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Superprofits pétroliers : quand des pays européens décident de taxer les compagnies pétrolières

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par Arnaud Murati

Plusieurs pays d’Europe agissent directement auprès des raffineurs pour récupérer une partie de l’incroyable manne financière générée par l’envolée des prix à la pompe. L’exécutif français, quant à lui, joue la montre.

Les décisions s’enchaînent et se ressemblent. En République tchèque, les sociétés qui raffinent du pétrole seront très prochainement soumises à une taxe exceptionnelle sur leurs profits, selon une annonce du gouvernement effectuée le 22 septembre dernier.

Au 30 juillet, le Portugal avait déjà signifié une volonté similaire, en dévoilant le projet de récupérer 33 % des « superprofits » des pétroliers si ces derniers présentent des résultats financiers 2026 supérieurs de 20 % à ceux de 2024 et de 2025. En Allemagne, en Italie aussi, le débat fait rage sur l’opportunité ou non de taxer les compagnies pétrolières.

Il faut dire que les bénéfices réalisés dans le secteur du pétrole à l’heure actuelle sont vertigineux. En France, selon le dernier relevé publié par le ministère de la Transition écologique, la marge brute de raffinage sur brent (le baril de pétrole brut) est passée de 78 € la tonne au 29 septembre 2025 à 242 € un an plus tard. Soit une augmentation de 210,2 % au niveau mensuel. Sur les 9 mois écoulés cette année, la marge de raffinage atteint 150 €, soit une multiplication par trois de ce qu’elle était l’an passé !

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La marge de transport-distribution (différence entre le prix du litre de carburant en sortie de raffinerie et le prix payé à la pompe) n’a cependant pas suivi la même trajectoire. Si celle-ci se révèle à la baisse en septembre 2026 pour le SP95-E10, c’est tout l’inverse pour ce qui concerne le gazole : +26,6 % sur un an, sachant que le gazole représente environ 67 % des volumes de carburants routiers consommés dans l’Hexagone.

Ces très confortables marges sont à nouveau réalisées par les compagnies pétrolières lors de situations de crise. Elles résultent en effet de l’attaque américaine sur l’Iran au cours de l’hiver dernier, qui a totalement désorganisé le trafic maritime. Le pétrole a du mal à arriver jusqu’en Europe, ce qui provoque une hausse des prix à la pompe dont l’ampleur s’avère inédite.

Des millions aux milliards de profits

Ainsi Glencore, géant mondial des matières premières, fait aussi commerce du pétrole brut et des produits raffinés que sont le gazole ou le sans-plomb. Selon son bilan semestriel arrêté au 30 juin, l’activité de commerce de ces produits, qui inclut aussi la vente de charbon de coke, a vu son résultat opérationnel (EBIT) progresser de… 6 650 %, en passant de 40 millions de dollars à 2,66 milliards de dollars.

Son concurrent sur les marchés mondiaux de l’énergie, Trafigura, n’est pas en reste. La société ne publie pas le détail de ses activités, mais son profit global est suffisamment parlant : 4,1 milliards de dollars de résultat net arrêté au 31 mars dernier, soit un triplement des bénéfices par rapport à la même période en 2025 !

Recettes de TotalEnergies sur un an : de 690 millions à 3,39 milliards de dollars

Les comptes du pétrolier français TotalEnergies ne disent pas autre chose. Le rapport financier du 1er semestre 2026 salue la capacité du secteur raffinage-chimie « à pleinement capter la hausse des marges de raffinage et de pétrochimie » : celui-ci a, en effet, vu ses recettes multipliées par 4,9 sur un an, en passant de 690 millions de dollars à 3,39 milliards de dollars.

Le résultat net semestriel de TotalEnergies ressort à 11,4 milliards de dollars, en hausse de 47 %. Et la compagnie pétrolière compte bien profiter de sa méga-forme financière pour rajouter des bénéfices aux profits.

Le 28 septembre 2026, le groupe a fait savoir que « le conseil d’administration s’engage pour une augmentation du dividende de plus de 5 % par an jusqu’en 2030 » et qu’il procèdera à des rachats d’actions pour l’équivalent de 2,5 milliards de dollars au 4e trimestre 2026 et une somme plus ou moins équivalente au 1er trimestre 2027.

TotalEnergies avait déjà racheté pour 7,5 milliards de dollars de ses propres actions en 2025. Pourquoi une telle frénésie ? En réduisant le nombre d’actions en circulation, elle fait tout simplement augmenter le montant du dividende par action.

→ Lire aussi : Prix du carburant - Comment se fixe le prix à la pompe

Quelques parlementaires français ont pris la mesure de la situation actuelle. Bien des questions écrites au gouvernement portent en ce moment sur l’envolée des prix à la pompe comme sur l’opportunité d’une taxation exceptionnelle des pétroliers.

Mais d’après un communiqué de l’exécutif, il serait urgent… de ne rien faire : « À date du 20 septembre, le gouvernement observe qu’en moyenne […], les marges brutes de transport-distribution sont estimées équivalentes à celles pratiquées avant-crise. »

Peut-être que les conclusions de la « mission flash » dont viennent d’être chargés deux députés sur « les causes et les conséquences pour l’économie française de l’augmentation des prix des produits pétroliers » serviront de support de réflexion à l’exécutif…

Une taxe sur les superprofits, pour quoi faire ?

Selon les estimations de l’ONG Transport & Environnement, une taxe sur les profits exceptionnels réalisés dans les secteurs de l’extraction et du raffinage pourrait générer plus de 3 milliards d’euros de recettes. Ces recettes pourraient être utilisées :

  • À court terme, pour financer des aides d'urgence destinées aux ménages les plus exposés à la hausse des prix des carburants. La moitié des recettes permettrait ainsi de doubler l'enveloppe actuellement allouée aux dispositifs de soutien (environ 1,4 milliard d’euros).
  • À plus long terme, l'autre moitié pourrait être consacrée au financement de solutions permettant de réduire durablement la dépendance aux carburants fossiles (développement du leasing social pour les véhicules électriques, renforcement des aides à l'acquisition de véhicules électriques, accompagnement de la transition énergétique des ménages…).
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Arnaud Murati

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