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Environnement« Les seniors sont les champions des écogestes »

FM

par Fabienne Maleysson

L’association Parlons climat produit des études visant à mieux comprendre les publics supposés peu convaincus par la nécessité d’agir face au dérèglement climatique. L’une d’elles, publiée récemment et portant sur les seniors, s’appuie sur un sondage réalisé auprès de 4 000 Français, dont plus de 1 000 âgés de 65 à 80 ans, et 35 entretiens avec ces derniers. La cofondatrice de Parlons climat, Amélie Deloffre, nous en résume les principaux enseignements.

Quels sont les résultats marquants de cette étude ?

L’environnement et le climat font partie des 3 enjeux prioritaires pour 29 % des seniors : c’est davantage que pour les autres classes d’âge. Et pendant les entretiens, ils parlent beaucoup de modération, de sobriété, de la surconsommation qu’ils condamnent. Cela bat en brèche l’idée selon laquelle ces sujets les laissent indifférents. Par ailleurs, ils s’engagent beaucoup dans les associations ou en participant à des réunions municipales, ils sont très investis au niveau local. C’est moins visible que, par exemple, les manifestations prisées par les plus jeunes, mais cela compte quand même.

Concernant la consommation, quelles différences avec les générations suivantes ?

Ce sont les champions des écogestes comme trier ses déchets, baisser le chauffage et limiter la climatisation, choisir des produits peu emballés, etc. Ils les pratiquent davantage que les 18-34 ans. Pendant leur jeunesse, le fait de ne pas gaspiller était valorisé et c’est resté ancré. Même écart en faveur des seniors pour des habitudes de consommation telles que manger moins de viande et uniquement des fruits et légumes locaux et de saison, ou encore ne pas prendre l’avion. Mais les motivations ne sont pas forcément écologiques. Par exemple, limiter l’alimentation carnée peut s’expliquer par des enjeux de santé, ne pas prendre l’avion est plus habituel dans ces générations, ce n’est pas forcément un renoncement. Mais les chiffres sont là. D’ailleurs, même si on a l’image fausse du retraité qui vole jusqu’à l’autre bout du monde, c’est la tranche d’âge qui utilise le moins ce mode de transport, le trafic aérien est très majoritairement le fait des jeunes.

Se déclarent-ils également prêts à faire des efforts concernant l’usage de l’automobile ?

Moins : c’est une génération qui a vécu l’avènement de la voiture, elle a été synonyme de liberté, ils ont plus de mal à modifier leurs habitudes sur ce plan et sont moins adeptes du covoiturage que les jeunes. Il faut dire aussi qu’ils habitent plus souvent en milieu rural, où la voiture reste indispensable. Autre facteur : la capacité physique. Il est plus facile de transporter ses courses dans son coffre qu’à pied, plus fatigant d’attendre le bus que d’utiliser librement un véhicule personnel. Certains craignent également pour leur sécurité dans les transports en commun.

Ces réflexions mettent en lumière le fait que l’engagement écologique dépend de nombreux facteurs.

En effet. D’ailleurs, les comportements vertueux en la matière relèvent rarement d’un engagement personnel avant tout. On les adopte aussi parce qu’ils sont socialement valorisés, ou qu’ils sont bénéfiques pour soi-même, comme la modération dans la consommation de viande, ou qu’ils permettent de faire des économies, etc. Tout est entremêlé. Il est très rare que l’on s’engage alors que cela va à rebours de ses intérêts. Ce constat incite à reconnaître qu’il est impossible de demander la même chose à tout le monde. On ne peut pas exiger des octogénaires qu’ils se déplacent à vélo ou de quelqu’un dont les revenus sont limités de manger systématiquement bio. Il faut élargir les représentations de ce qu’est un mode de vie favorable au climat.

À côté des gestes individuels, une autre partie de la solution réside dans les mesures politiques contraignantes. Les seniors y sont en majorité favorables.

Oui, là aussi davantage que les jeunes. Une des explications tient au fait qu’ils ont vécu pendant une période où l’État était légitime, où on attendait de lui qu’il résolve les problèmes, alors que les plus jeunes réclament parfois moins d’interventionnisme. Les seniors croient encore au politique, du reste, ce sont eux qui votent le plus.

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