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Dépistage du cancer du poumon - Une expérimentation avant un éventuel dépistage organisé

AL

par Anne-Laure Lebrun

Déjà déployé dans plusieurs pays, le dépistage du cancer du poumon arrive en France sous la forme d’un programme pilote visant à définir les modalités de déploiement optimales.

Avec plus de 52 000 nouveaux cas diagnostiqués en 2023 et plus de 30 000 décès chaque année, le cancer du poumon est l’un des plus meurtriers en France. Ce sombre bilan s’explique en grande partie par des diagnostics souvent tardifs. D’où l’idée de rechercher les tumeurs avant l’apparition des symptômes, chez les fumeurs et anciens fumeurs qui constituent la population à risque, le tabac étant responsable de plus de 80 % des cas de cancer pulmonaire. Dès 2013, les États-Unis ont débuté un dépistage par scanner dans cette population. Plusieurs pays ont depuis adopté ou déployé des programmes de dépistage ou des expérimentations de grande ampleur, notamment la Chine, la Corée du Sud, Taïwan, la Croatie, la République tchèque, le Royaume-Uni et, plus récemment, l’Allemagne ou l’Australie.

Un programme pilote en France

En France, après des années d’hésitations, la Haute Autorité de santé (HAS) a préconisé, en 2022, « l’engagement d’un programme pilote ». Lancée en mai 2026, cette expérimentation baptisée Impulsion se déploie progressivement dans 5 régions (Auvergne-Rhône-Alpes, Hauts-de-France, Île-de-France, Pays de la Loire, Provence-Alpes-Côte d’Azur) avant une extension aux autres régions à l’automne. « Dans ce programme, 20 000 fumeurs et anciens fumeurs (1) de 50 à 74 ans seront recrutés pour réaliser 2 scanners à 2 an d’intervalle, puis un troisième scanner 2 ans après le premier. En complément, le programme prévoit pour les fumeurs un accompagnement à l’arrêt du tabac », détaille la Pre Marie-Pierre Revel, radiologue à l’Hôpital Cochin (AP-HP), l’une des coordinatrices de l’étude.

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Ce programme s’appuie sur 2 grands essais internationaux, l’étude américaine NLST, qui a comparé le scanner thoracique à la radiographie pulmonaire, et l’étude européenne Nelson, évaluant le scanner face à l’absence de dépistage aux Pays-Bas et en Belgique. Réalisés auprès de près de 69 000 fumeurs ou anciens fumeurs, ces travaux ont montré qu’un scanner thoracique faiblement irradiant effectué à intervalle régulier permet de réduire d’au moins 20 % la mortalité par cancer du poumon. « L’essai NLST a aussi montré que combiner dépistage et arrêt du tabac, comme nous le proposons dans Impulsion, diminue de 38 % le risque de mourir d’un cancer du poumon », ajoute la radiologue tout en reconnaissant que le manque de tabacologues sur le territoire pourrait être une limite. « Une consultation isolée ne suffit pas. Les patients ont besoin d’être accompagnés et encouragés sur la durée », insiste-t-elle.

Des cancers diagnostiqués plus tôt

Publiée en 2020, l’étude Nelson a confirmé que les cancers détectés grâce au dépistage étaient le plus souvent diagnostiqués à un stade précoce, lorsque les chances de guérison sont les plus élevées. Les premières données recueillies en conditions réelles en Angleterre vont dans le même sens. Entre 2019 et 2025, plus de 216 000 personnes ont bénéficié du dépistage et près de 7 000 cancers du poumon ont été diagnostiqués. Plus des deux tiers étaient localisés et potentiellement opérables. Une proportion que les autorités anglaises espèrent porter à 75 % d’ici 2028.

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L’essai américain NLST a également mis en évidence une baisse d’environ 7 % de la mortalité toutes causes confondues. Autrement dit, le dépistage diminuerait le risque de mourir d’une autre pathologie comme une maladie cardiovasculaire ou d’autres cancers liés au tabac. Plusieurs hypothèses sont avancées pour expliquer ce résultat, parmi lesquelles l’aide au sevrage tabagique proposée aux participants et la découverte fortuite d’autres anomalies lors du scanner. Cet examen peut notamment révéler une calcification des artères du cœur – facteur de risque d’infarctus – ou un emphysème (destruction irréversible du poumon liée au tabagisme). La détection de ces anomalies et le suivi des patients seront intégrés à l’essai Impulsion.

Faux positif et surdiagnostic

Désormais, au-delà de ces bénéfices établis, l’enjeu est de déterminer comment mettre en œuvre ce dépistage dans les meilleures conditions possibles, en maximisant ses bénéfices et en limitant ses effets indésirables. Car, comme pour tout dépistage, plusieurs limites existent. La problématique des faux positifs (présence d’une anomalie considérée comme suspecte, mais qui s’avère ne pas être cancéreuse) et du surdiagnostic (traiter des tumeurs qui n’auraient pas évolué) demeure.

Toutefois, au fil des expérimentations, les protocoles et les technologies se sont améliorés, permettant de réduire ces effets indésirables. Le taux de faux positif peut ainsi être limité à 2 % si les nodules suspects sont à nouveau surveillés 3 ou 4 mois après le premier scanner (contre 25 % sans cet examen de contrôle). Une amélioration notable qui soulève tout de même la question d’un éventuel risque de cancer induit par la répétition des scanners. « Pour y répondre et limiter ce risque, nous allons évaluer l’utilisation d’un scanner ultra-basse dose qui ne délivre pas plus de rayons qu’une radio classique », explique la radiologue qui souligne, toutefois, que le danger des rayons émis par les scanners concerne surtout les enfants, chez qui il faut être prudent quant à la prescription de telles imageries. En parallèle, une étude européenne, à laquelle la France participe, souhaite déterminer si un scanner réalisé tous les 2 ans apporte les mêmes bénéfices qu’un scanner annuel.

En pratique, les personnes souhaitant participer au programme Impulsion peuvent contacter le centre d’appel du programme au 34 33 (prix d’un appel local), remplir le formulaire disponible sur le site Depistage-cancer-poumon.fr ou consulter un médecin investigateur référencé dans l’annuaire en ligne. Les résultats devraient être évalués d’ici 2030. S’ils confirment un rapport bénéfices/risques favorable, le cancer du poumon pourrait rejoindre le cancer colorectal, celui du sein et celui du col de l’utérus parmi les cancers faisant l’objet d’un dépistage organisé en France.


(1) Les anciens fumeurs inclus doivent avoir fumé en moyenne au moins 2 paquets de cigarettes par jour pendant 10 ans, ou 1 paquet de cigarettes par jour pendant 20 ans.

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Anne-Laure Lebrun

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