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Matchas : alerte à l’aluminium (vidéo)

Elsa Casalegno
LDS

par Elsa Casalegno, Lauryne Dos Santos

Une belle couleur vert vif, idéale pour des images à poster sur les réseaux sociaux, et une réputation de boisson santé : il n’en fallait pas plus pour propulser le matcha parmi les breuvages tendance. Mais sa réputation est-elle légitime ? Pour le vérifier, Que Choisir a analysé 7 références de différents prix, de qualité variable, et les résultats sont alarmants : toutes sont contaminées par de l’aluminium, et certaines explosent les seuils recommandés.

Presque quatre fois la valeur de référence en une seule tasse ! C’est dire si certains des matchas testés par Que Choisir sont contaminés par l’aluminium. Parmi les 7 références de notre panel, toutes en contiennent, dont 4 excèdent la valeur de référence fixée par l’Agence nationale de sécurité sanitaire (Anses) (1).

Les doses potentiellement apportées par une consommation régulière de cette boisson s’avèrent non négligeables. Or, ce métal est neurotoxique à doses chroniques élevées. Nos résultats sont donc préoccupants.  

Pour autant, aucun de ces produits ne contrevient à la réglementation. En effet, malgré le risque sanitaire, l’Union européenne (UE) n’a, étonnamment, pas défini de teneur maximale réglementaire pour l’aluminium dans les aliments et les boissons, pourtant les principales sources d’apport.

L’Anses et son alter ego européenne, l’Efsa, ont néanmoins établi des limites qu’il est recommandé de ne pas dépasser. Depuis 2008, l’Efsa se base sur une valeur toxicologique de référence (VTR) de 143 microgrammes d’aluminium par kilo de poids corporel et par jour.

En 2025, l’Anses a fixé une VTR de 40 microgrammes par kilo et par jour. Un seuil 3,5 fois plus strict... Or, 39 % des adultes la dépassent, selon son étude de l’alimentation totale (EAT), qui a pour objet de surveiller l'exposition des populations aux substances chimiques présentes dans les aliments, publiée en 2026. L’Anses évoque d’ailleurs « un risque lié à cette exposition » et appelle à « poursuivre les efforts afin de réduire les concentrations en aluminium ».

Feuilles de thé réduites en poudre intégralement ingérées

Mais pourquoi, alors que la consommation de thé vert ne pose pas de souci particulier, celle de matcha peut s’avérer problématique ? L’aluminium est un métal naturellement présent dans les roches terrestres, et il est particulièrement abondant dans les sols volcaniques, sur lesquels se concentre justement la culture du théier, au Japon et en Chine.

Si les feuilles de l’arbre elles-mêmes contiennent de ce métal, le mode de préparation de la boisson est déterminant. Le thé vert est infusé. Or, l’aluminium ne se dissout pas, ou très peu, dans l’eau chaude.

En revanche, le matcha est consommé en intégralité. Il est élaboré à partir de feuilles de tencha (voir encadré) finement broyées, puis mélangées à de l’eau chaude – dans la recette traditionnelle ‒ ou du lait (animal ou végétal) ‒ la version latte à la mode.

Dans les deux cas, les feuilles de thé réduites en poudre sont intégralement ingérées, contrairement à une infusion. Et c’est à double tranchant : si les antioxydants et les stimulants contenus dans les feuilles sont absorbés en totalité, les contaminants – en particulier l’aluminium ‒ le sont aussi.

Il serait donc temps, pour les amateurs, de lever le pied sur les matchas latte ou les cookies au matcha. Pour autant, toutes les références de notre test ne se valent pas au niveau de l’ampleur de la contamination. Globalement, les moins chères sont les pires sur la plupart de nos critères.

Malgré cette alerte, les matchas peuvent pourtant afficher des promesses telles que des « propriétés stimulantes et tonifiantes », une « résistance à la fatigue physique et mentale », un « système immunitaire renforcé », en toute légalité.

En effet, alors qu’aucune allégation de santé (2) n’est autorisée à ce jour dans l’UE pour les thés et les matchas, ils bénéficient d’une regrettable mansuétude de la réglementation européenne : des mentions « en attente » d’évaluation par l’Agence sanitaire européenne peuvent être utilisées, sans avoir à signaler cette situation transitoire, et sans préjuger d’une réponse positive ou négative…

Un thé d’ombre

Le tencha, le type de thé utilisé pour fabriquer le matcha, est produit selon un mode de culture très spécifique : 20 à 30 jours avant la récolte, les théiers sont recouverts de bâches pour occulter le soleil. Afin de compenser la faible luminosité, leurs feuilles synthétisent davantage de chlorophylle, un pigment leur donnant une couleur vert vif.

Elles possèdent également une teneur élevée en L-théanine, un acide aminé favorisant une stimulation prolongée sans pic de fatigue, et à l’origine du goût umami.

Comparatif

Matchas

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(1) Dans les conditions d'une personne de 70 kg buvant une tasse par jour.
(2) Les allégations santé sur les aliments sont strictement encadrées par le règlement européen (CE) n° 1924/2006.

LDS

Lauryne Dos Santos

Rédactrice technique

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