Mutuelles santé

Que valent les comparateurs de complémentaires santé ?

Publié le : 05/10/2015 

Les comparateurs d’assurances santé foisonnent sur Internet. Malgré leurs promesses, ils sont loin d’être exhaustifs. Qui plus est, certaines informations sont biaisées. Enquête dans le monde très particulier des comparateurs de mutuelles santé.

 
SOMMAIRE

 

Que valent les comparateurs de complémentaires santé ?

En quelques années, les comparateurs d’assurance sur Internet sont devenus incontournables. Selon le Gema (Groupement des entreprises mutuelles d’assurance), près d’un tiers des devis d’assurances, tous secteurs confondus (auto, habitation, santé…) seraient aujourd’hui effectués sur un comparateur. Et tous promettent de vous aider à trouver facilement, rapidement et gratuitement un contrat moins cher. Si l’assurance auto est de loin le produit qui suscite le plus d’intérêt, la complémentaire santé n’est pas en reste. Car non seulement les tarifs dépendent étroitement des niveaux de garanties choisis, donc des remboursements de soins qu’il sera possible d’obtenir, mais ils doivent aussi être conjugués avec le « profil de risque » précis de chaque internaute : un senior habitant à la même adresse qu’un étudiant paiera beaucoup plus cher son assurance santé du fait de son âge. Et s’il veut garantir en plus son conjoint ou des enfants, là encore, le tarif va être orienté à la hausse. Une telle complexité fait l’affaire des comparateurs.

Un effort de transparence pas toujours suivi d’effets

De plus en plus nombreux, les comparateurs affiliés aux assureurs sont depuis quelques années dans le viseur du CCSF (Comité consultatif du secteur financier). Cette instance, sous l’égide de la Banque de France, a rendu il y a deux ans un avis spécifique visant les comparateurs d’assurances complémentaires santé. Cet avis fait office de charte de bonne conduite : 6 comparateurs (devismutuelle.com, hyperassur.com, lecomparateurassurance.com, lelynx.fr, mutuelle-conseil.com et mutuelle.fr) l'ont signé en 2013 et aucun autre comparateur n'est venu s’ajouter depuis (1). De fait, les signataires ont fait un peu de ménage sur leur site et délivrent désormais une information plus claire sur les liens économiques, y compris capitalistiques, qui peuvent les lier à une entreprise ou à un intermédiaire d’assurances dont ils présentent l’offre. Par exemple, lelynx.fr affiche sans ambiguïté ses liens de parenté avec le groupe anglais d’assurances Admiral, présent sur son site (et sur d’autres) au travers de la marque l’Olivier Assurances.

Les comparateurs non-signataires de la charte, en revanche, ne jouent pas cette carte de la transparence. Ainsi assurland.com n’indique en rien dans sa rubrique « Qui sommes-nous ? », son statut de filiale à 100 % de Covéa (groupe mutualiste qui rassemble la GMF, MMA et Maaf) ! De là à supposer que ce comparateur puisse davantage mettre en avant les offres de sa maison mère, présentes sur son site, il n’y a qu’un pas, même si son directeur général s’en défend.

L’art d’être plus gros

Malgré ces efforts, le chemin vers une communication au-dessus de tout soupçon est encore long, y compris pour certains signataires de la charte. La surenchère dans les offres en fait partie. Mutuelle.meilleurdevisfrance.fr ou meilleur-devis-mutuelle.fr disent comparer « plus de 1 000 mutuelles » et santiane.fr, pas moins de « 400 contrats santé et prévoyance ». En réalité, ces sites ne disposent pas d’offres plus nombreuses que la concurrence. Ils ne comparent pas plusieurs centaines de contrats différents, mais ils transforment les différentes formules ou combinaisons d’un même contrat (prise en charge du seul tiers payant ou au contraire prise en charge à hauteur de 150 % ou de 300 % des consultations par exemple) en autant de contrats différents ! Biaiser la réalité leur permet d’apparaître aux yeux des internautes comme des comparateurs plus exhaustifs, donc a priori plus intéressants, voire plus fiables que les autres. Partout, cette technique fait florès. Chez hyperassur.com ou chez lelynx.fr par exemple, on peut lire que la comparaison va s’effectuer à raison de « plus de 100 formules santé comparées » ou de « plus de 300 devis mutuelle santé ». Mais plus loin, les noms des assureurs santé « partenaires » n’excèdent pas 13 (au 1er juin 2015) ! Même constat pour lesfurets.com (2) qui communique sur des « centaines d’offres d’assurance » alors que ce comparateur ne compte que 19 partenaires santé (au 1er juin 2015).

