Loot boxes payantes dans les jeux vidéo Une clarification s’impose

Loot boxes payantes dans les jeux vidéo

Une clarification s’impose

Publié le : 22/11/2017 

Des jeux vidéo ont mis en place une mécanique d’achat de « loot boxes » (caisses de butin) au contenu aléatoire, accordant parfois des avantages importants aux joueurs. Pour protéger les consommateurs les plus vulnérables, l’UFC-Que Choisir demande que ces « loot boxes », dont le contenu est nécessaire pour avancer dans le jeu, soient qualifiées de jeux de hasard et régulées comme telles.

 

Mise à jour

Quelques jours après l’ouverture d’une enquête par la Commission belge des jeux de hasard, le ministre fédéral de la Justice, Koen Geens, a annoncé son intention de demander l’interdiction des loot boxes au niveau européen, au motif que « mélanger les jeux de hasard et le jeu vidéo, en particulier chez les jeunes joueurs, est dangereux pour la santé mentale de l'enfant ». Le site spécialisé Gamekult rapporte également qu’un membre de la Chambre des représentants d'Hawaï (États-Unis), Chris Lee, a demandé aux consommateurs de faire entendre leur voix pour inciter les législateurs à interdire ces pratiques.

Le jeu Star Wars Battlefront II devait être l’une des plus grandes sorties de l’année. Il aura finalement été à l’origine d’une polémique importante concernant la place des « loot boxes » dans les jeux vidéo. Il s’agit d’objets virtuels, ayant généralement la forme d’un coffre et contenant des éléments aléatoires. Ces éléments peuvent être cosmétiques (tenue différente pour son personnage, etc.) ou essentiels à la progression dans l’aventure (armes plus puissantes, nouveaux véhicules, etc.). Ces caisses peuvent s’ouvrir gratuitement, lors de la progression dans le jeu, ou en payant à l’aide d’une carte bancaire tout ce qu’il y a de plus réelle.

D’abord apparues dans les jeux gratuits pour mobiles (« free to play »), ces loot boxes sont désormais présentes dans les jeux à gros budgets sur ordinateurs et consoles vendus aux alentours de 60 € dans le commerce.

Ainsi, Star Wars Battlefront II, un jeu de tir principalement jouable en ligne, oblige le joueur à améliorer ses personnages, vaisseaux et armes grâce à des loot boxes, déblocables en progressant dans le jeu. Le jeu prévoyait aussi, avant que son éditeur Electronics Arts ne retire temporairement cette option sous la pression des joueurs, que les joueurs puissent les débloquer en payant. Concrètement, l’utilisateur aurait eu le choix entre payer pour rendre plus puissant son personnage ou jouer pendant de très nombreuses heures pour le faire progresser, avec le risque de se retrouver face à des adversaires surpuissants ayant sorti leur carte bancaire.

Ce rétropédalage de l’éditeur, qui n’est que temporaire, n’a pas éteint la polémique. D’autres jeux ont, ces dernières semaines, mis en place des systèmes similaires, comme La Terre du Milieu : L'Ombre de la Guerre, qui rend quasiment obligatoire l’achat de loot boxes pour le terminer, ou le jeu de course Need for Speed Payback.

visu-overwatch-lootboxes
Dans le jeu Overwatch, les loot boxes n’apportent pas d’avantage décisif.

 

Les loots boxes, un jeu de hasard ?

Des voix se sont élevées pour que cette pratique soit soumise à la régulation concernant les jeux de hasard : le contenu des loot boxes étant aléatoire, le joueur ne sait pas au moment de payer s’il recevra un objet intéressant ou non. L’Entertainment Software Rating Board (ESRB), une organisation américaine d’évaluation des jeux vidéo, a rejeté cette idée, comparant ce système à celui des cartes à collectionner. « Bien qu’il y ait un élément de chance dans cette mécanique, le joueur est toujours certain de recevoir un contenu (même s’il reçoit quelque chose dont il ne voulait pas) », a écrit l’organisation autorégulée dans un communiqué.

En Europe, la Pan European Game Information (PEGI) est plus nuancée et renvoie la balle aux autorités nationales de contrôle : « nous ne pouvons pas définir ce que constitue le pari. C'est la responsabilité des commissions nationales des jeux de hasard », estime-t-elle.

Il revient donc à l'Autorité de régulation des jeux en ligne (Arjel) de se positionner clairement sur la question. L’UFC-Que Choisir lui a donc adressé un courrier pour demander que les loot boxes dont le contenu est nécessaire pour avancer dans le jeu soient qualifiées de jeux de hasard et régulées comme telles, avec agrément obligatoire de l’Arjel et interdiction pour les mineurs, même émancipés.

Contrairement à ce qu’avance l’ESRB, l’UFC-Que choisir considère que bien que l’obtention d’un gain soit systématique, la teneur de ce gain est aléatoire, ce qui rapproche ces loot boxes des jeux de hasard et des loteries, au regard de la définition mentionnée dans le code de la sécurité intérieure.

Par cette action, l’UFC-Que Choisir souhaite protéger les consommateurs vulnérables, qui sont des cibles faciles pour les éditeurs de jeux vidéo.

Ce courrier adressé à l’Arjel fait écho à l’ouverture d’une enquête sur ce sujet par la Commission belge des jeux de hasard. Cette dernière estime que les enfants sont susceptibles de succomber à ces achats sous la pression sociale. En France, le sénateur (PS) de Saône-et-Loire, Jérôme Durain, a aussi adressé un courrier à Mounir Mahjoubi, secrétaire d'État au numérique, et à l’Arjel, pour qu’ils se penchent sur le sujet.

D’autres jeux, comme le très populaire Overwatch, permettent l’achat de loot boxes purement cosmétiques. Ces achats non obligatoires pour avancer dans le jeu ne posent pas de problème. Il est néanmoins important pour les parents de veiller aux achats effectués en cours de partie par les joueurs les plus jeunes, pour éviter les mauvaises surprises.