ACTUALITÉ

Crevettes d’élevage : des pratiques cruelles, des engagements inégaux

Elsa Abdoun

par Elsa Abdoun

​​​​​​Retrait des globes oculaires des femelles reproductrices, abattage sans étourdissement électrique préalable… L’ONG ICAW alerte sur les conditions d’élevage des crevettes et distribue bons et mauvais points, selon le niveau d’engagement des distributeurs à ce sujet.

L’essentiel

Consommation élevée : 440 milliards de crevettes sont consommées chaque année dans le monde, dont une grande part en France.

Pratiques dénoncées : le retrait des globes oculaires (épédonculation) des femelles reproductrices et l’abattage sans étourdissement électrique préalable.

Engagements des distributeurs : plusieurs enseignes ont déjà abandonné l’épédonculation, mais pas toutes. Certaines travaillent au développement de meilleures conditions d’abattage.

Quid des labels ? Les labels ASC et bio ne garantissent pas un abattage sans souffrance.

440 milliards de crevettes sont consommées chaque année dans le monde. Un chiffre toujours en hausse auquel la France, premier pays consommateur de crevettes en Europe, prend largement sa part. Ces faits sont exposés par l’ONG ICAW (International Council for Animal Walfare, Conseil international pour le bien-être animal en français) dans son dernier rapport, rendu public le 16 octobre. Une manière de rappeler que si les crevettes sont de petits organismes rarement au centre des préoccupations, leur bien-être ne doit pas être oublié.

D’autant plus que deux pratiques ayant cours dans les élevages (principalement situés en Amérique du Sud et en Asie) sont jugées « inhumaines » par l’association. L’épédonculation, tout d’abord, qui consiste à retirer un ou deux yeux aux femelles reproductrices afin d’augmenter leur fertilité. « Une glande sexuelle est située juste derrière le globe oculaire, et le retrait de ce dernier accélérerait l’atteinte de la maturité sexuelle », explique Justine Audemard, responsable des négociations au sein de l’Icaw. L’abattage, ensuite. Les crevettes seraient en effet soit tuées par suffocation, sans étourdissement préalable, soit plongées dans une bouillie glacée censée les étourdir et les tuer rapidement. Cependant, « l’étourdissement n’est pas toujours immédiat. Il n’est pas rare que les crevettes agonisent pendant plusieurs minutes », peut-on lire dans le rapport, qui préconise l’usage de l’étourdissement par courant électrique, « une méthode standardisée, aux résultats plus fiables », affirme Justine Audemard.

→ Lire aussi : Bien-être animal : l’étiquetage gagne du terrain

Des engagements variables

Bonne nouvelle, certains distributeurs ont récemment pris des engagements à ce sujet.

  • Les plus avancés sont Mousquetaires et Auchan, qui ont abandonné l’épédonculation depuis janvier 2026 pour les crevettes vendues sous leurs marques, et visent la généralisation de l’étourdissement électrique d’ici 2030.
  • Lidl et Casino ont aussi officiellement abandonné l’épédonculation depuis 2026 sur les crevettes vendues sous leurs marques, mais n’ont pas pris à ce stade d’engagement au sujet de l’étourdissement. Lidl précise cependant qu’il prévoit de « participer activement au projet “The ASC Responsible Shrimp Slaughter Project” […] afin de tester des méthodes d’étourdissement, comme l’étourdissement électrique, dans des conditions d’élevage réelles ».
  • Viennent ensuite U (qui vise l’interdiction de l’épédonculation au plus tard fin 2027 et l’étourdissement d’ici 2030) et Aldi (respectivement 2031 et 2035). U précise que ces engagements concernent « l’ensemble des crevettes vendues sous marques propres U ainsi qu’au rayon marée traditionnel », mais aussi « les produits transformés dès lors que la crevette représente plus de 50 % de la recette ».
  • Enfin, Carrefour vise la fin de l’épédonculation d’ici 2029 « non seulement sur nos produits à marque Carrefour, mais aussi sur le reste de notre offre (marques nationales) », assure l’enseigne, sans prendre d’engagement sur l’étourdissement.

Picard se défend

Quant à Leclerc, Grand Frais et Picard, ils n’ont pour l’heure pris aucun engagement sur ces deux sujets. Leclerc et Grand Frais, contactés, n’ont pas souhaité commenter, contrairement à Picard, qui précise notamment que « toutes les crevettes d’élevage vendues en produits bruts chez Picard sont certifiées ASC et/ou bio »… Sauf que le label ASC ne garantit ni l’absence d’épédonculation ni l’étourdissement électrique avant abattage (voir encadré). Quant au label bio, il interdit bien l’épédonculation, mais n’engage à rien concernant l’étourdissement. Notons d’ailleurs, au sujet de Biocoop, que le spécialiste du bio n’a formulé aucune promesse, pour l’heure, concernant l’étourdissement. « Nous travaillons à consolider de nouveaux engagements pour 2027 », assure l’enseigne.

Quid du label ASC ?

Le label ASC, censé garantir le respect d’un minimum de règles éthiques (respect des travailleurs et populations locales, de l’environnement et des animaux) par les fermes aquacoles, n’interdit pour l’heure ni l’épédonculation ni la mise dans la glace sans étourdissement préalable. Contactée, l’ONG qui a développé et gère ce label dit viser de « cesser totalement cette pratique d’ici quatre ans pour la crevette Vannamei (mai 2029) et six ans pour la crevette Monodon (mai 2031) », et explique que « cette approche progressive assure que les producteurs de toutes tailles, en particulier en Amérique latine et en Asie, puissent transitionner de manière réaliste tout en restant viables ». Concernant l’abattage, « l’immersion dans un bain de glace est à la fois accessible et efficace lorsqu’elle est réalisée correctement, à la bonne température et pendant la durée appropriée. Cette méthode fournit une solution à la fois sans cruauté et pratique pour les petits producteurs, assurant que les crevettes perdent conscience rapidement et sans souffrances inutiles. […] Les exigences ASC se concentrent sur des objectifs de résultats en matière de bien-être, c’est-à-dire des méthodes d’abattage sans cruauté et adaptées à chaque contexte, plutôt que d’imposer des approches inapplicables pour de nombreux producteurs », nous écrit-on.

Soutenez-nous, rejoignez-nous

La force d'une association tient à ses adhérents ! Aujourd'hui plus que jamais, nous comptons sur votre soutien. Nous soutenir

image nous soutenir

Newsletter

Recevez gratuitement notre newsletter hebdomadaire ! Actus, tests, enquêtes réalisés par des experts. En savoir plus

image newsletter