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Nanomatériaux

Une nouvelle définition moins protectrice pour les consommateurs

Les nanomatériaux envahissent désormais notre quotidien : ils sont utilisés dans les cosmétiques, les médicaments, les pneus, l’électronique, les plastiques, les peintures, vernis et solvants, etc. Or, leurs dimensions nanométriques leur confèrent des propriétés spécifiques parfois mal connues, donc mal évaluées. La dernière tentative de la Commission européenne d’encadrer ces produits ne comble pas cette défaillance.

Que Choisir a déjà évoqué à de nombreuses reprises les risques de ces matériaux de taille moléculaire pour la santé et l’environnement. D’où l’importance de les évaluer correctement, et pour cela de clairement expliciter ce qu’est un « nanomatériau ». Or, sa définition varie d’un règlement européen à l’autre. La Commission européenne en a proposé une nouvelle mouture en juin 2022, mais l’Agence nationale de sécurité sanitaire de l’alimentation, de l’environnement et du travail (Anses) la juge « trop restrictive » et source de « confusion ».

S’appuyant sur une étude publiée le 17 mai, l’Anses estime en effet que la nouvelle réglementation européenne tend à « restreindre le nombre et la nature des objets qui seront considérés comme [des nanomatériaux] » et qu’elle pourrait donc « conduire à une régression en matière de protection des populations et de l’environnement », en excluant de nombreux nouveaux matériaux. Elle risque en particulier de faire l’impasse sur des objets comme les « nanovecteurs de type micellaire » (vésicules, liposomes, particules lipidiques, etc.), destinés à transporter des substances d’intérêt en médecine, en nutrition ou en agriculture.

Ces débats autour de la définition d’un nanomatériau, qui se prolongent depuis une décennie, freinent malheureusement la phase concrète de gestion des risques. L’Anses appelle donc les autorités françaises à revoir la définition d’un nanomatériau, afin de mieux encadrer son utilisation dans les produits du quotidien.

Dioxyde de titane : il passe directement de la bouche au sang

Le dioxyde de titane, ou E171, est interdit dans l’alimentation depuis 2020 en France, et depuis 2022 en Europe. Sage décision, cet additif pouvant provoquer l’apparition de cellules précancéreuses dans le côlon, entre autres. On sait déjà que, une fois ingérées, les nanoparticules de dioxyde de titane s’accumulent dans le foie et la rate après leur absorption par l’intestin, mais aussi dans le placenta, contaminant alors le fœtus. Selon une nouvelle étude de l’Institut national de recherche pour l’agriculture, l’alimentation et l’environnement (Inrae), publiée le 17 mai, il existe une autre voie de passage, encore plus rapide : « les nanoparticules qui composent l’E171 peuvent passer directement [dans le sang] par les muqueuses de la bouche ». Si l’exposition par l’alimentation n’est plus d’actualité, du moins en Europe, ce n’est pas le cas pour les médicaments et les produits cosmétiques, en particulier les dentifrices, pour lesquels l’E171 n’est pas proscrit. L’Inrae estime qu’il faudrait donc prendre en compte cette voie d’absorption par la bouche lors des évaluations des risques pour ces catégories de produits. D’autant qu’une autre étude récente de l’Institut, publiée en avril, souligne que le dioxyde de titane perturbe le fonctionnement du microbiote et celui du système immunitaire. Elle suggère que ces troubles du métabolisme peuvent être à l’origine de pathologies comme l’obésité et le diabète de type 2

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