Gaspillage alimentaire La lutte a lieu aussi sur Internet

Gaspillage alimentaire

La lutte a lieu aussi sur Internet

Publié le : 12/06/2016 

Alors que l’État promulguait en février dernier des mesures contraignantes pour lutter contre le gaspillage dans le secteur de l’agroalimentaire, des sites Internet proposent des solutions pratiques au consommateur pour lutter à son échelle. Revue de détail.

 

La lutte contre le gaspillage alimentaire est plus que jamais un sujet d’actualité, alors que 10 millions de tonnes de produits alimentaires destinés à la consommation humaine sont jetés chaque année en France, tous secteurs d’activités confondus, pour une valeur estimée à 16 milliards d’euros.

Afin d’endiguer le phénomène au niveau de la grande distribution, l’État a promulgué en février 2016 une loi (n2016-138) prévoyant des sanctions pour les magasins qui procèdent à la destruction volontaire de denrées alimentaires. Mais au-delà des distributeurs, le gaspillage alimentaire reste l’affaire de tous, comme le souligne un rapport de l’Agence de l’environnement publié le 26 mai 2016. L’Ademe y rappelle que les pertes de nourriture touchent toute la chaîne, du producteur (32 %) au consommateur (14 % en restauration et 19 % au domicile), en passant par la transformation (21 %) et la distribution (14 %).

 

Prise de conscience du consommateur

Et si l’étape de la consommation ne procure « que » 33 % des quantités de nourriture gaspillée, elle totalise « plus de 40 % de leur valeur, [qui] augmente tout au long de la chaîne alimentaire, du fait du coût du transport, de la transformation, de la vente ou de la publicité », précise l’Ademe. Celle-ci souligne également que chacune des étapes, du champ au consommateur, dispose de marges de manœuvre considérables pour réduire ce gaspillage. Parmi les initiatives relevées par l’agence publique, celles concernant la lutte contre le gaspillage à domicile se montrent particulièrement inventives et innovantes, comme en témoignent plusieurs sites et applications mobiles à disposition du consommateur.

 

Sites de rencontre pour produits d’âge mur

Les applications pour mobile Optimiam et Too good to go permettent de connecter en temps réel le consommateurs aux restaurateurs ou commerces de proximité afin de donner une seconde chance à des produits proches de leur date limite de commercialisation grâce à des prix plus attractifs. La première permet aux commerçants de proposer leurs produits frais arrivant à date limite de consommation sous forme de promotions-éclair. Carrefour, Cora ou encore Casino en sont déjà partenaires. La seconde, à qui l’on pourra reprocher son offre encore trop urbaine, décline ce concept de « soldes sur produits mûrs » aux restaurants et commerces de bouche (pâtisseries, traiteurs…).

 

Traquer les DLC sur son smartphone

Lancée en 2014 par une agence de communication, Checkfood est une application de gestion pour smartphones. L’utilisateur scanne les codes-barres des produits qu’il achète à l’aide de son portable. Quand la date de péremption d’un produit approche, le mobile l’alerte. Il a alors deux options : manger le produit ou le donner à une association caritative proche de chez lui, l’application l’informant des banques alimentaires situées à proximité. Téléchargeable gratuitement, l’application n’est pour l’heure compatible qu’avec les téléphones Apple.

 

Accommoder les restes en deux clics

Si l’œuf et le yaourt qui se battent en duel au fond de votre réfrigérateur vous laissent dubitatif, vous pouvez désormais vous en remettre aux sites et applications conçus pour jeter les restes dans la poêle plutôt qu’à la poubelle. Avec Le Bruit du frigo, par exemple, l’utilisateur indique ce qui lui reste dans son frigo et ses placards et l’appli lui propose des recettes qui lui permettent d’utiliser ces ingrédients. Plus aboutie, l’application mobile Frigo Magic, disponible sur l’App Store et Google Play, vous propose de dresser une liste évolutive de votre garde-manger afin de vous proposer chaque soir des recettes adaptées au contenu de vos placards.

Gaspillage alimentaire en ville : différents scénarios de lutte possibles

Alors que le gaspillage alimentaire est principalement concentré en zone urbaine, où vit aujourd’hui 75 % de la population des pays industrialisés, les restes alimentaires y sont encore mal valorisés. Des travaux de l’Institut national de recherche en agronomie (Inra) publiés le 8 juin analysent des leviers d’actions possibles en fonction de plusieurs scénarios d’évolution des villes. Résultat, les initiatives publiques et citoyennes semblent avoir plus ou moins d’impact en fonction des modèles urbains : « Dans le modèle des grandes mégapoles mondialisées, les politiques publiques fortes peuvent inciter ou contraindre les grands groupes industriels à réduire le gaspillage à la source. Mais il y a peu de leviers directement accessibles aux consommateurs qui peuvent surtout agir via le tri, de plus en plus sélectif, ou le don aux banques alimentaires. En revanche, dans les villes en repli économique où l’action publique manque de moyens, la réduction du gaspillage et la valorisation des bio-déchets peuvent être prises en charge par l’économie de partage et l’action sociale (troc, valorisation des bio-déchets par le compostage urbain) », analyse Stéphane Guilbert, coordinateur de l’étude. Enfin, dans les modèles de villes en réseau, c’est-à-dire des communautés de communes dont le maillage recoupe des zones rurales, on peut imaginer des systèmes faisant appel aux nouvelles technologies pour rétablir une économie circulaire où les déchets alimentaires sortent de la ville et sont valorisés pour la production d’énergie ou agricole. Les citoyens participeraient à cette valorisation grâce aux objets connectés qui permettent de limiter le gaspillage domestique.

 

Marie-Noëlle Delaby

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