Labels "sans pesticides" La méfiance s’impose

Labels "sans pesticides"

La méfiance s’impose

Publié le : 24/08/2020 

Tomates, fraises, maïs… le nombre de produits portant un logo « sans résidu de pesticides » ou « cultivé sans pesticides de synthèse » a explosé ces dernières années. Mais des analyses que nous révélons en exclusivité font sérieusement douter de l’intérêt de ces produits pour l’environnement et la santé.

 

Savéol, Bonduelle… de plus en plus de marques apposent sur leurs fruits et légumes des allégations « sans résidu de pesticides » ou « cultivé sans pesticides », suggérant l’idée de préserver la santé humaine et l’environnement, le tout à un prix moins élevé que le bio. Sauf que ces bénéfices restent à démontrer, si l’on en croit les résultats d’analyses réalisées en 2018 par la Direction générale de la concurrence, de la consommation et de la répression des fraudes (DGCCRF) que nous révélons en exclusivité : sur les 94 produits contrôlés portant ce type d’allégations, plus du tiers présentaient en réalité des résidus de pesticides à des doses significatives (au-dessus d’un seuil appelé « limite de quantification »).

visu labels sans pesticide

Un esprit optimiste pourrait en conclure que les deux tiers des produits labellisés respectant leurs engagements sont moins contaminés que leurs équivalents conventionnels. Même pas. Car la moitié des fruits et légumes non labellisés vendus en France ne contiennent déjà pas de résidus de pesticides quantifiables.

Contrôles ciblés

Alors, certes, les contrôles ont été réalisés en « ciblant les opérateurs et les produits susceptibles de présenter des non-conformités », tient à préciser la répression des fraudes. Cela signifie que ces chiffres « ne sont pas généralisables à l’ensemble du marché ». On peut, de plus, espérer que l’alerte de la DGCCRF poussera les producteurs à rapidement s’améliorer. Les résultats d’une deuxième série d’analyses, réalisées en 2019, nous permettront bientôt d’en savoir plus.

Il reste qu’un tel taux de non-conformité n’est pas de nature à renforcer la confiance vis-à-vis des bénéfices de ces produits pour la santé du consommateur… Quant à leur intérêt pour l’environnement et la santé des agriculteurs, même si 100 % des produits labellisés « sans résidu » respectaient leurs engagements, celui-ci resterait très incertain. Car l’absence de résidus ne signifie pas que des pesticides n’ont pas été utilisés dans les champs. Simplement, les agriculteurs peuvent privilégier des pesticides laissant pas ou peu de traces. Autre solution : épandre uniquement lors des premières étapes de culture. D’ailleurs, si jamais les pesticides utilisés laissent plus de traces que prévu sur le produit final, le lot est simplement commercialisé sans le label. C’était le cas, l’année dernière, d’un tiers des lots qui devaient initialement porter le logo « zéro résidu de pesticides » du collectif Nouveaux Champs. Gilles Bertrandias, son président, assure néanmoins que cette certification promeut des pratiques plus durables, avec une division par deux de l’usage des pesticides dans les champs concernés par la démarche. Il faut pour l’instant le croire sur parole…

Tous ne se valent pas

« Pour l’environnement, les labels "cultivés sans pesticide" font sans doute mieux que les "sans résidu" », estime Nicolas Munier-Jolain, agronome à l’Institut national de recherche pour l’agriculture, l’alimentation et l’environnement (Inrae). Mais même là, tous ne se valent pas : alors que le label Demain la terre « cultivé sans pesticide de synthèse » engage sur l’ensemble des étapes de culture, celui de l’alliance Nature et Saveurs ne s’applique – comme l’astérisque le signale – qu’aux étapes qui suivent la floraison. Quoi qu’il en soit, pour tous, Nicolas Munier-Jolain pointe une faiblesse fondamentale : contrairement au bio, ces certifications n’engagent pas toute une culture sur plusieurs années, mais seulement une parcelle à un « temps T ». Or, « une diminution durable des pesticides nécessite une approche systémique, de long terme. C’est indispensable au développement d’une régulation alternative, naturelle, des ravageurs », conclut le spécialiste.

Elsa Abdoun