par Elsa Casalegno
par Elsa Casalegno
Après deux années perturbées par des aléas climatiques, la récolte d’olives est de nouveau abondante. Mais dans les rayons des supermarchés, les bouteilles d’huile d’olive vierge extra restent à des tarifs élevés, au détriment du pouvoir d’achat des consommateurs.
« Depuis deux ans, Puget passe des baisses de prix [de vente à ses clients distributeurs], mais en rayon, les tarifs des bouteilles d’huile d’olive vierge extra ne baissent pas », reproche Cynthia Riblet, directrice marketing de la marque. Traduction : la grande distribution préfère conserver la marge supplémentaire, permise par un reflux des cours de l’huile, au lieu de répercuter le prix sur les consommateurs. Et aujourd’hui, « les Français paient leur huile près de 20 % plus cher que leurs voisins européens », estime Cynthia Riblet.
Fort de sa position de leader de l’huile d’olive en France, Puget (propriété de Lesieur, filiale du groupe Avril) a donc décidé de monter au créneau en dénonçant l’écart entre le prix auquel il recommande de vendre ses produits, et celui qui est effectivement appliqué par la grande distribution, cette dernière restant libre de fixer ses tarifs : « Il y a près de 1,50 € d’écart au litre entre le prix de vente conseillé, et ce que nous observons en rayon », note la directrice marketing.
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Un choix qui se fait aux dépens des consommateurs donc, mais aussi des marques moyen et haut de gamme, à l’instar de Puget, qui perdent des parts de marché au profit d’huiles moins onéreuses. La marque note qu’elle peut perdre 10 à 15 % de ses clients sur certaines références quand le prix de sa bouteille dépasse 10 €.
Depuis quatre ans, le marché mondial de l’huile d’olive est chahuté par les conditions climatiques difficiles du pourtour méditerranéen, où se concentrent les principaux producteurs d’olives. En 2022 et 2023, des épisodes de forte sécheresse ont affecté l’Espagne, premier producteur mondial (40 % des volumes mondiaux et deux tiers des volumes européens), mais aussi la Tunisie, principal fournisseur d’huile d’olive bio.
Les récoltes d’olives de 2022-2023 et 2023-2024 (qui ont lieu en hiver, entre novembre et mars) ont été fortement affectées, avec des tonnages en fort recul et une qualité moindre, qui a valu de sévères déclassements à plusieurs références lors de notre dernier test d’huiles d’olive.
L’Espagne a carrément vu ses volumes de production s’effondrer de moitié en 2022-2023 par rapport à l’année précédente, et ceux-ci sont restés encore inférieurs de 40 % en 2023-2024. Or, ce pays donnant le « la » au marché mondial, les cotations d’huile d’olive vierge extra ont plus que doublé en un an, entre 2022 et 2023.
Cette hausse s’est répercutée jusqu’au consommateur final. Le prix d’une bouteille d’huile d’olive vierge extra, qui tournait autour de 8 € le litre en 2022, a grimpé à environ 10 € en 2023, puis 12,60 € en 2024. « Depuis, il n’a que très légèrement baissé, passant à 11,69 € en 2025 », indique Cynthia Riblet.
Que Choisir a procédé à ses propres relevés des principales marques nationales et de distributeurs disponibles en grandes surfaces. Les marques nationales atteignent en moyenne 18,50 € le litre ce mois de juillet, alors qu’elles affichaient 13,90 € quatre ans plus tôt, soit une hausse de 33 %. Du côté des marques de distributeurs, si le montant reste moins élevé, à 12,80 € le litre contre 8,40 € en juillet 2022, la hausse est encore plus importante : +52 % ! Elles avaient légèrement reflué après un maximum atteint à l’été 2024, avant de repartir à la hausse depuis le début de cette année.
Pourtant, les deux dernières récoltes (des hivers 2024-2025 et 2025-2026) ont été bonnes, en quantité comme en qualité – même si l’Espagne, la Grèce et le Portugal ont de nouveau souffert de conditions climatiques chaotiques. Nous aurions donc dû retrouver en rayon des bouteilles meilleur marché, si tous les acteurs de la filière jouaient le jeu de répercuter jusqu’au consommateur non seulement les hausses des cours de matières premières agricoles, mais aussi leurs baisses !

L’huile déclassée vierge (et non vierge extra), bien que de moindre qualité organoleptique, reste tout à fait consommable, en particulier pour la cuisson des aliments. Si d’autres pays la commercialisent de longue date, ce n’était pas le cas en France, ou alors en mélange d’huiles ou incorporée dans des recettes. Lesieur compte combler ce manque : la marque a lancé au printemps une huile d’olive vierge, vendue à un prix inférieur à la vierge extra.
Elsa Casalegno
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