par Elsa Casalegno
par Elsa Casalegno
Critiques, menaces, actions violentes... Depuis plusieurs mois, l’Office français de la biodiversité (OFB) cristallise le mécontentement de syndicats agricoles, soutenus par des élus. À l'heure où la qualité de l’eau n’a jamais été autant en danger, ce combat n’est pas le bon.
Bottes de paille bloquant l’accès aux bureaux ou aux voitures, bennes de déchets déversées devant les portes… depuis fin 2023, trois syndicats agricoles – FNSEA, Jeunes agriculteurs (majoritaires) et Coordination rurale (CR, proche de l’extrême droite) – multiplient les opérations pour protester contre des revenus durablement en berne et des normes vécues comme excessives. Les actions à l’encontre de l’Office français de la biodiversité (OFB) se comptent par dizaines. Des élus ont surenchéri. Ainsi, Olivier Amrane, le président du conseil départemental de l’Ardèche (LR), a appelé à supprimer l’OFB, et le député Laurent Wauquiez (LR) a qualifié ses agents de « coalition d’idéologues ».
Pas de quoi calmer le jeu. Dans plusieurs départements, des agents ont même été mis en danger. « Des noms de collègues ont été tagués sur les murs, un autre s’est fait dévisser les écrous de roues de sa voiture », relate Olivier Ledouble, secrétaire national CGT Environnement. Un dernier cycle de violences s’est déclenché lors de la nomination d’une nouvelle directrice déléguée de l’OFB, Anne Le Strat, trop « écolo » aux yeux des organisations agricoles.
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« C’est parti d’un communiqué de la CR, le 26 janvier, qui considérait cela comme une “trahison”. Le lendemain, Sébastien Lecornu lançait une enquête administrative au lieu de défendre les salariés menacés », regrette Olivier Ledouble. La CR a maintenu la pression les jours suivants, en organisant une manifestation dans le Loiret, devant l’un des sièges de l’OFB, tandis que Laurent Duplomb (LR), auteur d’une loi destinée à réautoriser des pesticides dangereux, dénonçait une « provocation ». Sur les comptes Facebook liés à la CR, les propos sexistes et les menaces de mort pleuvent. L’enquête a conclu qu’il n’y avait aucune faute dans le processus de recrutement.
Outre l’inquiétude pour leur sécurité, l’incompréhension domine chez les agents. Car sur place, tout se passe bien en général. « Les syndicats agricoles se plaignent de la “pression de contrôle”, ils parlent de harcèlement. Or, il y a en moyenne une inspection OFB tous les 100 ans par ferme, indique Guillaume Rulin, représentant EFA-CGC à l’OFB. Et 95 % se passent bien. »
Certes, tout n’est pas parfait. « Avant, il y avait une notion de service public très forte, et un appui pour de nombreux problèmes du quotidien. Mais la charge de travail a augmenté, et les échanges informels ont disparu. » Les agents, faute de temps, connaissent moins le terrain et les acteurs, et le dialogue est devenu plus compliqué. « Aujourd’hui, on est dans le conflit permanent, et il est très difficile d’aboutir à des compromis. » Afin d’apaiser la situation, la consigne est de moins contrôler.
Mais les répercussions sont immédiates : hausse des arrachages de haies, pompage illicite… Pourquoi ces attaques ? « Parce que l’OFB est le dernier corps de police rurale à travailler sur l’environnement et à être garant du respect des réglementations en la matière, estime Guillaume Rulin. S’il n’y a plus de gendarme qui protège les zones humides et les haies, ça ne va pas bien se passer, et on le sait ! S’il n’y a plus de contrôle sur le respect de la protection des zones de captage d’eau potable, contre les prélèvements d’eau illégaux en cas de sécheresse, contre les pollutions, contre la destruction des zones tampons qui atténuent les crues, ça va être encore plus catastrophique pour la qualité de l’eau ! »
Elsa Casalegno
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