par Perrine Vennetier
par Perrine Vennetier
Un vaccin contre la grippe utilisant la technologie à ARN messager vient d’être autorisé aux États-Unis. Plus rapide à produire, il pourrait mieux s’adapter aux souches en circulation et donc être potentiellement plus efficace. Mais les données disponibles permettent-elles vraiment de conclure à sa supériorité ? Et que peut-on en attendre en France ?
Le 5 août 2026, l’Agence sanitaire américaine a autorisé un vaccin d’un nouveau genre contre la grippe destiné aux plus de 50 ans : le mFlusiva du laboratoire Moderna. Ce nom vous rappelle peut-être quelque chose... Moderna faisait en effet partie des pionniers des vaccins contre le covid grâce à la technologie à ARN messager (ARNm).
Elle consiste à envoyer un « code génétique » pour que notre corps fabrique des morceaux de virus (inoffensifs), ce qui va induire une réponse immunitaire qui protégera en cas de contact ultérieur avec le vrai virus.
Elle diffère en cela des vaccins classiques qui utilisent directement des virus inactivés ou des morceaux de virus pour entraîner notre système immunitaire. C’est cette même technologie qui est mise en œuvre pour son nouveau vaccin antigrippe.
Les vaccins à ARNm ont l’avantage de pouvoir être produits en quelques semaines, quand il faut 6 à 9 mois pour les vaccins classiques. Avantage : mieux coller à la réalité des virus circulants.
En effet, les virus de la grippe mutent en permanence. Il existe donc toujours un décalage entre les souches de virus intégrées dans les vaccins classiques au printemps (quand est lancée la production) et celles qui vont nous infecter effectivement l’hiver suivant. Cette discordance est l’une des raisons de la faible efficacité de la vaccination certaines années.
En la matière, la saison 2025-2026 en France n’a pas été fameuse, mais pas catastrophique non plus. Santé publique France (1) juge l’efficacité « modérée » avec une réduction des infections de 30 % en moyenne.
Mais comme souvent, cette efficacité s’est avérée moindre chez les personnes de plus de 65 ans (avec une réduction du risque relatif de 23 % seulement) alors qu’elles sont les plus sujettes aux complications et ont donc le plus besoin de cette protection. L’arrivée d’un vaccin potentiellement plus efficace ne serait donc pas superflue.
Le vaccin mFluvisa est-il plus avantageux ? En apparence, c’est le cas : le laboratoire annonce une efficacité relative de +26 %. D’après l’essai clinique paru dans le New England Journal of Medicine sur plus de 40 000 personnes, le taux d’infection contre la grippe est en effet passé de 2,8 % chez les personnes ayant reçu un vaccin classique à 2,0 % chez les personnes ayant reçu le vaccin à ARNm.
La différence est bien réelle mais vaut, dans l’absolu, 0,8 point de pourcentage. De plus, un problème méthodologique vient entacher ce résultat pour les plus de 65 ans. Pour cette catégorie de la population, il existe désormais des vaccins spéciaux, à double dose ou avec adjuvant, censés être plus efficaces.
Or, Moderna ne les a pas utilisés comme traitements de comparaison. Le laboratoire a administré des vaccins standards pour évaluer les résultats du sien. Ce manquement avait d’ailleurs conduit la FDA, l’Agence américaine des médicaments, à refuser, à raison, d’examiner une première demande d’autorisation en février 2026. Elle est revenue sur sa décision après une rencontre qualifiée de « constructive » avec le laboratoire.
En Europe, le mFlusiva n’est pas autorisé. En revanche, Moderna a obtenu, en février 2026, un avis favorable de la part de l’Agence européenne du médicament pour un vaccin à ARNm combiné.
Appelé mCombriax, il associe le nouveau vaccin ARNm antigrippe (mFlusiva donc) avec un vaccin contre le covid. « Notre vaccin a pour but de simplifier l’immunisation des adultes », explique Moderna dans un communiqué. C’est le principal argument à l’heure actuelle : une injection pour deux vaccins.
Car du point de vue de l’efficacité, l’évaluation a été assez sommaire : au lieu de mesurer l’efficacité en vie réelle, les essais cliniques ont seulement mesuré la réponse immunitaire dans le corps (ce que l’on appelle l’immunogénicité). Ce sont des données intéressantes mais intermédiaires et moins solides que des critères cliniques comme le taux d’infection ou d’hospitalisation.
En l’état, on ne peut donc pas se prononcer sur son intérêt. Et, en tout état de cause, ce vaccin combiné ne sera probablement pas disponible dans les officines françaises avant l’automne 2027.
Pour cette année 2026-2027, ce sont les vaccins classiques qui resteront proposés : trois vaccins standards (Flucelvax, Influvac, Vaxigrip) et deux vaccins destinés plus spécifiquement aux plus de 65 ans, à haute dose (Efluelda) ou adjuvanté (Fluad).
Ces vaccins pour seniors semblent légèrement plus efficaces pour réduire les infections, sans que l’on sache si cela se traduit par une diminution de la mortalité.
L’un est-il préférable à l’autre ? On ne disposait pas d’éléments, jusqu’à peu. Une étude parue courant 2026 les a comparés et permet d’apporter une réponse : ils se valent, avec une efficacité comparable ‒ et les mêmes limites inhérentes. La campagne de vaccination débutera le 13 octobre 2026.
(1) Santé publique France, Bulletin Infections respiratoires aiguës, Semaine 15, Édition nationale, publication : 15 avril 2026.
Perrine Vennetier
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