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Chauffage au boisLe stockage de granulés, source d’intoxication au monoxyde de carbone ?

Fabrice Pouliquen

par Fabrice Pouliquen

C’est un risque peu connu que rappelle l’Agence nationale de sécurité sanitaire (Anses) : l’intoxication au monoxyde de carbone. Certes, les cas sont très rares et touchent surtout les stockages professionnels de granulés de bois, mais les particuliers n’en sont pas pour autant totalement à l’abri. Des précautions s’imposent.

L’essentiel

  • Dans son dernier bulletin, l’Anses évoque un risque méconnu d’intoxication au monoxyde de carbone lié au stockage de pellets, ces copeaux de bois compactés qu’utilisent de plus en plus les Français pour se chauffer.
  • Lors de leur stockage, par plusieurs réactions chimiques, ces granulés peuvent émettre ce gaz indolore et incolore mais mortel. Le risque existe surtout pour les volumes importants, supérieurs à 10 tonnes.
  • L’an dernier, un particulier a été intoxiqué dans le Haut-Rhin à partir d’un volume de granulés stockés bien plus faible. Un cas qui invite à rappeler les règles de prudence.

C’est une énergie qui a le vent en poupe depuis la crise énergétique liée à la guerre en Ukraine. Deux millions de ménages français utilisent aujourd’hui des granulés de bois pour se chauffer. Le plus souvent comme énergie secondaire via un poêle à granulés, mais parfois aussi comme énergie principale, via une chaudière.

Dans les deux cas, il faut stocker chez soi ces petits cylindres de bois compactés appelés granulés ou pellets. Une source d’intoxication au monoxyde de carbone ? C’est le risque, en tout cas, que rappelle l’Agence nationale de sécurité sanitaire (Anses) dans l’édition d’avril de son bulletin Vigil’Anses. Lors de leur stockage, ces combustibles peuvent émettre naturellement et sans combustion ce gaz indolore, incolore et indétectable mais mortel dans les cas les plus graves.

Un risque surtout pour les stockages professionnels

L’Anses évoque un phénomène « d’auto-échauffement » des granulés résultant « d’une oxydation naturelle des acides gras du bois ». « Les émissions de monoxyde de carbone diminuent avec le temps mais augmentent avec la température [dans l’espace de stockage, ndlr], poursuit l’article. Dès 15 °C, l’émission peut déjà dépasser plusieurs centaines de ppm (parties par million) et être 10 à 15 fois supérieures à 40 °C. » Pour rappel, l’intoxication au monoxyde de carbone peut avoir des conséquences graves à partir de 800 ppm et entraîner une mort rapide à partir de 1 900 ppm.

Ce risque est connu depuis plusieurs années, indique Éric Vial, directeur général de Propellet, l’association nationale des professionnels du chauffage au bois. « Plusieurs accidents, parfois mortels, sont recensés à travers le monde, précise-t-il. Mais ils concernent quasi exclusivement des silos de stockage professionnels, de plusieurs dizaines de tonnes, et dans lesquels ont pénétré des travailleurs sans respecter les précautions d’usage. C’est-à-dire sans être équipés de détecteurs de monoxyde de carbone et, surtout, sans avoir ventilé le local au préalable, en laissant par exemple la porte ouverte plusieurs minutes. »

Mais des particuliers parfois victimes

Pour les particuliers, le risque serait beaucoup plus faible. « Pour ne pas dire nul pour les ménages seulement équipés d’un poêle à bois, reprend Éric Vial. Les volumes de pellets stockés sont trop faibles. On parle généralement de quelques dizaines de kilos au maximum. »

Mais quid des ménages équipés d’une chaudière ? Dans ce cas de figure, les quantités de pellets stockées sont plus importantes, au point éventuellement de dépasser plusieurs tonnes, au moins en début de saison de chauffe pour les foyers se faisant livrer en une seule fois leur consommation annuelle. Ces granulés sont alors stockés dans des silos connectés et donc à proximité de la chaudière. Le plus souvent, ces installations sont au sous-sol de la maison.

Une configuration qui peut conduire à des relargages de monoxyde de carbone ? L’Anses donne quelques cas. « En Suisse, une femme enceinte est décédée dans le local de stockage de pellets de son logement, cite l’article. Les concentrations en monoxyde de carbone mesurées étaient de 7 500 ppm, diminuant à 2 000 ppm seulement après deux heures de ventilation. »

Pas simple de trouver plus d’informations sur ce tragique accident survenu en février 2011. Le média 20 Minutes Suisse s’en était tout de même fait l’écho à l’époque. L’article précisait que cette femme avait respiré ce gaz dangereux en pénétrant « dans l’entrepôt de pellets destinés au chauffage du lotissement où elle habitait ». Il s’agit donc probablement d’un site de stockage important.

Attention à l’absence de ventilation

Il y a tout de même eu un cas bien documenté d’un particulier intoxiqué au monoxyde de carbone émanant de son stock de granulés. C’était en 2025, dans le Haut-Rhin. Les pompiers intervenus ont mesuré jusqu’à 700 ppm de monoxyde de carbone au sous-sol où l’octogénaire entreposait quatre tonnes de pellets dans un local de 8 m3 ni ventilé sur l’extérieur, ni isolé du reste de la maison. Le monoxyde de carbone émis s’était ainsi accumulé avant de se propager au reste de la maison. « Le patient a été pris en charge à l’hôpital et son état clinique a évolué favorablement », précise l’Anses.

Les particuliers ne sont donc pas totalement à l’abri d’une intoxication au monoxyde de carbone liée au stockage de leurs granulés de bois. Les sapeurs-pompiers du Haut-Rhin ont rédigé une note tirant les enseignements de leur intervention. Ils citent deux facteurs aggravants à la présence de CO dans le stockage :

  • d’une part, la quantité de granulés stockés. Il faut être plus vigilant sur les stockages supérieurs à 10 tonnes ;
  • d’autre part, l’absence de ventilation.

Quoi qu’il en soit, même pour des pièces de stockage plus petites, il est déconseillé d’y entrer dans les premières semaines qui suivent le remplissage. Et même après, d’aérer au préalable au moins 15 minutes.

En cas de doute sur la sécurité ou la conformité de votre lieu de stockage de pellets, il faut se rapprocher de l’installateur du poêle ou du fournisseur de pellets, rappelle de son côté l’Anses. Il peut être judicieux d’installer un détecteur de monoxyde de carbone à proximité du lieu de stockage.

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