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Nutri-ScoreQuelles sont les marques qui l’abandonnent ?

Elsa Casalegno

par Elsa Casalegno

Les céréales Kellogg’s, les Danette (Danone), les saucissons Justin Bridou (Aoste), les laits chocolatés Cacolac ou encore les foies gras Delpeyrat… Plusieurs dizaines de marques alimentaires ont discrètement retiré le logo nutritionnel de tout ou partie de leurs produits ces derniers mois. Ils en rejoignent d’autres qui avaient fait de même en 2025, à l’instar de Krisprolls, Bjorg ou ‒ déjà ‒ Danone, sur ses boissons lactées. En cause, le nouveau calcul du Nutri-Score, qui note plus sévèrement certains aliments, en particulier les boissons lactées ou avec édulcorants, et les aliments sucrés. 

L’essentiel

  • Plusieurs dizaines de marques abandonnent l’affichage du Nutri-Score, parmi lesquelles Kellogg’s (Mars Inc.), Danette (Danone), Justin Bridou (Aoste), Cacolac, Delpeyrat…
  • La raison : le nouveau calcul du Nutri-Score note plus sévèrement certains aliments, en particulier les boissons lactées ou avec édulcorants, et les aliments sucrés.
  • D’autres industriels, à l’instar de Nestlé, et plusieurs distributeurs renforcent, à l’inverse, la présence du logo.

Que Choisir a comparé les listes des entreprises engagées dans la démarche du logo nutritionnel Nutri-Score en 2025 et 2026, publiées par Santé publique France. Depuis un an, 86 entreprises ont préféré effacer le Nutri-Score d'au moins une de leurs marques. À l’inverse, d’autres se sont engagées : elles sont 216 à avoir ajouté le logo – certaines l'affichant déjà pour une partie de leur offre.

Bilan des courses : alors qu’il y avait 1 416 entreprises engagées en 2025, il y en a désormais 1 538 en 2026. Mais cette progression de 9 % est trompeuse, car une bonne partie des nouveaux venus sont de petites entreprises ou des marques peu connues, alors que certains des démissionnaires sont des blockbusters des rayons de supermarchés.

Des « lâcheurs »…

Parmi les plus célèbres figurent :

  • Kellogg's ;
  • Aoste, qui retire le logo de sa marque Justin Bridou, mais le conserve pour Cochonou et Aoste ;
  • Danone, qui retire le Nutri-Score de Danette. Il l’avait déjà fait en 2025 pour Danonino, Danone et Actimel. Il maintient néanmoins le logo pour 12 de ses marques : Gervais, Velouté, Fjord, Gervita, Jockey, Danacol, Danio, Taillefine, Dany, Recette Crémeuse et Activia ;
  • Delpeyrat, pour ses foies gras, saumons et truites fumés ;
  • les boissons chocolatées Cacolac ;
  • Eurial, qui se retire de la démarche et enlève le logo pour ses marques Les 300 & Bio et Soignon.

La raison serait-elle à rechercher du côté des notes de certains de leurs produits qui se dégradent ? C’est ce que suggère le professeur Serge Hercberg, à l’origine de ce logo avec son équipe de l’Inserm, l’Équipe de recherche en épidémiologie nutritionnelle (Eren).

Publication du professeur Serge Hercberg sur le réseau social Bluesky.

Kellogg’s a été racheté fin 2025 par le géant américain de l’agroalimentaire Mars, l’un des adversaires les plus virulents du Nutri-Score. Est-ce ce qui a motivé cette décision de retrait ? Interrogé, le groupe, devenu Kellanova, dément. Selon lui, ce choix est lié à « des difficultés logistiques majeures » du fait de la production de « boîtes multilingues ». Le groupe assure néanmoins « souhaiter l’adoption d’un système d'étiquetage unique et harmonisé à l’échelle de l’Union européenne, qui rende les informations nutritionnelles simples et faciles à comprendre pour l’ensemble des consommateurs ». Système qui, compte tenu de l’obstruction de plusieurs États, ne devrait pas voir le jour de sitôt…

Depuis qu’il a été mis en place en 2017, le calcul du Nutri-Score a évolué afin d’intégrer les progrès réalisés par les scientifiques pour évaluer plus finement la qualité nutritionnelle d’un aliment – par exemple en discriminant le sucre naturellement présent dans un fruit d’un ajout de glucose ou de fructose, ou en distinguant les différents acides gras d’une huile (oméga 3 ou 6, acides gras saturés ou insaturés, etc.), plus ou moins intéressants sur le plan nutritionnel, ou encore en évaluant les boissons lactées comme des boissons et non des aliments solides.

Une mise à jour de l’algorithme a donc été faite en 2024 (lire l’encadré). Mais cette notation s’avère plus sévère pour de nombreux aliments, en particulier les boissons lactées, celles avec édulcorants, les aliments sucrés, etc. De quoi mécontenter les fabricants concernés – mais aussi les distributeurs vendant des marques de distributeurs (MDD), dont certains ont réagi en boudant le logo.

