proposent pas uniquement des hébergements permanents. On le sait peu, mais certains Ehpad (Établissements d'hébergement pour personnes âgées dépendantes) offrent la possibilité d’accueillir une personne âgée en perte d’autonomie pendant quelques semaines ou quelques mois, notamment pour soulager les proches aidants.
Afin de développer ces solutions d'accueil temporaire et de renforcer le droit au répit, la loi du 8 avril 2024, dite « Bien vieillir », prévoit que les agences régionales de santé (ARS) puissent instaurer un quota minimal de places réservées à l'accueil de nuit dans les Ehpad et les résidences autonomie.
Pour tester ce dispositif, une expérimentation de l'accueil de nuit a été menée de juin 2024 à juin 2026. Un décret publié au Journal officiel du 10 mars 2025 précise qu'elle concerne six régions : Bourgogne-Franche-Comté, Centre-Val de Loire, Corse, Normandie, Occitanie et Pays de la Loire. Au total, selon la Direction générale de la cohésion sociale (DGCS), 30 établissements se sont engagés dans l'expérimentation, ce qui représente 47 places dédiées à l'accueil de nuit.
Une solution adaptée...
Concrètement, les établissements ayant déjà obtenu l'autorisation de proposer de l'accueil temporaire ont pu participer à l'expérimentation. Ceux qui n'en disposaient pas ont également pu se lancer, à condition de demander la transformation de places en accueil temporaire. Les structures engagées doivent désormais rendre leur évaluation. « À ce stade, les premiers enseignements montrent que l’expérimentation répond à des besoins réels, notamment pour les personnes âgées atteintes de troubles cognitifs et leurs aidants épuisés », relève la DGCS.
Ce constat est partagé par des professionnels du secteur. « L'accueil de nuit est une solution adaptée. Il permet aux aidants qui sont au bout du rouleau de bénéficier d'un peu de répit. Il offre aussi aux personnes accueillies la possibilité de se familiariser avec l'établissement et ainsi d’éprouver moins d'angoisse si un hébergement permanent devient nécessaire », estime Jean-Christophe Amarantinis, président du Synerpa, syndicat des responsables d'établissements privés.
… mais difficile à mettre en place
Malgré ces retours encourageants, la généralisation de l'accueil de nuit n'est pas encore à l'ordre du jour. Plusieurs obstacles ont été identifiés : la difficulté à définir un modèle économique commun à tous les établissements, les problèmes de transport permettant aux personnes accueillies de rejoindre l'Ehpad, mais aussi le manque de visibilité du dispositif auprès des professionnels de santé.
Autre difficulté : les accueils de nuit sont actuellement réalisés sur des places d'accueil temporaire déjà existantes. « Nous participons à l'accueil de nuit au sein de notre établissement. Cependant, nous n'avons pas encore réalisé de nuitée par manque de place disponible », témoigne Marion Weisphal, directrice de l'Ehpad Résidence du Bois de la Roche à Cloyes-les-Trois-Rivières, dans l'Eure-et-Loir.
« Depuis fin 2025, nous observons une reprise de l'activité dans les Ehpad. Il y a de moins en moins de places disponibles, ce qui peut obliger les établissements à refuser des accueils de nuit, abonde Jean-Christophe Amarantinis. Pour éviter cette situation, il faudrait que l’État finance, toute l'année, des places spécifiquement dédiées à l’accueil de nuit, afin qu'elles ne puissent pas être utilisées pour d'autres types d'hébergement », propose-t-il.
Le projet n'est toutefois pas abandonné. Un rapport d'évaluation de l'expérimentation doit être remis au Parlement d'ici la fin de l'année. « Il dressera un bilan du dispositif et formulera des recommandations sur l'opportunité de le pérenniser et de l'étendre à l'ensemble du territoire national », précise la Direction générale de la cohésion sociale.
Adeline Lorence