par Grégory Caret
par Grégory Caret
Facebook, YouTube, TikTok, Instagram mais aussi WhatsApp, Snapchat… Les réseaux sociaux ont envahi notre quotidien. Que Choisir a souhaité connaître les usages et attitudes des Français vis-à-vis des réseaux sociaux au travers d’un grand sondage. Ce qu’il faut retenir.
Notre sondage (1) met en évidence une relation profondément ambivalente entre les Français et les réseaux sociaux. Ces derniers sont souvent devenus des outils incontournables pour communiquer, se divertir et accéder rapidement à l'information. Dans le même temps, ils inspirent une défiance importante concernant la qualité des contenus, les risques de désinformation, les pratiques commerciales, la protection des données personnelles ou encore leurs effets sur les plus jeunes.
Cette coexistence entre usage massif et regard critique traduit une attente forte des utilisateurs : celle d'un environnement numérique plus transparent, plus fiable et mieux régulé. Les résultats suggèrent qu’ils ne souhaitent pas remettre en cause l'existence des réseaux sociaux, mais attendent davantage de garanties en matière d'information, de protection des données, de modération des contenus et de sécurité des achats.
L'usage des réseaux sociaux est désormais largement généralisé. Seuls 8 % des répondants déclarent n'utiliser aucun réseau social ou application de messagerie, ce qui signifie que plus de 9 Français sur 10 fréquentent régulièrement au moins une plateforme.
Les réseaux sociaux ou applications de messagerie utilisés au moins une fois par semaine

Facebook/Messenger demeure le premier réseau utilisé (68 %), devant WhatsApp (63 %). Ces deux services, devenus des outils de communication du quotidien, conservent une place centrale malgré l'émergence de nouveaux acteurs.
Instagram (45 %) et YouTube (44 %) complètent le peloton de tête, tandis que TikTok (18 %), Snapchat (17 %) et LinkedIn (17 %) touchent chacun moins de 1 Français sur 5. Les plateformes plus spécialisées comme Pinterest (12 %), X (12 %), Discord (6 %) ou Twitch (5 %) restent plus confidentielles.
Cette forte diffusion s'accompagne d'une utilisation particulièrement intensive. Sur une semaine, le temps moyen passé sur les réseaux sociaux s’établit à 12 heures. Rappelons que, selon l’Insee, les Français disposent en moyenne d'une trentaine d'heures de temps libre par semaine. C’est donc 40 % du temps de loisir disponible qui serait consacré aux réseaux sociaux !
Ces chiffres expliquent le sentiment largement répandu d’une certaine surconsommation de ces médias : 48 % considèrent y passer trop de temps.
Les critiques portent d'abord sur la qualité des contenus proposés. 9 répondants sur 10 se disent d'accord avec l'idée que les réseaux sociaux proposent souvent des contenus superficiels ou de faible qualité. En conséquence, la perception d'une perte de temps est également très présente (77 %).
Cette vision critique s'accompagne d'un sentiment largement partagé d'un déficit d'information disponible sur les risques liés aux réseaux sociaux (71 %).
Ce résultat traduit une attente importante en matière de sensibilisation et d'éducation numériques. Il suggère que les préoccupations exprimées tout au long de l'enquête (protection des données, qualité des contenus, désinformation ou gestion du temps d'écran) s'accompagnent d'un sentiment que les utilisateurs sont encore insuffisamment accompagnés pour faire face à ces risques.
Les Français se partagent en 4 catégories selon leur usage des réseaux sociaux :
Les Accros (22 % de la population) : ils y consacrent en moyenne 3 heures de leur journée et s’accordent à estimer qu'ils y passent beaucoup trop de temps. Cette population se retrouve très représentée parmi les 18-44 ans (46 %). Leur perception des réseaux sociaux est ambivalente : un loisir chronophage, souvent synonyme de perte de temps compte tenu de la faible valeur ajoutée de certains contenus. Ils utilisent indifféremment toutes les plateformes, même les plus confidentielles comme Snapchat, TikTok ou Pinterest.