Les grands noms de la mutuelle bien souvent absents des comparateurs

Passé ce subterfuge, les comparateurs offrent-ils un vrai choix de contrats et de sociétés d’assurances ? À y regarder de près, les listes des organismes assureurs partenaires des grands comparateurs ne sont pas représentatives du marché. Tout d’abord, ces listes ne comportent pas les grands noms des organismes complémentaires d’assurance santé, qu’il s’agisse de sociétés d’assurances comme Axa ou le groupe Crédit agricole assurances, de mutuelles comme la MGEN, Harmonie Mutuelle, de mutuelles d’assurances comme la Macif ou encore d’institutions de prévoyance comme Humanis ou Malakoff Médéric… Tout simplement parce que ces entités ne souhaitent pas déstabiliser leurs réseaux de distribution traditionnels (agents, salariés, courtiers). Ils ne souhaitent pas non plus que leurs contrats soient assimilés à des produits low cost qui pourraient venir à terme écorner leur image de marque. Et lorsqu’ils « acceptent » d’être référencés sur les comparateurs, c’est au travers de leurs filiales spécialisées dans la vente en direct (comme Direct Assurances pour Axa ou Amaguiz pour Groupama). Résultat : mis à part quelques sociétés de renom, seuls sont présents des assureurs ou des mutuelles de moindre envergure, peu ou pas connus du grand public et en recherche de visibilité, de grandes et de petites sociétés de courtage (April, AssurOnline, Carrefour, Samassur….) et, depuis peu, de rares institutions de prévoyance (AG2R La Mondiale, Réunica…).

De plus, ces listes se ressemblent étrangement, tous comparateurs confondus. Sur lesfurets.com et lelynx.fr par exemple, on retrouve des partenaires identiques : les courtiers Carrefour et AcommeAssure, la compagnie AllSecur dédiée à la distribution en direct du groupe Allianz, ainsi que les mutuelles Miltis, MGC et Smatis France… Sachant que cette liste de partenaires est limitée en nombre, on est donc bien loin d’une réelle représentativité du marché prônée ou suggérée par la plupart des comparateurs.

Enfin, dernier élément expliquant le manque d’exhaustivité des comparateurs : les assureurs partenaires mettent régulièrement en place des filtres pour n’apparaître que sur les profils qui les intéressent. Ainsi, depuis début 2015, « certains assureurs sont devenus plus réticents à tarifer les salariés, car avec l’entrée en vigueur de l’ANI (généralisation des contrats de groupe pour tous les salariés, ndlr) début 2016, ils savent que ces contrats individuels ne dureront pas », reconnaît Stanislas di Vittorio, directeur général d’assurland.com. De fait, d’ici à la fin de l’année, une personne salariée ou en intérim ne recevra que très peu de propositions d’assurance complémentaire santé, loin des dizaines plus ou moins promises. A contrario, une personne qui part à la retraite et qui renonce à son contrat d’entreprise pour un contrat individuel ou un senior qui cherche simplement à changer de contrat santé individuel, recevra de multiples propositions tant son « profil » est considéré comme intéressant.

Des économies ? À voir

Quels qu’ils soient, les comparateurs affichent tous la même ambition : faire réaliser des économies aux internautes. « Jusqu’à… 45 % d’économies », promet par exemple acommeassure.com. Un chiffre qui résulte « d’études réalisées chaque année et tenues à disposition des personnes qui le souhaitent » à partir des tarifs communiqués par les 5 plus grands assureurs du marché (Axa, Allianz…), explique Roxane Delaware, chef de projet marketing. Certes, mais ce « résultat » ne concerne qu’un profil donné : celui d’un jeune couple avec enfants vivant en région parisienne et ne souhaitant qu’une couverture santé dans la moyenne. Il ne s’applique à pas d’autres profils (couple, femme seule avec enfants, seniors…), ni à d’autres segments de garanties (tiers payant, consultations remboursées jusqu’à 125 %, forfait optique annuel de 300 €…). Et ces « 45 % d’économies » ne sont pas le fruit du hasard. Il est en effet très facile de choisir quelques acteurs de référence relativement « chers » sur ce segment, puis de faire parler les chiffres…

Pour autant, peut-on acquérir une complémentaire santé à moindre coût sur les comparateurs ? Oui, sous réserve d’être vigilant. Parce que si les tarifs qu’un internaute peut recevoir par e-mail sont inférieurs à la cotisation qu’il paye à un moment donné, cela ne garantit en rien que le ou les contrats restitués par le comparateur comportent des garanties en tous points équivalentes à son contrat en cours ! Il est en effet facile de réduire le coût d'une complémentaire santé (et de toute autre assurance) en taillant dans les garanties. Car les comparateurs ne sont pas des faiseurs de prix moins chers : ce sont leurs assureurs partenaires qui communiquent ou pas, en temps réel, à chaque demande de devis, un tarif correspondant aux besoins exprimés. Tarif qui doit être strictement identique à celui que ce même internaute pourrait trouver sur leurs sites Web respectifs (les comparateurs signent des accords en ce sens).

