Crème solaire Bien protéger sa peau du soleil

Crème solaire

Bien protéger sa peau du soleil

Le soleil, c’est bon pour le moral mais pas pour la peau. Sans la protection de vêtements couvrants et/ou d’une crème solaire efficace, l’exposition prolongée engendre des coups de soleil mais surtout, à long terme, des cancers de la peau (mélanomes, carcinomes) et un vieillissement cutané. Voici nos critères pour choisir la « bonne » crème solaire, c’est-à-dire celle qui convient le mieux à votre peau.

 

Pour quel indice opter ?

La réglementation a mis de l’ordre dans les allégations : il existe désormais quatre catégories de protection et huit indices, aussi appelés FPS (facteur de protection solaire). Les indices 6 et 10 correspondent à une protection « faible » ; à 15, 20 et 25, on passe à la protection « moyenne » ; la « haute protection » correspond aux indices 30 et 50 tandis qu’à 50+, on atteint la « très haute protection ». Les expressions telles que « écran total » ont été interdites car aucune crème ne filtre 100 % des rayons ultraviolets (UV) du soleil.

Hormis le cas particulier des enfants (voir ci-dessous), l’indice adapté dépend de votre type de peau : les plus élevés conviennent aux carnations très claires avec des yeux bleus ou verts et des cheveux blonds ou roux ; les peaux mates qui ne connaissent pas le coup de soleil se contenteront d’une faible protection. Tout cela est à nuancer selon le contexte : au ski, même les bruns ténébreux opteront pour un indice 50 alors que, pour une exposition de courte durée au printemps, les teints de porcelaine pourront se contenter d’un indice 10.

Pour choisir en connaissance de cause, rien de tel que de savoir à quoi correspondent réellement les indices. Ils reflètent la transmission à la peau des UV selon la formule : 1/indice. Avec une crème indice 6, la quantité d’UV transmise sera de 1/6, soit 16,6 % ; avec une crème d’indice 50, elle sera de 2 %. Il y a donc peu de différence entre les indices proches : 25 est considéré comme protection « moyenne » alors que la crème ne laisse passer que 4 % des UV, 30 entre dans la catégorie « haute protection » avec 3,33 % d’UV non filtrés.

Précisons que les UV considérés lorsqu’on calcule l’indice sont les UVB. Ce sont les plus « méchants » à court terme, les responsables des coups de soleil. Mais les UVA sont eux aussi redoutables : s’ils ne laissent pas de traces visibles, ils sont tout aussi impliqués dans la genèse des cancers cutanés. La réglementation impose donc depuis 2006 que les crèmes protègent contre les deux types d’UV, avec un rapport de 1 à 3 : une crème qui affiche un facteur de protection solaire (FPS) de 30 devra garantir une protection contre les UVA d’indice 10. Malheureusement, comme le montrent nos tests, la protection contre ces deux types d’UV n’est pas toujours conforme à l’indice affiché.

Appliquer souvent et généreusement

Si, d’ordinaire, nous incitons à la modération dans le domaine cosmétique, pour les produits solaires, c’est tout le contraire. Car la quantité appliquée influe considérablement sur la protection apportée. Pour calculer l’indice de protection d’une crème, les fabricants, et les laboratoires à qui nous confions nos analyses, se basent sur une norme qui prévoit l’application d’une quantité précise de produit : 2 mg/cm2 de peau. C’est un seuil en deçà duquel on ne peut pas descendre si on veut obtenir des résultats reproductibles. Pourtant, « dans la vraie vie », personne ou presque ne met cette dose. Selon les données disponibles, cela tourne plutôt autour de 0,5 mg/cm2.

Nous avons procédé à un test « maison » pour voir si ces données se confirmaient pour les plus jeunes, avec lesquels on est a priori plus vigilant. Une douzaine d’enfants de salariés de Que Choisir ont accepté de se faire tartiner de crème par leurs parents sans aucune contrepartie, telle que baignade ou jeux de plage ! Les résultats sont un peu meilleurs mais encore loin de la quantité théorique : 1 mg/cm2 en moyenne. Vu les différences entre les familles, nous avons calculé la médiane. Elle se situe à 0,75 mg/cm2, un chiffre proche des données connues. Or, la diminution de la protection n’est pas proportionnelle à celle de la dose. Si on n’applique que 1 mg/cm2 de peau d’une crème indice 50, au lieu de laisser passer 2 % des rayons UV (1), elle en laisse passer 14 % ; à 0,5 mg, 33 %. Alors, mettez de la crème généreusement et renouvelez régulièrement l’application, surtout après la baignade. 

Quelle crème choisir pour son enfant ?

Un bébé devrait être systématiquement couvert de vêtements légers, voire de vêtements anti-UV, d’un chapeau et laissé à l’ombre. Un principe qu’il est de moins en moins réaliste de vouloir appliquer à la lettre à mesure que l’enfant grandit. Il faut alors appliquer de la crème solaire régulièrement sur les parties du corps non recouvertes. L’indice choisi doit être le plus élevé possible, car l’exposition au soleil sans protection pendant l’enfance est un facteur de risque de cancer cutané à l’âge adulte.

