BILLET DE LA PRÉSIDENTE

Scandale des eaux PerrierAvantage marketing, désavantage consommateurs

Marie-Amandine Stévenin

par Marie-Amandine Stévenin

Roland-Garros oblige, la marque Perrier, grand partenaire de l’évènement, profite de l’occasion pour déployer sa campagne de communication. Les messages portés ce mois-ci dans la presse écrite semblent principalement destinés à rassurer les consommateurs pour tenter de faire oublier ses déboires mais peut-être aussi se couvrir.

Le message est soigneusement calibré autour de la sécurité alimentaire qui est, d’après la publicité, « toujours garantie », laquelle poursuit en affirmant que Perrier bénéficie « d’autorisations d’exploitation récemment délivrées ». Mais la fin du message publicitaire laisse perplexe même le plus avisé des consommateurs : « Cependant, dans l’attente de la délivrance de l’autorisation de mise à disposition du public, ces eaux restent susceptibles de ne pas constituer des eaux minérales naturelles selon les autorités. ». Ceux qui souhaiteraient en savoir plus en flashant le QR Code apprendront, de façon plus simple « certains lots présents sur le marché peuvent être susceptibles de ne pas constituer des eaux minérales naturelles selon les autorités. » (1).

Cette communication qui reprend des éléments de langage déjà répétés et se veut rassurante au motif que seul manquerait un coup de tampon pour rendre toutes les bouteilles Perrier encore présentes sur le marché conformes à la dénomination « eau minérale naturelle »… se révèle être un discours bien surprenant quand on sait par ailleurs que, la semaine dernière, des perquisitions ont eu lieu sur plusieurs sites de Nestlé Waters dont l’usine de production historique du Perrier à Vergèze !

Lesdites perquisitions sont-elles liées à l’information judiciaire ouverte pour tromperie ou à des contrôles inopinés ? Rien n’a vraiment été confirmé à ce jour.

Mieux encore, j’ai appris hier que, selon la cellule d’investigation de Radio France, depuis l’été 2025, ce sont près de trois millions de bouteilles produites sur le site de Vergèze (Gard) qui auraient été détruites ou seraient actuellement bloquées. Pour mémoire, c’est à l’été 2025 que Nestlé Waters Supply Sud a installé à la hâte une microfiltration à 0,45 µm, après avoir été sommée de retirer sa microfiltration à 0,2 µm !

Certains diront que le blocage et la destruction de bouteilles démontrent que les contrôles fonctionnent et éviteront de s’attarder sur les questions légitimes qui se posent sur l’état de la ressource.

Une chose me paraît limpide : forte de l’autorisation délivrée par le préfet du Gard en décembre dernier de recourir à cette microfiltration, la marque Perrier poursuit la commercialisation des bouteilles Perrier comme « eau minérale naturelle » des eaux qui, du propre aveu de Nestlé Waters, sont « susceptibles de ne pas constituer des eaux minérales naturelles selon les autorités », faute de délivrance d’une autorisation de mise à disposition du public.

Peut-être est-il considéré, comme cela avait été suggéré par le tribunal judiciaire de Nanterre, que quelques encarts dans la presse suffisent à informer les consommateurs de cette situation.

J’ai surtout le sentiment que Perrier passe entre les mailles du système et constate malheureusement que les autorités ne crient pas à la faute – c’est sans doute la raison pour laquelle des minéraliers concurrents montent au filet.

À sauver l’image d’une marque, c’est la confiance des consommateurs dans le système qui s’érode.

Marie-Amandine Stévenin

Marie-Amandine Stévenin

Présidente de l'UFC-Que Choisir

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