Pour aider les internautes à y voir plus clair, les comparateurs ayant approuvé les dispositions du CCSF se sont engagés à restituer les tarifs, contenus et limites de garanties de façon explicite et à illustrer les conditions de remboursement par un ou plusieurs exemples chiffrés. Ils se sont aussi engagés à restituer toutes les offres obtenues, sans opérer une quelconque présélection ou mise en avant de certains contrats au détriment d’autres, ce qui est un vrai « plus », même si techniquement, personne n’est en mesure de le vérifier… Ce cadrage opéré par le CCSF est essentiel puisque les comparateurs sont rémunérés par leurs assureurs partenaires. Pour ceux qui mettent directement en contact avec un assureur (voir encadré ci-dessous), la commission est versée lors de l’envoi d’un « lead » ou contact commercial, avec « une moyenne de 20 € par contact environ », selon Diane Larramendy, directrice générale de lelynx.fr. Pour les courtiers, cette commission est plus importante et versée en deux temps : 100 € environ à la souscription (comme pour tout contrat d’assurances souscrit chez un courtier « physique ») suivis d’une commission lorsque le client renouvelle son contrat l’année suivante. Dans tous les cas, toujours pour les 6 signataires de l’avis du CCSF, l’internaute doit cocher une case spécifique s’il souhaite recevoir d’autres propositions commerciales. Le cas échéant, ses données personnelles peuvent être vendues à d’autres partenaires… ce qui constitue, là encore, à son détriment, une source de revenus pour les comparateurs !

 

Deux grandes familles de comparateurs

 

Même si tous les comparateurs de complémentaires santé se ressemblent, deux types coexistent.

 

Les premiers s’apparentent à une place de marché. Une fois les différents paramètres de choix renseignés par l’internaute, ces comparateurs délivrent les propositions qui leur parviennent, mais leur rôle s’arrête là. S’il le souhaite, l’internaute va s’adresser, par téléphone ou par e-mail, à l’assureur ou au courtier dont il a sélectionné la proposition. Dans cette catégorie on trouve des acteurs généralistes tels lelynx.fr, lesfurets.com, lecomparateurassurance.com, assurland.com et même tati-assurances.fr. On trouve aussi hyperassur.com, kelassur.com, misterassur.com et, de façon plus ciblée santé, mutuelle-land.com, mutuelle-conseil.com, silvermutuelle.comk, devismutuelle.com et toutes-les-mutuelles.org.

Ces sites ne cessent de se multiplier, au gré de niches marketing. Silvermutuelle.com est ainsi dédié aux plus de 50 ans. Et ils ne sont souvent que l’émanation d’une même société. Par exemple, mutuelle-land.com n’est qu’une déclinaison dédiée aux complémentaires santé d’assurland.com. Et les comparateurs mutuelle-conseil.com, devismutuelle.com et silvermutuelle.com ont été développés par le groupe Comparadise qui officie aussi dans la comparaison de crédits aux particuliers et d’assurance vie, et qui appartient à BlackFin Capital Partners, fonds français de capital investissement spécialisé dans les PME européennes de croissance du secteur financier.

Les seconds sont des courtiers en ligne. Leurs outils reflètent toutes les branches des assurances dommages et des assurances de personnes, l’assurance santé ne représentant souvent que 20 à 30 % de leur activité. Ils offrent un vrai service de courtage qui va jusqu’à la souscription du contrat, avec la possibilité d’obtenir un conseiller en ligne, sans numéro surtaxé. Pour se distinguer, ils se gratifient tous plus ou moins de « comparateur conseil ». Dans cette catégorie, on trouve de nombreux courtiers généralistes comme acommeassure.com, ag-conseil.fr, cplussur.com, assurpeople.com, libreassurances.fr, mais aussi des spécialistes de la santé comme sos-mutuelle-assurance.fr ou santiane.fr qui vient juste d’être racheté par le fonds  BlackFin Capital Partners.

Le comparateur de Que Choisir

En toute indépendance, Que Choisir propose un comparateur de complémentaires santé prenant en compte les offres de 72 prestataires (assurances, banques, organismes de prévoyance). En moins d’une minute, et selon 4 profils (étudiant, célibataire actif, famille avec 2 enfants et couple de retraités), vous aurez une évaluation des remboursements en fonction de la prime payée et leur détail pour 5 postes (médecin, médicaments, hôpital, frais dentaires et d’optique), ainsi que la capacité du contrat à évoluer en fonction des besoins du souscripteur.

Notre comparateur de mutuelles est consultable gratuitement jusqu’au 31 décembre 2015.

(1) Cette « charte » étant destinée exclusivement aux comparateurs affiliés à des assureurs, elle ne s’applique pas au comparateur de mutuelles santé proposé par Que Choisir.

(2) Cette société n’a pas souhaité nous répondre.

Roselyne Poznanski