par Anne-Sophie Stamane, Gabrielle Théry
par Anne-Sophie Stamane, Gabrielle Théry
Pour observer l’éclipse solaire du 12 août 2026, il faudra porter des lunettes de protection spécifiques. Notre test de 10 modèles achetés début juillet montre que les instructions, le marquage et les certificats ne sont pas toujours conformes aux obligations réglementaires, mais que tous filtrent correctement les rayonnements solaires.
Le 12 août prochain, le Soleil a rendez-vous avec la Lune. Si l’éclipse sera totale au nord de l’Espagne, elle sera seulement partielle en France, mais tout de même exceptionnelle : le niveau d’obscuration sera compris entre 90 % au nord et 99,9 % à Biarritz (Pyrénées-Atlantiques). Si le ciel est dégagé, il sera difficile de résister à la tentation d’observer le phénomène, qui aura lieu juste avant le coucher du Soleil.
Pour cela, des lunettes spéciales « éclipse » sont indispensables. Elles filtrent non seulement 99 % du rayonnement solaire, mais également les ultraviolets et les infrarouges. Fixer directement l’éclipse sans en être équipé pourrait causer des brûlures oculaires irréversibles, d’autant plus insidieuses qu’elles sont indolores.
Mais les lunettes disponibles en pharmacies, enseignes d’optique, sur Internet, dans les magazines scientifiques ou spécialisés sont-elles fiables ? Notre bilan est plutôt rassurant. Les 10 modèles que nous avons commandés début juillet puis envoyés en laboratoire pour vérification font le job. Ils filtrent conformément aux exigences de la norme. Aucun d’entre eux ne présente de risque pour la santé oculaire.
Restent, pour certains, de sérieux problèmes de marquage, d’instructions ou de certificat de conformité. La loi impose en effet d’indiquer le marquage CE, le nom du fabricant et ses coordonnées, un moyen d’identifier le produit (référence, lot, etc.) et, si le fabricant se situe hors de l’Union européenne (UE), le nom et les coordonnées de l’importateur.
La référence à la norme applicable est également attendue, il s’agit en l’occurrence de la norme NF EN ISO 12312-2:2015. Les précautions d’emploi doivent également figurer sur la monture, en français, tout comme la référence à la déclaration UE de conformité.
Mi-juin, l’Association française d’astronomie (AFA) mettait en garde contre les lunettes offertes avec un « Hors-Série Premium » aux fausses allures de magazine, intitulé Eclipse 2026 et vendu dans les maisons de la presse et chez E.Leclerc. Nous nous les sommes procurées : si les consignes portées sur la monture en carton sont justes, elles sont en anglais, contrairement aux exigences réglementaires.
Les marquages ISO et CE sont bien présents, mais il manque les identités du fabricant et de l’importateur, « obligatoires pour assurer la traçabilité des produits, car l’utilisateur final doit pouvoir remonter le fil et savoir vers qui se retourner en cas de problème », rappelle Arnaud Lamy, lui-même importateur et vendeur via le site Lunetteseclipse2026.fr. La publication ne porte pas de nom d’éditeur et cite des personnes et associations n’ayant jamais participé à sa rédaction.
Epsiloon, un mensuel scientifique sérieux fondé en 2021, nous avait habitués à mieux. Une branche des lunettes livrées avec le magazine aux abonnés porte la mention : « En achetant et en utilisant les lunettes à éclipses, vous dégagez irrévocablement de toute responsabilité le fabricant et l’importateur de ces lunettes à éclipses de tout dommage matériel ou corporel. »
Il s’agit d’une « clause noire », tellement contraire à la protection des consommateurs qu’elle est réputée non écrite ! Reste qu’en l’absence de toute évocation du fournisseur ou du fabricant, il sera difficile de faire valoir ses droits en cas de problème. Sans même parler du certificat de conformité, impossible à tracer.
Ça partait d’une bonne intention : le réseau d’opticiens-audioprothésistes Écouter Voir, présent partout en France, a mis en circulation gratuitement, dès juin, plus de 600 000 paires de lunettes spéciales, y compris en taille enfant.
Début juillet, une campagne de vérification de la Direction générale de la concurrence, de la consommation et de la répression des fraudes (DGCCRF) a stoppé net l’initiative. De fait, le certificat communiqué en ligne était signé d’un organisme non répertorié comme certificateur pour le marché européen. Depuis, les choses sont rentrées dans l’ordre.
La dernière fois qu’un phénomène astronomique d’une telle ampleur a été visible depuis la métropole, on parlait encore en francs. C’était le 11 août 1999 et, dans une circulaire datée du 7 avril, la Direction générale de la santé (DGS) annonçait, plus de 4 mois avant l’événement, un protocole pour que les lunettes adaptées ne soient pas vendues au-delà de 5 francs (0,76 euro).
Cette fois, il a fallu attendre le 23 juillet pour qu’un communiqué de presse soit diffusé, soit moins d’un mois avant l’événement. Pourtant, un sondage réalisé par le réseau d’opticiens Krys montrait que la sensibilisation était loin d’être gagnée : 1 personne sur 4 se disait prête à regarder la Lune défier le Soleil sans équipement de protection.
Anne-Sophie Stamane
Gabrielle Théry
Rédactrice technique
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