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Matériel médical d'occasionPourquoi la seconde main peine à séduire

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par Adeline Lorence

Acheter un fauteuil roulant ou un lit médicalisé deux fois moins cher, en lui donnant une seconde vie, l'idée est séduisante. Même s'il est déjà possible de se procurer du matériel médical de seconde main, de nombreux freins bloquent encore le développement de ce secteur, privant les patients de réelles économies.

​​​​​L'essentiel

  • Une liste officielle du matériel médical pouvant être revendu en seconde main vient d'être publiée.
  • Cette possibilité permet de faire des économies et un geste pour la planète.
  • Faute de précisions sur le remboursement de ces dispositifs médicaux, pour le moment la mesure est difficilement applicable.

​​​​​​La seconde main ne se limite pas à l’électroménager, aux vêtements ou à l'automobile. Le matériel médical peut aussi être réutilisé après avoir été stérilisé et remis en bon état. Un geste pour la planète, sachant que, d'après l'Agence de la transition écologique (Ademe), 30 à 40 % du matériel médical est abandonné ou jeté à la déchetterie alors qu'il pourrait encore servir. Fauteuils roulants, lits médicalisés ou encore béquilles peuvent être reconditionnés, en suivant une procédure stricte, puis revendus à moindre coût.

Depuis plusieurs années, des entreprises se sont spécialisées dans ce secteur, comme le réseau Envie autonomie. Cette dernière assure le suivi du matériel, de son dépôt à sa remise en service. « En moyenne, le matériel de santé de seconde main, c'est 50 % du prix neuf et, dans notre réseau, il est garanti deux ans », souligne Vincent Godebout, directeur général du réseau Envie autonomie.

Pour les particuliers, les économies peuvent être significatives. Une canne-siège pliable reconditionnée coûte autour de 20 €, contre 40 € à 50 € neuve. Un lit médicalisé dépasse souvent les 1 000 € à l'achat, alors qu'un modèle reconditionné tourne plutôt autour de 750 €.

Des économies intéressantes... mais pas pour tous les matériels

Le potentiel économique de la seconde main varie toutefois fortement selon les équipements. « Pour les déambulateurs, les soulève-malades ou encore les fauteuils coquille, cela peut être intéressant financièrement », estime Yorick Berger, pharmacien et porte-parole de la FSPF, Fédération des syndicats pharmaceutiques de France.

En revanche, pour les équipements peu chers et bien pris en charge, le gain paraît limité. « Une canne anglaise coûte 12,24 € et il n'y a quasiment pas de reste à charge pour le patient. Si l'on prend en compte le temps qu'il faut pour la nettoyer et la réparer, je ne suis pas sûr que l'achat de seconde main soit judicieux », juge le pharmacien.

Même constat pour certains dispositifs peu coûteux et difficiles à remettre en état comme les ceintures lombaires et les colliers cervicaux. « Il y a de la mousse à l'intérieur qu'il faut laver et qui peut s'affaisser après de nombreuses utilisations. Je doute que cette réutilisation soit rentable écologiquement et économiquement », regrette le pharmacien.

Le flou sur les modalités de prise en charge

Le frein au développement de la seconde main est aussi réglementaire. Déjà, pendant des années, les professionnels attendaient une liste claire du matériel de santé pouvant être réemployé. Elle a finalement été publiée le 4 mars dernier au Journal officiel (1). Mais une interrogation demeure : ces dispositifs seront-ils mieux pris en charge par l'assurance maladie ? Pour le moment, aucun barème clair n'a été publié, ce qui empêche par exemple les pharmaciens de revendre certains matériels comme les minerves.

Pire, ce manque de décision peut parfois rendre le neuf plus intéressant que le reconditionné. « Alors que désormais, les fauteuils roulants neufs doivent être remboursés à 100 %, les délais pour en obtenir sont de plus en plus longs. Il serait possible d'avoir un fauteuil remis en bon état d'usage, mais pour le moment il n'est pas remboursé », regrette Vincent Godebout. Résultat, parmi le matériel médical proposé par Envie autonomie, seul celui en location peut être pris en charge en partie par la Sécurité sociale. Pour celui vendu, il n'y a aucun remboursement pour le moment.

→ Lire aussi : Fauteuils roulants - Après les ratés du remboursement à 100 %, le gouvernement revoit sa copie

Des fauteuils roulants de seconde main bientôt remboursés ?

Pour éviter que cette situation ne perdure, les niveaux de remboursement devraient être connus en priorité pour les fauteuils roulants de seconde main. Des discussions sont en cours, mais les pouvoirs publics et les professionnels du secteur peinent à s'entendre sur les prix.

« Ce n’est pas parce qu’un dispositif est de seconde main qu’il peut être revendu à un prix nettement inférieur au neuf. Le fauteuil roulant doit être collecté, nettoyé et désinfecté, éventuellement réparé avec des pièces détachées achetées au fabricant, puis stocké et livré », prévient l'UNPDM, le Syndicat des prestataires de dispositifs médicaux.

Pour rendre la seconde main intéressante, certaines pistes commencent toutefois à émerger. « Par exemple pour les personnes qui ont besoin d'un deuxième fauteuil, on pourrait dire qu'il doit obligatoirement être de seconde main », estime une professionnelle du secteur. Mais tant que les règles de remboursement resteront floues et les économies limitées sur certains produits, les particuliers risquent de continuer à privilégier le neuf.

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(1) La liste comprend 14 catégories de matériels médicaux. On y trouve par exemple les lits médicalisés, les cannes et béquilles, les déambulateurs, les appareils destinés au soulèvement du malade ou encore certaines aides visuelles et auditives. 

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Adeline Lorence

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