par Audrey Vaugrente
par Audrey Vaugrente
Vantés par les influenceurs pour se muscler, rajeunir ou perdre du poids, les peptides font fureur sur les réseaux sociaux et circulent illégalement sur Internet. Fin juillet, deux sites ont été épinglés par l’Agence nationale de sécurité du médicament (ANSM).
Contre l’acné, pour se muscler, pour récupérer : sur les réseaux sociaux, la mode est à l’injection de peptides. Ni médicaments ni compléments alimentaires, ces produits se présentent sous la forme d’ampoules ou de stylos prêts à injecter. Et les influenceurs qui en vantent les mérites promettent une peau débarrassée de ses imperfections, un sommeil amélioré, un amincissement sans passer par les médicaments, et bien d’autres bénéfices.
Partie des États-Unis avec le soutien ouvert du secrétaire à la Santé Robert F. Kennedy Jr., la vague atteint désormais la France. Mais cette nouvelle tendance n’est pas sans risque, selon l’Agence nationale de sécurité du médicament (ANSM) qui, fin juillet, a publié deux décisions de police sanitaire contre des sites qui en faisaient la promotion.
Les peptides constituent les blocs de construction des protéines. Ils participent à de nombreuses fonctions de l’organisme comme l’activité hormonale, la gestion de l’inflammation ou encore la digestion. On peut, par exemple, citer les endorphines, ces hormones qui limitent la transmission du signal douloureux entre les neurones. Et ils sont déjà utilisés en médecine.
C’est le cas de l’insuline, délivrée à des millions de patients diabétiques depuis plus d’un siècle. Plus récemment, d’autres peptides ont beaucoup fait parler d’eux : les agonistes du GLP-1, eux aussi destinés au traitement du diabète et de l’obésité.
Les peptides mis en avant sur les réseaux sociaux, eux, portent des noms bien plus mystérieux : BPC-157, GHK-Cu, TB-500… Certains d’entre eux font l’objet de travaux de recherche, principalement sur des animaux à ce stade. Ils ne devraient donc pas être proposés à la vente.
« Nous avons déjà pris plusieurs décisions de police sanitaire ciblant des produits se faisant passer pour des agonistes du GLP-1, explique Alexandre de la Volpilière, directeur général adjoint chargé des opérations à l’ANSM. Les vendeurs ont changé de vocable pour vendre, mais le problème reste le même : ces produits se faisant passer pour des médicaments sont distribués par des réseaux illicites. »
Censés favoriser la prise de masse musculaire, lutter contre les rides ou l’acné ou faciliter la perte de poids, les peptides promus sur les réseaux sociaux ont des bénéfices très incertains. Bien qu’ils soient présentés en ampoules ou en stylos prêts à injecter, ils sont, en fait, très loin de bénéficier d’un cadre aussi sûr que des médicaments comme l’insuline ou le sémaglutide (Ozempic). « Le circuit légal de distribution des médicaments est assujetti à un certain nombre de contrôles et à une réglementation stricte », rappelle Alexandre de la Volpilière.
Aux États-Unis, ces peptides entrent dans une zone grise réglementaire. Pas formellement interdits, ils n’ont pas non plus été autorisés par les agences sanitaires comme la FDA. Celle-ci s’est réunie en juillet, à la demande du secrétaire à la Santé, pour évaluer la possibilité de les distribuer sous forme de préparations magistrales – donc en pharmacie. Les experts ont rappelé les nombreuses incertitudes qui persistent sur l’intérêt de ces produits. Sans succès.
En France, le risque monte encore d’un cran. Des revendeurs promettent des produits « réservés à la recherche », un argument très probablement mensonger. « Il n’y a aucune garantie de qualité : le produit peut avoir des impuretés, une autre molécule que celle alléguée, et parfois même pas de principe actif, alerte Alexandre de la Volpilière. Le fait de se les injecter représente un risque supplémentaire : cela expose à des infections graves et à des réactions allergiques sévères. »
À ce jour, l’ANSM a recensé, via son réseau de pharmacovigilance, une dizaine de personnes ayant présenté des effets indésirables après injection de peptides achetés illégalement. La plupart ont souffert de nausées et de vomissements, mais certaines ont dû être hospitalisées en raison d’une atteinte hépatique, d’infections graves ou d’allergies sévères.
Deux sites proposant des peptides ont fait l’objet de décisions de police sanitaire, qui ont pour effet d’interdire la vente et la publicité des produits ciblés. Jusqu’à il y a peu, ils proposaient des molécules connues (sémaglutide et tirzépatide) mais aussi certaines encore en phase d’essais cliniques (rétatrutide). Toutes ces molécules sont des agonistes du GLP-1, donc destinées au traitement du diabète et de l’obésité.
Ces revendeurs ne reculaient devant rien pour allécher les clients potentiels. L’un promettait « une solution simple, discrète et fiable pour soutenir le parcours de perte de poids », quand l’autre faisait directement allusion au Mounjaro – nom commercial du tirzépatide.
Audrey Vaugrente
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