par Elsa Casalegno, Domitille Vey
par Elsa Casalegno, Domitille Vey
Parmi les nombreux pots de confiture de fraises disponibles dans les rayons des grandes surfaces, deux références se distinguent par la mention « sans sucres ajoutés », ce qui leur permet de décrocher de bons Nutri-Score. Mais pour y parvenir, leurs recettes intègrent des édulcorants ou des ingrédients à base de fibres végétales, ce qui en fait des aliments ultratransformés. Dommage, pour un produit a priori aussi simple qu’une confiture.
Difficile d’y voir clair au rayon des confitures : diverses dénominations cohabitent, telles que préparations de fruits, marmelades, extra ou allégées. La mention « sans sucres ajoutés » intrigue particulièrement, concernant cet aliment composé traditionnellement de fruits et de sucre. Elle est apposée sur deux références parmi les 25 confitures de fraises que nous venons de tester : il s’agit de préparations (1) vendues sous les marques Gerblé et Lucien Georgelin. Le premier annonce une teneur énergétique réduite (-64 %) et revendique « -89 % de sucres » par rapport à une confiture classique. Malheureusement, le sucre est remplacé par d’autres ingrédients, pas toujours recommandables.
Tous deux revendiquent également une richesse en fibres végétales (confirmée par nos analyses), apportées sous forme de dextrine de blé (pour la texture) pour l’une, et de mystérieuses « fibres végétales solubles » pour l’autre. Ces deux avantages (moins de sucre et plus de fibres) leur valent des Nutri-Score A pour l’un (Gerblé) et B pour l’autre (Georgelin) – calculés selon le nouvel algorithme. Signalons que l’impact de ces fibres ajoutées sur la santé n’est pas encore clairement étudié, et la Direction générale de la concurrence, de la consommation et de la répression des fraudes (DGCCRF) ne se prononce pas sur leur intérêt.
La préparation aux fraises de Gerblé contient deux édulcorants, le sucralose (additif E955) et le maltitol (additif E965). Or, le sucralose, un édulcorant de synthèse intense dont le pouvoir sucrant est environ 600 fois supérieur à celui du sucre, est suspecté d’avoir des impacts délétères sur la santé : il contribuerait à perturber la flore intestinale et le métabolisme, favoriserait le diabète et les troubles cardiovasculaires, et est suspecté de cancérogénicité. Il est classé « peu recommandable » dans notre évaluation des additifs. Pour sa part, le maltitol est un édulcorant au pouvoir sucrant équivalent à celui du sucre, mais sans effet cariogène, à valeur calorique moindre et sans engendrer d’élévation de la glycémie. Mais nous le classons seulement « tolérable » dans notre évaluation des additifs car il peut engendrer des désagréments intestinaux tels que diarrhée, ballonnements, etc., en cas de consommation importante (au-delà de 30 g/jour). Pour cette raison, les denrées contenant plus de 10 % de maltitol doivent porter la mention « une consommation excessive peut avoir des effets laxatifs ». Pour autant, la teneur de la référence de Gerblé en maltitol n’est que de 5,5 g/100 g.


Le produit Lucien Georgelin est une « préparation de fruits et fibres végétales solubles », ces dernières étant apportées à hauteur de 45 g/100 g. Mais il n’y a aucune précision sur leur nature. Contacté, le fabricant n’a pas souhaité nous en dire plus. Pourtant, sur son site Internet, l’aspect novateur de cet « ingrédient secret », permettant de fabriquer des préparations de fruits sans le moindre ajout de sucre, tout en libérant les arômes des fruits, est mis en avant. Sans doute sont-elles issues de chicorée, d’agave, de blé, de maïs, ou encore de tapioca, comme les fibres habituellement utilisées dans les autres filières agroalimentaires.
Interrogée, la DGCCRF ne se prononce pas sur ce produit, mais rappelle quelques points réglementaires : « Dans la liste des ingrédients, à défaut de dénomination légale ou d’un nom usuel, un nom descriptif est à utiliser. À noter que les fibres n’apparaissent pas parmi les ingrédients qui, par défaut, peuvent être désignés par le nom d’une catégorie plutôt que par un nom spécifique. » L’étiquetage est donc probablement non conforme, et manque de transparence pour le consommateur. Quant à la teneur totale en sucres mesurée lors de nos analyses (sur deux lots différents), elle est en moyenne de 30 g/100 g, alors que celle annoncée est de 21,7 g/100 g – cet écart dépassant la marge d’erreur tolérée par la réglementation, l’étiquetage n’est donc pas non plus conforme sur ce point. Les fraises ne fournissant en moyenne que 3 à 5 g/100 g de sucre, le reste vient probablement des fibres solubles.

Nous ne sommes donc pas convaincus par ces recettes. En effet, il s’agit d’aliments ultratransformés, dont les autorités de santé recommandent de limiter la consommation en raison de potentiels effets délétères sur la santé.
(1) Une « préparation de fruits » est un mélange de fruits (pulpes ou purées) et de sucre, à l’instar de la confiture. Mais à la différence de cette dernière, elle intègre également d’autres ingrédients (jus de fruits, lait, céréales, arômes).
Elsa Casalegno
Domitille Vey
Rédactrice technique
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