par Alexis Da Silva
Arnaque au recrutement - Gare aux offres d’emploi mensongères
En usurpant l’identité d’entreprises réelles, les cybercriminels parviennent à soutirer de l’argent ou des données personnelles à des demandeurs d’emploi. Pour limiter les risques, France Travail a réagi.
Tout était super. Trop, peut-être… En 2024, David reçoit par e-mail une alléchante proposition : un poste d’informaticien avec une rémunération de 40 000 € annuels, soit beaucoup plus que ce qu’il gagne jusqu’à présent.
Pour être embauché, le trentenaire est tenu de suivre une formation de huit semaines en ligne, pour laquelle il débourse 1 500 €. Mais, ensuite, il ne reçoit aucune nouvelle de la société qu’il est censé intégrer. Et pour cause : elle n’est pas au courant de son existence, puisque le recruteur était un faux ! Furieux, David porte plainte. Il espère, encore aujourd’hui, récupérer son argent.
90 000 hameçonnages sur LinkedIn
L’arnaque au recrutement n’a rien d’inédit : depuis plusieurs années déjà, autorités et sites spécialisés alertent sur son envol. En 2022, plus de 90 000 hameçonnages ont été recensés sur LinkedIn aux États-Unis, pour un coût de 367 millions d’euros.
En France, la même année, c’est Kwantic, une agence de développement web, qui a défrayé la chronique. Répondant à une offre d’emploi sur la plateforme Indeed, les candidats réalisaient un entretien téléphonique avec un « salarié » de l’entreprise, puis remplissaient et renvoyaient un contrat en CDI parfaitement imité, avec logo, numéro Siret…
Pour valider leur dossier, ils fournissaient par courriel la photocopie de leur carte d’identité, leur numéro de Sécurité sociale et un RIB – des données vendues sur le dark web et/ou utilisées pour usurper leur identité. Une centaine de personnes s’étaient fait avoir… Averti, le dirigeant de Kwantic avait saisi la justice.
« Recevoir une offre sans avoir ni postulé, ni échangé avec un recruteur, ni passé un entretien, c’est déjà louche. Et se voir ensuite immédiatement proposer un poste doit laisser penser qu’il n’est pas légitime », explique Indeed sur une page dédiée. Le site précise aussi que les informations personnelles de l’employé ne sont en général demandées qu’une fois le contrat signé et le travail commencé. Autres points de vigilance : des coordonnées de société introuvables ou un salaire anormalement élevé.
De son côté, France Travail a mis en place une intelligence artificielle pour détecter offres et profils suspects, et formé ses conseillers. L’établissement public lance également des campagnes de sensibilisation. En cas de doute, écrivez à Internet-signalement.gouv.fr et interrompez toute relation avec le « recruteur ».
Si vous avez transmis des données personnelles, informez-en l’organisme concerné, ainsi que l’entreprise dont l’identité a été usurpée (ou le site qui a diffusé l’annonce). Le dépôt de plainte au commissariat est recommandé : en plus de l’escroquerie, l’infraction de « collecte de données à caractère personnel par un moyen frauduleux, déloyal ou illicite » (art. 226-18 du Code pénal) peut être retenue.
Alexis Da Silva