Les Inquiets (26 % de la population) : un peu dépassés par leur fréquentation des réseaux sociaux, ils sont conscients d’y passer « un peu trop » de temps et leur temps d’écran quotidien s’approche des 2 heures. Les 18-44 ans sont ici encore nettement surreprésentés (44 % relèvent de ce profil). Ce sont les plus gros consommateurs des applications WhatsApp ou YouTube.
Les Gestionnaires (15 % de la population) : ils jugent leur usage des réseaux sociaux convenable bien qu’ils y consacrent plus de 2 heures chaque jour. Les 45 ans et plus constituent la part très majoritaire de ce profil. Deux plateformes les séduisent plus particulièrement : Facebook et WhatsApp, qu’ils peuvent consulter plusieurs fois par jour mais lors de sessions courtes.
Les Désimpliqués (36 % de la population) : ils n’utilisent les réseaux sociaux qu’avec parcimonie, voire n’en utilisent aucun. Ce profil est, sans surprise, le plus âgé : 66 % ont plus de 65 ans. Dans leur perception des réseaux sociaux, ils se rapprochent des accros, y percevant une perte de temps compte tenu des contenus de piètre qualité.
La communication avec les proches constitue l'un des principaux usages des réseaux sociaux et des messageries. Près de 1 Français sur 2 (48 %) déclare utiliser ces services tous les jours ou presque pour échanger avec sa famille ou ses amis, tandis que 24 % s'en servent entre deux et cinq fois par semaine.
Les réseaux sociaux ne constituent donc plus seulement des espaces de publication publique, ils sont devenus des canaux privilégiés de communication interpersonnelle, concurrençant largement les moyens plus traditionnels comme les SMS ou les appels téléphoniques.
Il s’agit d’ailleurs du premier bénéfice perçu des réseaux sociaux : 75 % des Français s’accordent sur leur faculté à maintenir les liens.
Moins de 1 utilisateur sur 8 (15 %) affirme être fréquemment à l'origine des conversations ou de la création des groupes de discussion. À l’opposé, les personnes totalement en retrait restent peu nombreuses. Ces résultats dessinent un fonctionnement où la participation est largement répandue, mais où la production des échanges repose sur une minorité d'utilisateurs particulièrement actifs.
Les pratiques montrent que les plateformes numériques ne servent plus uniquement à publier des contenus publics : elles sont devenues des espaces de conversation privée où se mêlent échanges personnels, réactions spontanées et partage d'informations.
Les types de contenus les plus partagés entre proches

Les contenus échangés entre proches restent avant tout textuels. 77 % déclarent envoyer régulièrement des messages texte courts, très loin devant tous les autres formats. Les photos ou les vidéos personnelles occupent également une place importante : 50 % en partagent régulièrement avec leur entourage. Cela illustre le rôle des réseaux sociaux dans le maintien des relations familiales et amicales, au-delà de la simple conversation.
Les fonctionnalités plus récentes sont elles aussi bien installées. Près d'un tiers des répondants utilise régulièrement des réactions (31 %) ou des messages vocaux (28 %). Le recours aux émojis intéresse tout particulièrement les utilisateurs souhaitant ne pas se laisser accaparer par les réseaux quand les vocaux et vidéos sont surtout l’apanage des plus jeunes et des utilisateurs réguliers des réseaux sociaux.
Au-delà des échanges avec les proches, les réseaux sociaux sont principalement utilisés pour consulter des contenus de divertissement.
Les types de contenus consommés tous les jours ou presque

Les vidéos courtes, plus ou moins aléatoires (Reels Instagram, vidéos TikTok, Shorts YouTube), arrivent très largement en tête des contenus privilégiés. 30 % des Français (et plus de la moitié des 18-39 ans) en regardent quotidiennement. Ce format de vidéos courtes s'impose désormais comme un format médiatique majeur risquant de supplanter les formats traditionnels auprès d’une partie du grand public. La musique constitue le deuxième usage le plus fréquent, devant les contenus humoristiques.
L'ensemble de ces résultats montre que les usages quotidiens restent fortement orientés vers le divertissement. Derrière ces moyennes, la population apparaît très divisée s’agissant de tous ces usages. Alors qu’une majorité des 18-44 ans consulte quotidiennement ces différents contenus, cette fréquence est divisée par 2 après 40 ans et par 4 après 55 ans !