… et des nouveaux

À l’inverse, d’autres entreprises ont fait le choix de rejoindre la démarche ou d’enrichir le panier de leurs marques qui affichent le logo. Parmi elles, quelques acteurs majeurs, tels Nestlé (qui s’était pourtant initialement opposé au Nutri-Score), et plusieurs distributeurs :

  • Nestlé, qui l'ajoute à ses marques Trix, Honey Stars, Corn Flakes Nestlé, Maison Perrier, Jojo, Pirulo, Nestlé Bûche, Cook&Shrimp, Best Quality, Nestlé Signature, Extrême et La Laitière ;
  • Carrefour, qui l'ajoute à ses MDD Carrefour Sélection et Reflets de France (rejoignant Carrefour Extra, Carrefour Sensation, Carrefour Classic, Carrefour Original, Carrefour Bio, Carrefour Bon Appétit, Carrefour Veggie et Simpl) ;
  • Intermarché, qui l’appose désormais sur ses MDD Itinéraire de nos Régions et Merci ! Elles rejoignent Monique Ranou, Pâturages, Paquito, Saint Eloi, Odyssée, Fiorini, Jean Rozé, Volaé, Bouton d'Or, Itinéraire des Saveurs, Adélie, Look, Chabrior, Kingsbräu, Top Budget, Ivoria, Planteur des Tropiques, Regain, Élodie, Cotterley, Capitaine Cook, Ondine, Sainte Marguerite et Netto ;
  • Biocoop, qui l’appose sur ses MDD depuis septembre 2025 ;
  • Nardobel SAS, qui l’affiche sur sa marque Céréal Bio (il le faisait déjà pour Gerblé, Gerlinéa, Céréal, Frima et Soy) ;
  • Naturalia France SAS, qui l'ajoute à ses MDD ;
  • Nature Innovation International, qui l’ajoute à sa barre protéinée Joyfuel.

Des mises à jour aléatoires sur les drives

Les distributeurs élargissent leur panel des marques qui affichent le logo et continuent, pour la plupart, de l’apposer sur les sites Internet des drives. Mais la mise à jour de l’algorithme est quelque peu aléatoire, et certains utilisent simultanément l’ancien et le nouveau calcul au gré des renouvellements des étiquettes, des mises à jour de photos – ou des notes obtenues. Impossible donc de savoir s’il s’agit de la notation correcte, plus sévère, ou bien de l’ancienne, aucun ne donnant l’information « nouveau calcul ».

Une mise à jour bloquée pendant un an

Les nouvelles modalités de calcul du Nutri-Score ont été officialisées fin 2023, pour une application à partir de 2024 – sachant que les industriels bénéficiaient d’un délai de grâce de deux ans (donc jusqu’à fin 2025) pour passer au nouveau calcul, au motif d’écouler les emballages déjà imprimés.

Mais si les six autres pays européens ayant adopté le logo l’ont officiellement validé, la France, patrie d’invention du logo, a tergiversé. Le nouvel algorithme n’a été officiellement validé qu’en mars 2025, avec une période de « tolérance » pendant laquelle coexistent les deux modalités de calcul, qui court jusqu’en mars 2027.

En cause, le lobbying intense auquel s’est livrée la filière agroalimentaire, opposée au durcissement des critères, avec le soutien appuyé d’Annie Genevard. Le 5 mars 2025, lors de la séance de questions au gouvernement, la ministre de l’Agriculture expliquait benoîtement aux sénateurs que c’est elle qui bloquait la parution de l’arrêté depuis des mois : « La décision a été prise il y a plus d’un an. L’arrêté est à ma signature. Je n’ai pas encore signé, je ne sais pas quelles sont mes marges de manœuvre pour en corriger les effets négatifs, mais croyez bien que je m’y intéresse de très près. » Devant le tollé que cette réponse avait suscité, le texte avait finalement été signé la semaine suivante par les ministères concernés : Santé, Travail, Économie… et Agriculture.

A plus cher que E ? Une idée fausse

Non, un produit sain n’est pas forcément plus cher ! Contrairement aux idées reçues, les aliments avec un bon Nutri-Score ne sont pas forcément plus chers que ceux de mauvaise qualité nutritionnelle. C’est le constat d’une étude menée par Santé publique France et l’Institut national de recherche pour l'agriculture, l'alimentation et l'environnement (Inrae), qui avait pour objectif d’évaluer le lien entre Nutri-Score et prix des produits.

Plus précisément, l’étude montre que :

  • parfois, le prix augmente lorsque le Nutri-Score se dégrade. Parfois, c’est l’inverse ;
  • par exemple, dans certaines catégories de yaourts (yaourts aromatisés et aux fruits, yaourts à la vanille, fromages blancs, yaourts à base d’autres laits que celui de vache) ou de sauces pour les pâtes (pestos et végétariennes), les produits affichant un Nutri-Score A ou B sont en moyenne moins chers que ceux notés D ou E ;
  • dans d’autres catégories, il n’y a pas de lien entre Nutri-Score et prix. Par exemple, pour les catégories « pains de mie » et « pizzas » (sauf celles à base de viande), la différence de prix n’est pas liée au Nutri-Score ;
  • les produits de marques qui n’affichent pas le Nutri-Score sont en majorité plus chers que ceux des marques affichant le logo. L’engagement massif dans la démarche Nutri-Score de la part des MDD, qui proposent en moyenne des prix plus bas que les marques nationales, y contribue sans doute.

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