par Elsa Casalegno
par Elsa Casalegno
Europol et quatre pays européens ont lancé, les 8 et 9 septembre, une opération d’envergure pour démanteler un trafic de chevaux à travers l’Europe. Les documents officiels des animaux étaient falsifiés, afin de les faire entrer dans la chaîne alimentaire, alors qu’ils auraient dû en être écartés. Une fraude à plusieurs millions d’euros.
Comme pour les autres animaux d’élevage, la consommation de viande de cheval est très encadrée. Du moins, en théorie… Un réseau criminel avait mis en place un vaste système de fraude à travers l’Europe, concernant des milliers de chevaux destinés à l’abattoir : leurs documents d’identification (un passeport attaché à chaque animal, avec un numéro d’identification spécifique), ainsi que des micropuces électroniques implantées sous la peau (enregistrant le numéro d’identification de l’animal), permettant une traçabilité de l’animal de la naissance à la mort, étaient falsifiés.
« Les enquêteurs suspectent que des passeports falsifiés et des micropuces manipulées ont été utilisés pour donner de nouvelles identités aux animaux. Cela permettait d’occulter l’origine des chevaux, leur historique et s’ils étaient éligibles pour entrer dans la chaîne alimentaire », explique Europol. Objectif : faire entrer ces animaux dans la chaîne alimentaire, alors qu’ils auraient dû en être exclus pour diverses raisons (lire l’encadré), et valoriser leur viande à un prix bien plus élevé.
Une opération a été menée par plusieurs pays de l’Union européenne (UE) en association avec Europol, faisant intervenir près de 200 enquêteurs sous la houlette de la Belgique. Quatre pays étaient concernés par les descentes de police et de gendarmerie : la Belgique, l’Irlande, les Pays-Bas… et la France.
Dans l’Hexagone, des perquisitions ont été diligentées dans 6 départements (le Gard, la Saône-et-Loire, la Mayenne, la Sarthe, la Gironde et la Haute-Saône) par 65 gendarmes. Contactée, la gendarmerie nationale nous indique que « 9 sites ont été contrôlés en France (centres équestres + locaux/bureaux administratifs cadre commerce de chevaux) ». Bilan : « 580 chevaux contrôlés, dont 70 chevaux saisis ». De plus, « des médicaments illégaux et du matériel médical vétérinaire ont été découverts, dont 2 transpondeurs de puces pour traçabilité ».
Les enquêteurs doivent désormais vérifier si les chevaux ont effectivement été consommés, que ce soit sous la dénomination viande de cheval ou sous une autre dans des plats préparés. Une affaire qui en rappelle une autre, la tristement célèbre affaire Spanghero, dite des lasagnes à la viande de cheval.
En France, à peine 4 700 tonnes de viande de cheval ont été consommées en 2025, dont un tiers importées (1). La demande est en fort repli depuis des années (la consommation s’élevait encore à 30 000 tonnes en 2000), les jeunes générations ne mangeant plus du tout cette viande.
Les viandes doivent, en théorie, montrer patte blanche avant d’entrer dans la chaîne alimentaire. Les exigences sanitaires sont nombreuses et la traçabilité stricte, depuis la naissance de l’animal jusqu’au consommateur. Chaque animal se voit attribuer un numéro d’identification, un passeport et une puce électronique.
L’objectif est d’écarter de la chaîne tout animal potentiellement problématique : délai après traitements médicamenteux non respecté (car sa viande ou son lait peut alors contenir des résidus pharmaceutiques, sources potentielles de bactéries résistantes aux antimicrobiens) ; traçabilité défaillante donc incertitudes sur l’origine de l’animal ; animal malade…
Les chevaux « de selle » (de sport, de course ou de loisirs), à qui des traitements médicamenteux sont souvent administrés, sont régulièrement exclus de la chaîne alimentaire. En France, avec un effectif d’environ 250 000 têtes, ils représentent 83 % des effectifs équins, le reste étant constitué de chevaux lourds, d’ânes et de mulets.
(1) Source : Agreste, ministère de l’Agriculture.
Elsa Casalegno
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