Plus de 1 Français sur 2 consulte régulièrement l'actualité sur ces plateformes. Pour autant, lorsqu'il s'agit d'un événement majeur, les médias traditionnels demeurent la principale référence.
Près des deux tiers des répondants (61 %) déclarent se tourner en priorité vers les médias traditionnels (télévision, radio ou presse) pour rechercher une information importante. Cette proportion est près de quatre fois supérieure à celle des Français qui combinent les deux sources d'information (17 %), utilisant à la fois les médias classiques et les réseaux sociaux.
Cette complémentarité traduit l'évolution des pratiques : les plateformes servent souvent à compléter ou à relayer une information, plutôt qu'à s'y substituer complètement.
Enfin, 16 % des Français privilégient dorénavant les réseaux sociaux pour s’informer. Ce chiffre cache, en outre, une fracture générationnelle puisque, chez les 18-39 ans, les médias traditionnels sont d’ores et déjà supplantés par les réseaux sociaux.
Les premiers atouts reconnus des réseaux sociaux sont la facilité d'accès à l'information et l’attrait des formats courts et des visuels (pour 4 Français sur 5). Viennent aussi la possibilité d'être informé en temps réel (75 %) devant la possibilité d'accéder à des sujets peu traités par les médias traditionnels (70 %).
Cependant, les utilisateurs ne sont pas dupes des limites des réseaux sociaux. 95 % déclarent parfois douter de la véracité d'une information consultée sur une plateforme ! En conséquence, un tiers des utilisateurs affirme devoir régulièrement vérifier une information avant d'y croire ou de la partager et 9 sur 10 le font occasionnellement.
Ces résultats montrent que les utilisateurs développent des réflexes de vérification face à un environnement informationnel jugé incertain. Malgré tout, 28 % reconnaissent partager occasionnellement des informations qui se sont révélées fausses par la suite.
Même si dans le même temps, deux tiers des Français apprécient dans ces médias qu’ils favorisent l'expression de tous les points de vue, à un an de la présidentielle, les avis sont très partagés quant à l’impact possible des réseaux sociaux. 45 % des Français craignent que les réseaux sociaux ne viennent détériorer la qualité des débats, quand 7 % partagent l’opinion inverse et 47 % se montrent plus nuancés (impact neutre ou limité).
Les plateformes apparaissent ainsi comme des espaces utiles pour accéder rapidement à l'information, mais dont la qualité éditoriale et l’impact démocratique restent largement questionnés.
Les publicités personnalisées font partie de l'exercice imposé. Près de la moitié des Français (46 %) déclarent voir au moins une fois par semaine une publicité correspondant à un produit qu'ils avaient recherché auparavant sur Internet.
Cette personnalisation est loin de laisser les utilisateurs indifférents. Plus de la moitié des répondants (52 %) se disent gênés par ces publicités, tandis qu'à peine un quart ne les juge pas dérangeantes. Le ressenti général confirme cette perception. Seuls 3 % trouvent ces publicités réellement utiles. À l'inverse, près de 1 Français sur 2 les considère envahissantes (31 %) ou franchement intrusives (18 %).
Les utilisateurs ont donc intégré le fonctionnement du ciblage publicitaire et expriment une lassitude un peu fataliste face à son omniprésence. De plus, cette intrusion, réelle ou supposée, les questionne légitimement sur la sécurité de leurs données personnelles.
Les avis publiés sur les réseaux sociaux inspirent peu confiance. Seul un quart des Français (27 %) leur accorde une confiance importante ou relative, tandis que près des trois quarts (73 %) déclarent ne pas leur faire confiance. Cette défiance constitue un enjeu majeur dans un contexte où les recommandations d'influenceurs et les commentaires d'utilisateurs jouent un rôle croissant dans les décisions d'achat.
Certes, les boutiques intégrées aux réseaux sociaux sont connues d'une majorité de Français (60 % en ont déjà entendu parler), mais seuls 15 % estiment bien les connaître.
