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Le grand gâchis de la fin des conseillers numériques

Cyril Brosset

par Cyril Brosset

À la recherche d’économies, le gouvernement va cruellement réduire ses aides financières consacrées à l’emploi des conseillers numériques. Cette mesure signe la mort de la quasi-totalité de ces postes d’animateurs qui, en 5 ans, ont pourtant formé plus de 4 millions de Français aux outils numériques.

L’essentiel

  • Le projet de loi de finances pour 2027 prévoit une baisse radicale du budget destiné à l’inclusion numérique.
  • Une telle décision engendrera la suppression de la quasi-totalité des 4 000 postes de conseillers numériques présents sur tout le territoire.
  • Ils ont pourtant permis, en 5 ans, à des millions de citoyens de faire face à la numérisation à outrance des services.

Depuis juillet, le centre social de Monein, dans les Pyrénées-Atlantiques (64), ne propose plus d’atelier numérique. Après 5 ans de bons et loyaux services, Aurore, la conseillère qui les animait, a été licenciée. La direction de l’association Vie et rencontre, gestionnaire du lieu, n’a pas eu d’autre choix que de mettre un terme à son contrat, faute de pouvoir réunir la somme nécessaire pour payer son salaire.

Pour Sylvie, qui assistait tous les lundis à ces cours collectifs, la nouvelle est dure à encaisser. « C’est vraiment dommage car avec Aurore, on apprenait toujours quelque chose, se désole cette femme de 62 ans. Elle nous expliquait comment sauvegarder sur notre ordinateur les photos que nous avions prises avec notre téléphone, comment acheter en ligne, comment créer des cartes de vœux… Elle nous a même emmenés récupérer un colis dans un locker et développer des photos à une borne. Elle nous conseillait aussi sur les forfaits téléphoniques les plus adaptés, nous donnait des bons plans pour acheter du matériel reconditionné ou faire réparer nos appareils, nous mettait en garde contre les arnaques… C’était très utile. » Comme elle, quelque 120 habitants de Monein et des alentours profitaient chaque année des cours collectifs ou individuels dispensés par Aurore.

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Un dispositif qui fonctionne

La jeune femme avait été recrutée en juin 2021 dans le cadre du plan Conseillers numériques France services (CNFS) que venait de mettre en place l’État afin d’inciter associations et collectivités locales à former les Français aux outils numériques.

En 5 ans, le dispositif a participé à la création de plus de 4 000 postes de conseillers numériques dans toute la France qui, eux-mêmes, ont formé plus de 4 millions de personnes au numérique, selon les données de l’Agence nationale de la cohésion des territoires (ANCT).

« Nous savions depuis le début que les aides de l’État baisseraient, mais nous pensions pouvoir compenser les pertes et nous n’imaginions pas que le dispositif aller complètement s’arrêter au bout de 3 ans, constate, amère, Oriana Cazalas, la directrice du centre de Monein. Cette nouvelle équation est d’autant plus insoluble qu’en parallèle, les appels à projet, qui nous apportaient des financements complémentaires, se font plus rares et que les collectivités locales, qui nous aidaient elles aussi, sont contraintes de revoir leurs priorités. »

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Et la situation ne risque pas de s’améliorer puisque le budget inscrit dans le projet de loi de finances 2027 (PLF) pour l’inclusion numérique ne couvre même pas les salaires des conseillers numériques en poste.

« Nous alertons les autorités sur ce problème depuis des mois, mais elles ne veulent rien savoir, se désole Luc Derriano, chargé de mission à l’Avicca, une association d’élus engagés dans l’aménagement numérique de leur territoire. Toutes les solutions concrètes que nous avons proposées pour maintenir ce financement ont été balayées d’un revers de la main par le ministère de l’Économie. »

« Une perte de compétences dramatique »

Selon le groupement d’associations la Belle-Alliance, dont fait partie l’Avicca, cette baisse de budget sans précédent entraînera de fait la disparition de quasiment la totalité des postes de conseillers numériques dès l’année prochaine. Certes, quelques collectivités parviendront à maintenir ces postes en grevant leur budget propre ou en trouvant d’autres financements, mais la très grande majorité n’aura d’autre choix que de supprimer ces emplois.

« Au-delà du fait qu’une telle mesure engendrerait une perte de compétences dramatique, il semblerait logique que l’État, qui profite largement de la dématérialisation des services publics, prenne en charge la formation des Français aux outils digitaux », analyse Luc Derriano.

Oriana Cazalas, de son côté, pense à ses bénéficiaires. « C’était valorisant pour eux de se débrouiller seuls sans avoir à demander de l’aide à leur entourage. Ces ateliers leur permettaient en outre de rencontrer du monde, de sortir de leur isolement. Leur impact était même beaucoup plus large puisque, outre les personnes âgées, Aurore sensibilisait aussi les collégiens des alentours au dangers des fake news ou encore à la bonne utilisation des réseaux sociaux. » Alors que la moitié de la population rencontre des difficultés pour effectuer ses démarches en ligne, le sujet est primordial.

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