Skateboards électriques Chers et pas conseillés

Skateboards électriques

Chers et pas conseillés

Publié le : 23/12/2015 

Parmi les nouveaux engins de transport personnels urbains, l’un est particulièrement à la mode : le gyroskate, appelé aussi « hoverboard ». Apparu à New York en février 2015, le skateboard électrique a traversé l’océan Atlantique pour inonder les marchés européens et s’imposer comme un incontournable de Noël. La France n’a pas échappé à la tendance. Mais des problèmes de sécurité sont récemment apparus aux États-Unis, où une dizaine de cas d’incendies a été recensée. Et cet engin, que nous nous sommes donné le temps de prendre en main, présente des défauts de conception qui écartent l’idée d’une utilisation au quotidien sur le béton des villes. Explications.

 

Portée par la banalisation des petits moteurs « brushless » (sans balais), la mobilité urbaine est en pleine mutation. Après les vélos, place aux trottinettes et autres engins électriques ! L’un d’entre eux est particulièrement à la mode en cette fin d’année : le gyroskate. Apparu à New York lors de la Toyfair 2015 (le Salon du jouet, organisé chaque année par la Toy Industry Association), en février dernier, ce skateboard d’un nouveau genre a fait sensation en jouant sur plusieurs tableaux. La nostalgie, d’abord, puisque de nombreux observateurs ont vu en lui le fameux « hoverboard » de Marty McFly, le skateboard volant du futur mis en scène dans le film Retour vers le futur 2. La mobilité électrique, ensuite, grande tendance du moment. Le côté ludique, enfin : le gyroskate est un jouet, qui peut plaire aux petits comme aux grands. Bref, flairant l’énorme potentiel commercial de cette machine, de nombreuses sociétés se sont mis en tête d’en faire un best-seller de Noël.

 

Batterie au rabais

Seulement voilà, certaines d’entre elles semblent rogner quelque peu sur la qualité et sur la sécurité. Aux États-Unis, une dizaine de cas d’incendies ont été recensés au cours des derniers jours. Le plus souvent, les gyroskates étaient en cours de recharge lorsqu’ils ont pris feu. « Ces produits ne requièrent pas de compétences particulières, ils attirent donc de nombreuses sociétés. Certaines cherchent à tirer les prix vers le bas, en sacrifiant parfois la qualité des composants. Batterie, chargeur et carte électronique ont une incidence sur le risque de surcharge de la batterie, à l’origine de ces cas de combustion spontanée », explique un spécialiste du secteur. L’inquiétude est telle que les géants américains du e-commerce Amazon, Overstock.com et Target ont retiré l’engin de leur boutique. Elle gagne aussi l’Europe : au Royaume-Uni, la National Trading Standards (en charge du contrôle des produits commercialisés dans le pays) a annoncé mi-décembre avoir saisi 32 000 de ces planches (sur un total de 38 800 contrôlées !). En France, la Direction générale de la concurrence, de la consommation et de la répression des fraudes (DGCCRF) a lancé un plan de contrôle afin de « vérifier la conformité des produits sur le marché ». La fourchette de prix de ces skateboards a de quoi éveiller les soupçons : à caractéristiques équivalentes, les tarifs vont de 250 à 700 € ! Précisons d’ailleurs qu’Amazon a également retiré les hoverboards de sa boutique française.

 

Équilibre instable

À ces problèmes de sécurité s’ajoutent des inquiétudes concernant la maniabilité de ces engins. Les vidéos de chute en gyroskate se comptent par dizaines sur Youtube et des accidents de la circulation se multiplient. Nos confrères du Monde évoquent une quarantaine de personnes admises aux urgences ces derniers mois. Il faut dire que la conception même des gyroskates est assez… déstabilisante. Pour nous faire une idée précise, nous avons acheté une de ces planches à roulettes et pris le temps de l’essayer sur différents parcours. Bien qu’habitués aux « roues des villes » (des années de roller au compteur, et de nombreux essais de trottinettes électriques et autres gyropodes), nous n’avons pas trouvé d’équilibre confortable. La position de face l’explique sans doute. Par ailleurs, les petites roues dures ne laissent aucune chance à la moindre imperfection du goudron. Quant au passage des trottoirs, même bas, il relève à chaque fois du défi. Dernier défaut, et non des moindres, une fois la vitesse maximale atteinte, le moteur se coupe brutalement : chute garantie. Autant de défauts qui laissent penser que ce gadget à la mode ne passera pas l’hiver.

 

Quelques conseils

La National Trading Standards britannique (agence nationale de protection des consommateurs) livre quelques conseils aux utilisateurs de gyroskates.

Ne pas laisser le gyroskate en charge sans surveillance, encore moins toute une nuit.

Parmi les 32 000 engins saisis, de nombreux appareils n’étaient pas équipés de fusibles ni de fonction d’arrêt automatique de la charge une fois la batterie pleine.

Inspectez votre gyroskate

La prise de recharge des gyroskates incriminés avait la forme d’un trèfle, la plupart du temps. Vérifiez aussi les informations notées (mises en garde, contact, fabricant ou importateur…) sur le mode d’emploi.

Si vous pensez acheter un gyroskate :

  • Cherchez au préalable des informations sur le modèle choisi, la société qui l’importe et le site Internet qui le vend (avis d’utilisateurs, localisation du siège social, erreurs de grammaire et de traduction sur le site, etc.).

  • Méfiez-vous des prix trop bas.

Camille Gruhier

cgruhier