Pour autant, l'achat direct sur les plateformes reste limité. 2 Français sur 10 (20 %) ont effectué au moins un achat via un réseau social au cours des douze derniers mois. Lorsqu'un achat est réalisé, Facebook Marketplace demeure la plateforme la plus utilisée, devant TikTok et Instagram. Les produits achetés concernent principalement l'habillement, la décoration ou les produits high-tech.
La majorité des acheteurs n'ont pas rencontré de problème lors de l’achat. Lorsque des difficultés surviennent, elles concernent principalement les problèmes de livraison, les produits non conformes à leur description ou les arnaques.
Les Français reconnaissent certains avantages aux plateformes : elles permettent de découvrir de nouveaux produits, de partager des conseils entre consommateurs ou de repérer des bonnes affaires.
Mais les bénéfices sont largement contrebalancés par les risques perçus. Les arnaques, la mise en avant de produits de mauvaise qualité, les conseils trompeurs ou la visibilité accordée aux entreprises qui paient pour être mises en avant figurent parmi les principales inquiétudes exprimées.
Au-delà des contenus eux-mêmes, les inquiétudes concernent également la protection des utilisateurs. Plus de 4 Français sur 10 (44 %) adhèrent totalement à l'idée que les réseaux sociaux menacent la protection de la vie privée et des données personnelles. Ce résultat place cette question parmi les principales préoccupations associées aux plateformes numériques.
Les conditions générales d'utilisation demeurent largement ignorées. Près de la moitié des répondants (50 %) reconnaissent ne jamais les lire. Un tiers se contente d'un rapide survol (33 %), tandis que moins de 1 Français sur 10 (9 %) déclare les lire… en partie.
Cette situation illustre le décalage entre l'importance des enjeux liés aux données personnelles et la difficulté pour les utilisateurs de s'approprier des documents souvent longs et complexes.
Plus de la moitié des Français (53 %) estiment que les réseaux sociaux utilisent trop de données personnelles. À l'inverse, seuls 12 % considèrent que cette collecte reste acceptable. Un cinquième des répondants reconnaît par ailleurs ne pas savoir comment leurs données sont réellement utilisées.
Pratique chronophage, contenus violents, vols de données personnelles, risques d’arnaques : les craintes exprimées vis-à-vis des réseaux sociaux sont nombreuses et touchent tous les publics, les plus accros comme les profanes. Parmi les publics les plus exposés : les plus jeunes ! C’est la raison pour laquelle l’ensemble des interviewés plaide pour un renforcement de l’arsenal juridique visant à leur protection.
Au total, une très large majorité s’accorde sur un âge minimum conforme aux recommandations du Règlement général sur la protection des données (RGPD) européen. En effet, le RGPD prévoit qu’un mineur de moins de 15 ans ne peut pas, en principe, créer un compte sur un réseau social sans l'autorisation d'au moins un de ses parents.
Dans les usages, en revanche, cette règle est loin d’être suivie. En effet, les parents d’enfants mineurs reconnaissent qu’à partir de 11 ans, les enfants préservés des réseaux sociaux sont minoritaires, et quasiment inexistants à partir de 14 ans !
Fréquentation des réseaux sociaux par les enfants

Les parents interrogés estiment d’ailleurs que leurs enfants passent trop de temps sur les réseaux sociaux, notamment à partir de l'adolescence. Ce sentiment est particulièrement marqué chez les parents d’adolescents de 14 à 17 ans (75 % !) et perdure une fois la majorité atteinte (70 %).
Pourtant, près de 1 parent sur 2 déclare ne mettre en place aucun contrôle parental particulier. Les dispositifs de contrôle strict restent minoritaires (29 %), tandis qu'un quart privilégie des règles plus souples et le dialogue. Signe, pour les enfants comme pour les adultes, qu’il est décidément bien difficile de réduire sa fréquentation des réseaux sociaux…
(1) Résultats d’un sondage mené auprès d’un échantillon représentatif de 1 005 Français constitué selon la méthode des quotas du 2 au 7 juillet 2026.
Grégory Caret
Observatoire de la consommation
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