par Anne-Sophie Bedel
Lave-linge connectésQue valent-ils vraiment ?
Pilotage à distance, programmes intelligents, diagnostics automatiques… Les lave-linge connectés promettent une lessive plus simple, plus économique et plus performante. Mais derrière ces discours marketing bien rodés, que gagnent réellement les consommateurs ?
Si la connectivité a envahi l’électroménager, les lave-linge n’échappent pas à cette tendance, tous segments confondus. De l’entrée de gamme aux modèles premium dépassant les 1 000 € (par exemple les Miele WWG660 et Bosch WGB24400FR), les machines à laver connectées se multiplient. Pourtant, ces options high-tech n’apportent aucun gain tangible, ni en efficacité de lavage ni en durabilité des appareils.

Un confort d’usage au prix fort
Dans les faits, les bénéfices relèvent surtout du confort : conseils d’entretien, programmation et lancement à distance, notifications en fin de cycle, alertes d’entretien, voire intégration à un système de domotique... Des fonctionnalités appréciables certes, mais loin d’être indispensables pour la majorité des foyers.
D’autant que beaucoup existent déjà sur les modèles non connectés, sous d’autres formes : départ différé, programmes automatiques, voyants d’alerte. Et surtout, aucune application ne remplace le geste le plus chronophage : celui de charger et décharger le tambour. En d’autres termes, s’il peut s’avérer pratique, le pilotage à distance ne fait donc pas réellement gagner de temps.
Des lave-linge connectés mais contraignants
À ces bénéfices limités, la connectivité apporte en revanche de nouvelles contraintes : application indispensable, création d’un compte, partage de données personnelles, dépendance au wi-fi et au smartphone. Sans compter les problèmes techniques fréquents : paramétrage initial laborieux, connexions instables, ergonomie inégale selon les marques.
Plus préoccupant, la question de la pérennité des services. Les fabricants ne s’engagent sur aucune durée de maintenance des applications, ni en matière de sécurité ni de fonctionnalités, avec un risque d’abandon des mises à jour avant la fin de vie de l’appareil. Un scénario loin d’être théorique pour des appareils censés durer 10 ans ou plus.
Aucune preuve de gains sur la performance ou la longévité
Ce manque de garanties est d’autant plus difficile à justifier que les bénéfices annoncés ne sont pas au rendez-vous. Rien ne permet d’affirmer que la connectivité améliore la qualité de lavage, la fiabilité ou la durée de vie des appareils. Les économies d’eau ou d’énergie annoncées restent, elles aussi, largement théoriques. En pratique, les performances dépendent avant tout de la conception mécanique, de la qualité des programmes et du respect des bonnes pratiques d’utilisation, que la machine soit connectée ou non. Autrement dit, la technologie embarquée ne change rien à l’essentiel, mais elle ajoute en revanche de nouveaux risques.
Sécurité et données personnelles, un angle encore sous-estimé
Comme tout objet connecté, le lave-linge s’expose aux enjeux de cybersécurité. Données d’usage, habitudes de lavage, horaires : autant d’informations potentiellement collectées, avec des niveaux de protection très variables selon les fabricants. Un sujet encore largement sous-estimé, alors même que ces appareils s’installent durablement dans le quotidien des foyers.
| Fonction | Promesse des fabricants | Réalité constatée à l’usage |
| Pilotage à distance | Programmer un lavage depuis son smartphone | Le linge doit toujours être chargé et déchargé manuellement |
| Programmes additionnels | Cycles spécifiques | Utilité difficile à évaluer car on ne connaît pas les cycles additionnels proposés dès l’achat |
| Notifications de fin de cycle | Éviter le linge oublié dans le tambour | Fonction pratique mais non indispensable |
| Fiabilité de l’appareil | Maintenance prédictive et diagnostics intelligents | Gain par rapport aux modèles non connectés difficile à évaluer |
Pour qui la connectivité d’un lave-linge a-t-elle un intérêt ?
Les machines à laver connectées peuvent néanmoins trouver leur public, notamment parmi les utilisateurs déjà équipés d’un système domotique, les foyers désireux de suivre avec précision leurs cycles de lavage, ou encore les consommateurs à l’aise avec les applications et le numérique. Pour les autres, en revanche, l’intérêt reste limité, voire superflu.
Les lave-linge connectés reflètent une tendance clair de l’électroménager : toujours plus de technologie, pour des bénéfices parfois discutables. Avant de céder aux promesses alléchantes des fabricants, il est essentiel de s’interroger sur l’utilité réelle de ces fonctions au quotidien. Car si ces dernières apportent un confort d’usage, celui-ci est souvent marginal, pour un surcoût rarement compensé. En clair, la connectivité ne doit néanmoins jamais faire oublier les critères essentiels d’un lave-linge : qualité de lavage, rinçage et essorage, consommation réelle d’eau et d’électricité, fiabilité et réparabilité. Dans la majorité des cas, mieux vaut donc privilégier un modèle classique bien noté lors de nos tests que de payer plus pour une connectivité dont on se servira peu.
Anne-Sophie Bedel