Doit-on opter pour une crème solaire « spécial enfant » ? Certes, il y a une part de marketing dans les mentions relatives aux enfants qui sont souvent synonymes de prix à la hausse. Mais notre dernier test de crèmes solaires pour enfants nous a permis de constater que les allergènes étaient quasiment absents. Il semble donc que les fabricants veillent à proposer des formules plus sûres pour leurs gammes destinées aux plus petits. Bien sûr, une crème pour enfants peut sans inconvénients être utilisée par toute la famille. 

Que valent les crèmes solaires bio ?

L’intérêt des cahiers des charges bio est qu’ils excluent plusieurs composés indésirables ; en revanche, les cosmétiques biologiques ne sont pas, par principe, exempts d’allergènes. Au sein de la gamme « spécial enfants », les différences ne sautent pas aux yeux, du point de vue de la composition, entre les crèmes bio et les conventionnelles. Côté efficacité, les premières ont tendance à se distinguer par une protection anti-UVA insuffisante.

On a longtemps cru que les produits bio prenaient l’avantage concernant la préservation de l’environnement marin. En effet, les filtres chimiques, relargués dans la mer lorsque nous nous baignons, sont très toxiques pour les algues dont dépend la survie des coraux. Tourisme de masse et utilisation généralisée des crèmes solaires engendrent un phénomène de blanchiment des coraux, synonyme de mort. L'idée que les filtres physiques utilisés dans les produits bio (dioxyde de titane et oxyde de zinc) ne provoquaient pas ce phénomène a longtemps prévalu. Malheureusement, certaines études montrent qu’ils en sont bel et bien capables.

Nanoparticules : à surveiller

Les crèmes solaires sont un des rares produits où l’on peut retrouver la mention [nano] à la suite d’un ingrédient sur la liste de composition. Elle signifie que l’ingrédient en question a été utilisé sous forme nanométrique, donc à une taille infiniment petite (un nanomètre égale un millionième de millimètre). Cette précision n’a rien d’anodin, car les nanomatériaux présentent des propriétés spécifiques : un composé peut voir son comportement habituel complètement modifié lorsqu’il passe à la taille nanométrique. Cette particularité complique considérablement l’évaluation de la sécurité des nanomatériaux, dont de nombreux aspects échappent encore aux scientifiques.

Les avis du Comité scientifique pour la sécurité des consommateurs (Scientific Committee on Consumer Safety [SCCS]) portant sur les composés concernés ne sont guère rassurants, car ils sont émaillés de questions sans réponses. Ainsi, l’avis sur le dioxyde de titane admet noir sur blanc : « Il est important de noter que l’évaluation des nanomatériaux en général souffre encore d’importantes lacunes dans les connaissances. Il y a aussi des incertitudes quant à la validité des tests utilisés. » Même si les experts concluent à la sécurité du dioxyde de titane pour la peau, ils mettent en garde contre sa toxicité par inhalation et recommandent de ne pas l’utiliser dans les formules en poudre ou en spray. La toxicité par inhalation est d’ailleurs une des préoccupations majeures concernant les nanomatériaux en général, car leur taille leur permet de pénétrer très profondément dans le système respiratoire et de passer dans le sang via les alvéoles pulmonaires. C’est pourquoi l’oxyde de zinc a été interdit dans les sprays.

Toutes les incertitudes sur la sécurité des nanoparticules ont incité le monde de la cosmétique bio à la plus grande prudence. Les cahiers des charges excluent donc l’utilisation d’ingrédients sous forme « nano ». Mais cette interdiction n’est pas facile à respecter dans le cas des produits solaires, car les filtres traditionnellement utilisés en cosmétique bio – l’oxyde de zinc et le dioxyde de titane – sont des barrières physiques qui ont une fâcheuse tendance à laisser des traces blanches sur la peau. Plus les particules sont fines, moins les traces sont visibles. Toute la difficulté consiste à miniaturiser le plus possible les deux substances sans atteindre la taille nanométrique. Un défi que les fournisseurs d’ingrédients n’étaient pas, ces dernières années, capables de relever. Le cahier des charges Cosmos, qui concerne la majorité des cosmétiques bio vendus en France (ceux labellisés Ecocert, Cosmebio et BDIH) admet donc l’utilisation de nanoparticules pour les filtres solaires mais encadre leur teneur.

Reste la question de la fiabilité de l’étiquetage. Selon la réglementation, les fabricants qui utilisent des nanoparticules dans leurs produits doivent le signaler en faisant apparaître la mention [nano] à la suite de l’ingrédient concerné. Or nos analyses ont montré que cette obligation n’était que rarement respectée. Les contrôles des Fraudes ont confirmé ces fréquentes entorses à la loi. 

(1) En calculant 100/indice de protection, on aboutit au pourcentage de rayons UV non filtrés par la crème. 

Fabienne Maleysson

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