Cautionnement bancaire

De l’argent facile pour le Crédit logement

Publié le : 25/10/2015 

Alors que les opérations de rachat de crédit immobilier se multiplient en raison de la faiblesse des taux d’intérêt, le Crédit logement, organisme de cautionnement filiale des banques françaises, s’enrichit sans peine et sans risque. Explications.

 

Il y a un an, l’UFC-Que Choisir attirait l’attention des consommateurs sur un organisme peu connu, le Crédit logement, filiale commune de la BNP Paribas, du Crédit agricole, de la Société générale, de la BPCE (Banques populaires Caisses d’épargne), du Crédit foncier, de la Banque postale, du Crédit mutuel et de HSBC.

Spécialisé dans le cautionnement des prêts bancaires, le « Crédit logement affiche une rentabilité nette hors normes de 45  % de son chiffre d’affaires », écrivions-nous en septembre 2014. « En 2013, la société a engrangé 74 millions d’euros de bénéfice pour 280 salariés (soit 264 000  € par employé !), bénéfice redistribué à ses actionnaires, c’est-à-dire aux banques. » Le résultat 2014 est aussi excellent : 69 millions d’euros de bénéfice net.

L’année 2015 devrait être tout aussi remarquable, et pour un travail d’examen des dossiers singulièrement réduit. En ce moment, en effet, le Crédit logement est confronté à un nombre très élevé d’opérations de rachat de prêt. Comme les taux d’intérêt sont très bas, les particuliers renégocient leur emprunt. Inutile de dire que dans ce cas de figure, le Crédit logement n’a besoin de jeter qu’un rapide coup d’œil au dossier. Par exemple : M. et Mme Dupont, emprunteurs sur 15 ans pour 100 000 € à la Banque postale, passent simplement au Crédit agricole (ou l’inverse).

Le problème, que nous a signalé un consommateur de Saint-Cloud, Gonzague F., est que le Crédit logement prélève à cette occasion des frais extravagants. Dans son cas, la caution était de 3 559 €. Quand il a fait racheter son prêt, il n’a récupéré que 1 770 € ! À l’occasion du nouveau prêt, relève-t-il, le « Crédit Logement a récupéré de ma part la même caution de garantie d’un montant exactement identique », soit 3 559 €, et cela « avant même de restituer la précédente »… mais avec au passage des frais et commissions incompressibles qui représentent plus de 50 % de la caution initiale. Pour corser le tout, Gonzague  F. ayant renégocié son prêt un an et demi à peine après l’avoir souscrit, il a bénéficié de la couverture du Crédit logement pendant seulement 17 mois sur les 300 prévus !

Ce n’est pas un cas isolé. Au premier semestre 2015, les cautionnements pour rachat de crédit ont représenté la moitié du volume d’activité du Crédit logement… Dans un avis rendu le 10 juillet, l’Autorité de la concurrence appelait les banques à davantage de transparence dans l’information sur le cautionnement. Il est permis de se demander si c’est seulement une question de transparence, et si le fonctionnement de cet organisme n’est pas à remettre radicalement à plat.

Erwan Seznec